Le président Macky Sall, directeur de campagne du principal opposant sénégalais Ousmane SONKO

Le président Macky Sall a radié de la fonction publique un lanceur d’alerte dont le seul crime est d’avoir diffusé, dans un langage accessible aux Sénégalais, les injustices fiscales. L’ancien inspecteur principal des impôts et domaines, par ailleurs leader du parti Patriotes Africains du Sénégal pour le travail, l’éthique et la fraternité (PASTEF), Ousmane Sonko, est aujourd’hui le candidat à abattre du régime depuis la sortie de son livre Solutions, dans lequel il présente sa vision d’un Sénégal nouveau. Ce jeune leader charismatique propose un changement du système et une politique participative. Il a toujours brillamment exposé les différents actes posés par le président candidat Macky Sall pour dérouler arbitrairement son coup de force électorale.

El phénoméno, le phénoméne Sonko est un cas d’école et il est aidé dans son ascension fulgurante vers le sommet par celui qui l’avait injustement radié, le président Macky Sall (création de son parti en 2014, député en 2017, arrivé à la troisième place de l’élection présidentielle de 2019, élection de plusieurs maires, conseillers municipaux et députés des listes de coalition qu’il dirigeait en 2022, prétendant sérieux au fauteuil présidentiel de 2024). Cet inspecteur des impôts, qui possède 15 ans de bons et loyaux services dans la fonction publique, devrait être promu pour son travail de conscientisation sur la bonne gouvernance économique. M. Sonko, le porte-étendard de la compétence et des valeurs de transparence, a été radié parce qu’il dénonçait les iniquités fiscales ou cas de délinquance fiscale, des faits connus par tous les Sénégalais et accessibles dans des rapports publics.

En guise de rappel, Ousmane Sonko, avait déclaré en mai 2016, au cours d’un panel « Les samedis de l’Économie », que les députés de l’Assemblée nationale ne payaient pas d’impôt (aucun reversement d’impôt sur le salaire n’a été fait dans un système de taxation par la retenue sur les salaires ou système d’exonération à la source). Selon M. Sonko, le frère du président de la République, Aliou Sall, qui est cité dans plusieurs scandales financiers, devrait verser au fisc sénégalais « un montant de 99 milliards de francs CFA » (l’équivalent de 224 millions $) sur la vente d’actions de la société Petro Tim, une nébuleuse du pétrole sciemment orchestrée.

Sur la chaîne d’une télé privée sénégalaise, Sen TV, le leader politique, Ousmane Sonko, dénonçait, en juillet 2016, un autre scandale relatif au fait que « le gouvernement qui a encaissé 22 milliards de francs CFA (l’équivalent de 50 millions $) sur la transaction d’exploitation des blocs pétroliers Saloum On Shore et Sénégal Sud n’a jamais versé ces fonds dans les caisses du trésor public sénégalais ». Quand le président de la République du Sénégal Macky Sall se réclame chantre de la bonne gouvernance, le peuple sénégalais s’attend à ce qu’il allie la parole aux actes.

Ousmane Sonko est le leader politique le plus calomnié au Sénégal et pourtant il lutte contre vents et marées, sort victorieux devant les autres candidats et sa notoriété ne cesse d’augmenter. Ses détracteurs devraient se demander : Pourquoi, malgré toutes leurs attaques répétées, Ousmane Sonko est dans le cœur de l’écrasante majorité des Sénégalais ? Pourquoi il fait le buzz à la télé et sur les réseaux sociaux et pourquoi les jeunes et leaders africains lui demandent de plus en plus de faire ses discours en français ? Pourquoi il explose les vues sur les réseaux sociaux (70 000 vues cumulées en direct sur sa page) ? Poser la question, c’est évidemment y répondre.

Avouons-le, Ousmane Sonko dérange le système qu’il veut combattre, ceux dont leurs intérêts menacés ne coïncident pas avec l’intérêt de la population ni de la jeunesse. Ceux-là qui ont fait de l’accaparement des biens ou des ressources naturelles collectives un métier favori au grand dam de la population sénégalaise. En qualité de leader inclusif, Ousmane Sonko voit dans les ressources (gaz, pétrole, or, zircon, lithium, phosphate, fer, marbre, cuivre, mer, soleil, etc.)) une opportunité que toute société aimerait avoir pour assurer un meilleur avenir à ses enfants ou citoyens. Il a fini par convaincre les jeunes sénégalais que leur avenir est au Sénégal et en Afrique. Les Occidentaux qui ne veulent pas de l’immigration clandestine devraient même féliciter Ousmane Sonko dans un pays où 70 % de la population a moins de 35 ans. Il a aussi développé un éveil des consciences chez les jeunes en leur démontrant que la plupart des ressources sénégalaises sont en train d’être pillées par l’Occident. Cette indépendance économique passe nécessairement par le contrôle de l’exploitation des ressources et une renégociation des contrats léonins défavorables au peuple sénégalais (première découverte de pétrole offshore, en octobre 2014, gisements de gaz révélés en mai 2017, pays qualifié par certains experts de « futur émirat du gaz » suite aux dernières découvertes et ses réserves d’hydrocarbures offshore, découverte du gisements de SNE évalué à 563 millions de barils, gisements FAN, SNE (la plus grosse découverte à ce jour), Teranga et Yakaar, etc.). Qu’on l’aime ou pas, Ousmane Sonko est un homme véridique qui s’assume et croit fermement qu’il n’a de comptes à rendre qu’au peuple sénégalais.

La liste des arguments démontrant le lien de confiance et d’amour entre les jeunes et celui qu’ils appellent affectueusement PROS (président Ousmane Sonko) est loin d’être exhaustive. Ibrahima Diallo, le nouveau commentateur de la page Facebook d’Ousmane Sonko, émerveillé par les foules que draine son leader, a souvent l’habitude de dire dans ses rapportages en campagne électorale (« Kou mën na def», traduction littérale, libre à celui qui est capable de drainer des foules comme Sonko de le réaliser). Sa popularité, en tant qu’opposant, peut être comparée à celle de l’ancien président Me Abdoulaye Wade, lorsqu’il était dans l’opposition (il faut aussi reconnaitre que Me Wade reste encore dans le cœur des Sénégalais, même après sa perte du pouvoir, le seul leader, à l’âge de 96 ans qui est accueilli en fanfare par la population).

Pour la première fois, je témoigne publiquement avoir côtoyé l’homme lorsque j’étais étudiant à l’université Gaston Berger de Saint-Louis. Étant un expatrié sénégalais, j’ai été agréablement surpris de voir Sonko se défendre bec et ongles lorsqu’il était attaqué politiquement de toutes parts. Alors que lui ne regardait jamais un individu droit dans les yeux (signe de respect dans la culture sénégalaise et africaine). Je retiens de lui trois choses : l’importance des études (mes camarades de promotion me surnommant rat de bibliothèque, je le croisais souvent dans ce lieu), l’amour du sport (art martial) et la pratique de la prière (mosquée du village A).

Cet homme respectueux peut faire des erreurs, à l’image de cette déclaration « Les Présidents du Sénégal méritent l’exécution ». Il reconnaît certaines erreurs, comme tout être humain. D’ailleurs, lorsque des jeunes portent des amulettes et accessoires de protection à son effigie, il leur demande de ne pas le vénérer puisqu’il n’est ni prophète, ni marabout qu’on doit idolâtrer. Les jeunes disent qu’ils attendent des « ndigeul» (ordres) de Sonko. Ses jeunes partisans inconditionnels le surnomment même « Seydina Ousmane mousell mi» (celui qui incarne la pureté). Il bénéficie indiscutablement d’une image d’homme intègre farouchement opposé à l’enrichissement illicite de certains politiciens ou de fonctionnaires sur le dos de la population sénégalaise.

Mais comment empêcher alors à des jeunes de vouer un respect à cet homme qui, durant son parcours professionnel, a prouvé ne pas détourner l’argent du contribuable sénégalais alors qu’au Sénégal, le phénome des fonctionnaires millionnaires politiciens demeure une réalité. Il se différencie d’une classe politique jugée corrompue par plusieurs Sénégalais. En effet, Sonko était dans une position enviable que certains fonctionnaires n’hésitent pas à utiliser pour s’enrichir illicitement. S’il avait fait le moindre détournement de deniers publics, il serait déjà en prison parce que le rêve du président Macky Sall est de lui coller un dossier qui l’écarterait des prétendants à la présidence. Tantôt pour salir son image, on l’accuse de « violeur », de « rebelle » (parce qu’il est de la Casamance, une stigmatisation qu’il faut dénoncer), ou de « terroriste ». Toutes ces accusations tombent comme un château de cartes. Les mots pour le diaboliser ne manquent pas. Son tempérament et son opposition radicale au président Macky Sal et cette stratégie d’une opposition sans compromission fonctionnent auprès de la population, notamment chez les jeunes. Pourquoi donc changer une méthode qui gagne des voix et de l’admiration du peuple sénégalais. « Si Ousmane Sonko est attaqué, il tient le haut du pavé, s’il attaque, il tient le haut du pavé. Ses adversaires sont en train de le propulser comme une fusée », soulignait le politologue Babacar Justin Ndiaye.

Ousmane Sonko est le seul prétendant du fauteuil présidentiel à avoir échappé, grâce à la détermination des jeunes et du peuple sénégalais, à l’emprisonnement politique du régime de Macky Sall. Les principaux adversaires politiques, en l’occurrence l’ancien ministre libéral Karim Wade et l’ancien maire-député Khalifa Sall, ont été écartés de manière arbitraire dans les élections présidentielles de 2019 et continuent de subir les condamnations de la justice de Macky Sall.

Doudou Sow
Sociologue-blogueur

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