Football : une entreprise française soupçonnée de corruption avec le président de la CAF Ahmad Ahmad

Ahmad Ahmad a été entendu jeudi à Paris par l’Office central de lutte contre la corruption.

Élu en 2017 à la tête de la Confédération africaine de football (CAF), avec l’appui de l’Égypte et du Maroc, Ahmad Ahmad avait promis une grande opération transparence au sein de l’organisation secouée depuis des années par des scandales de corruption. Deux ans plus tard et à deux semaines du coup d’envoi de la Coupe d’Afrique des nations organisée en Égypte, le Monsieur Propre de la CAF se retrouve à son tour sur le banc des accusés. Interpellé à Paris alors qu’il devait assister au 69e congrès de la Fifa, Ahmad Ahmad a été interrogé toute la journée du 7 juin par l’Office français de lutte contre la corruption.

La Fifa assure dans un communiqué ne pas être au courant « des détails entourant cette enquête » et a demandé aux autorités françaises de « lui fournir toute information qui pourrait être utile pour les enquêtes en cours au sein du comité d’éthique ». En réalité, la Fifa est au courant depuis plus de deux mois des détails de l’affaire. Le Point s’est procuré une copie des plaintes envoyées à la chambre d’investigation du comité d’éthique de la Fifa. Un responsable des finances et l’ancien secrétaire général Amr Fahmy y dénoncent une série d’opérations douteuses allant de virements de milliers d’euros vers des comptes bancaires personnels de présidents de fédérations nationales de football à des contrats de sponsoring attribués dans des conditions opaques. À la suite de ces accusations, ces deux cadres égyptiens de la CAF ont été licenciés.

1 million de dollars pour la française Tactical Steel

La police française s’intéresse à un juteux contrat signé avec l’entreprise française Tactical Steel, basée dans le Var, à La Seyne-sur-Mer. Fin 2017, cette PME familiale décroche le gros lot : 1,195 million de dollars pour fournir des tee-shirts, ballons et différents équipements sportifs lors des compétitions à venir organisées par la CAF (le Championnat d’Afrique des nations en 2018 et la Coupe d’Afrique des nations en 2019).

Sauf que la CAF venait de conclure un contrat de sponsoring quelques jours plus tôt avec Puma, du groupe Adidas. Unilatéralement, Ahmad Ahmad annule « sans raison l’accord avec Puma », écrit un responsable des finances de la CAF. Une décision d’autant plus surprenante que les Français sont trois fois plus chers que la marque internationale, qui leur proposait une facture à 312 000 euros.

Inconnu du grand public, Romuald Seillier, le directeur général de Tactical Steel, est, en revanche, un ami de l’attaché du président de la CAF, le Français Loïc Gérand. Interviewé par France Football, Ahmad Ahmad assume son favoritisme. Mais il justifie son choix par la nécessité de contourner « la corruption du service marketing de la CAF » et de trouver « en urgence » un nouveau sponsor, car, selon lui, « avec Puma, il n’y avait pas la certitude d’être livré à temps » pour le championnat des clubs africains prévu en janvier 2018. Un argument qui n’explique toujours pas le bond de 800 000 dollars entre les deux contrats.

Soupçons de pots-de-vin

L’ex-responsable des finances de la CAF y voit un contrat gonflé par les bakchichs. Selon lui, Tactical Steel aurait surfacturé des équipements pour reverser ensuite discrètement la différence au patron malgache de la CAF. Cet expert financier raconte avoir découvert un étonnant montage financier où la société française exige d’être rémunérée non pas directement, mais sur deux autres comptes bancaires, appartenant à une filiale « créée seulement un mois après la commande de 60 000 ballons » par la CAF. Un compte bancaire est domicilié à La Seyne-sur-Mer, où la PME a son siège. Le second compte est à Dubaï. C’est sur ce compte émirati que la CAF va transférer 738 760 dollars. Officiellement, cette facture couvre « les frais d’envoi des ballons à 54 pays ». Mais, pour le comptable égyptien, « cette société a été créée pour payer des pots-de-vin à Ahmad Ahmad ».

Selon ces documents, la corruption se serait aussi matérialisée sous la forme de voyages à plusieurs milliers d’euros à La Mecque ou encore au Maroc. Amr Fahmy, ancien secrétaire général de la CAF, estime dans son courrier que « 54 000 dollars pour envoyer trois de ses membres superviser la distribution des équipements sportifs pendant une semaine au Maroc » constituent un prix « déraisonnable », d’autant plus qu’il « n’inclut pas les frais de transport, de logement ou de nourriture ». L’Égyptien de 34 ans ne cache pas sa préférence pour Puma, qui avait inclus ces frais de voyages professionnels dans son package de sponsoring. À la différence des Français qui auraient facturé ces services en plus du contrat signé avec la CAF.

Ni la Confédération africaine des nations ni Tactical Steel n’ont répondu à nos appels. En avril, à la suite du licenciement du numéro deux de la CAF et de la révélation de ses accusations, la présidente de l’entreprise Tactical Steel, Sabine Seillier, assurait n’avoir rien à se reprocher et « respecter les lois françaises ».

Si Ahmad Ahmad est sorti libre de son audition avec les policiers français, cette enquête inédite marque le début d’une nouvelle période de turbulences pour la CAF. Même si la Fifa s’en défend, la polémique pourrait rebondir aux pieds de Gianni Infantino, le président de la Fifa, fraîchement réélu avec le soutien actif d’Ahmad Ahmad.

Source : Le Point

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