Jeudi Noir – N°46 (Par Bruno d’Erneville)

Chers amis, je vous avoue n’y rien comprendre à cette nouvelle méthode Macky II. A peine appelle t-il à un dialogue avec l’opposition qu’il lui flanque à la figure un changement d’organisation touchant à la Constitution !

Bien sûr, je fais partie de ceux qui croient que nous devons nous passer de premier ministre, je l’ai théorisé il y a déjà plus de trois ans et notre fameux éditorialiste, Ahmeth Aidara l’avait rapporté d’ailleurs. Je pense en effet qu’avec un grand secrétariat d’Etat à la présidence et des Départements forts nous pouvons avoir plus d’efficacité dans la définition et l’exécution de nos politiques publiques. Mais il y avait des préalables : en discuter avec l’opposition et même le pays puis réformer notre administration !

Je me permets cependant de dire très modestement au Président qu’il ne suffira pas alors de rechercher la simplification des procédures, cela va beaucoup plus loin. J’ai rappelé dans l’un des derniers jeudis noirs ce qui est à mon sens incontournable au sujet des réformes administratives, il ne reste plus qu’à definir des TDR (termes de référence) et choisir des cabinets sénégalais (ils sont nombreux) pour procéder aux audits préalables à ces réformes. Toute autre méthode est vouée avec certitude à l’échec monsieur le Président ! En ce qui concerne la mise à niveau des textes que vous souhaitez faire faire à l’Assemblée, elle devra passer par les professionnels, en d’autres termes par le privé national, moderne (je ne parle pas de l’informel). Ce sont eux en effet qui peuvent produire les suggestions d’amélioration les plus pertinentes en vue de dynamiser l’economie, évidemment dans un cadre paritaire Etat-secteur prive. Il faudra sans doute renforcer les députés par des assistants parlementaires ayant un bon niveau de formation.

Le privé souffre cependant d’une attitude partisane de certains services publics, il est aussi victime de textes obsolètes et peu amènes. De plus l’informel concurrence fortement le secteur moderne, souvent avec la complicité ou la bienveillance de l’Etat, ce qui tire vers le bas tout le monde. En fait aujourd’hui il est plus facile, et peut-être plus « intelligent » à court terme, d’entrer dans l’informel ou d’y rester. A moyen terme cela signifiera une domination totale des sociétés étrangères et la fin de toute velléité de souveraineté pour notre pays ! Nous sommes malheureusement à la veille d’une hécatombe générale : la mort des PME et PMI au moment où elles devraient être soutenues pour compétir avec force face aux nombreuses sociétés étrangères qui s’installent en vue de l’exploitation pétrolière. Rien n’est fait pour leur alléger la pression fiscale et la gestion de leur trésorerie quand on sait que l’Etat, lui, exige des quitus fiscaux avant tout paiement. C’est ce que j’appelle le « parallélisme asymétrique » des relations avec l’état – je trouvais que Senghor nous amusait vraiment avec cette expression illogique, mais ici elle trouve vraiment son sens ! –

Finalement, cher gouvernement, votre travail s’il est pris à coeur, devra vous créer de nombreux cheveux blancs s’il ne vous les fait pas tomber ! Les urgences sont partout et notre économie locale est à l’agonie. Nous cherchons un médecin urgentiste. Pourvu seulement que les calculs politiques ne prennent encore le pas sur la recherche d’efficacité, le voeux exprimé hier par le chef de l’Etat devant ses ministres. Bonne chance à notre Sénégal.

Président Macky Sall, rappelez vous que vous êtes de passage pour le bien, ou non, des nombreuses générations qui viennent ! L’histoire vous jugera, elle, avec certitude !

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