Au-delà de sauver l’année scolaire, réformer l’école sénégalaise

Le Sénégal a déjà connu une année blanche et une année invalide respectivement en 1988 et en 1993. Ce sont, faut-il le rappeler, deux années électorales qui ont été à l’origine de graves troubles postélectoraux. Ces deux années détermineront les moments les plus sombres de notre histoire politique récente. L’année 1993 connaîtra les heures les plus tragiques avec l’assassinat du vice-président du conseil constitutionnel.

Des séries de grèves et de violentes agitations sociales conduiront à une année blanche en 1988, et à une année invalidée en 1993, causant ainsi un préjudice considérable à une génération d’élèves et d’étudiants.

L’année 2020 n’est ni une année électorale, ni une année de revendications sociales; la crise que nous vivons est d’abord sanitaire. Le contexte, ni le cadre ne sont donc pas les mêmes, mais le spectre d’une année blanche plane sur l’école sénégalaise.

Les écoles et les universités sont fermées depuis le 16 mars. Les autorités parlent d’une réouverture au début du mois de juin, mais rien n’est moins sûr. « Je voudrais partager ici, avec vous, l’espoir d’une reprise progressive et maîtrisée dans le respect des mesures édictées » a dit le président de la république dans sa dernière allocution.

En réponse à cette crise sanitaire qui a abouti à l’arrêt des enseignements, le ministère de l’Éducation a mis sur pied une plateforme pour l’apprentissage en ligne. L’initiative est à saluer, mais elle n’a pas tardé à montrer ses limites. Un grand nombre d’élèves habitent dans des zones où il n’y a ni connexion internet, ni électricité. Et parmi ceux qui disposent de la couverture du réseau, tous n’ont pas le matériel adéquat (faute de moyens) pour pouvoir se connecter et suivre ainsi les enseignements.



Au-delà des problèmes d’organisation que pose cette urgence sanitaire, la question fondamentale est celle de réformer en profondeur notre système éducatif. Et cette crise sanitaire nous offre l’opportunité de le faire.

Nous avons au Sénégal des hommes et des femmes qui nous ont légué des œuvres littéraires, scientifiques et culturelles de portée universelle dont on peut tirer assez de programmes d’enseignement pour nos enfants. Or, nos dirigeants n’ont jamais su (ou voulu) adapter nos programmes scolaires à nos réalités socioculturelles. L’université de Dakar porte le nom de l’illustre Cheikh Anta Diop, un homme dont la pensée a embrassé quasiment tous les domaines du savoir. De l’histoire à la sociologie, en passant par l’égyptologie, la linguistique et la physique nucléaire, le professeur Diop aura tout exploré. Pourtant, à notre connaissance, aucune de ses œuvres n’est enseignée dans nos écoles et universités. La production de Ousmane Sembène, un écrivain et cinéaste émérite, est enseignée dans des universités américaines, alors qu’elle est à peine appréciée au Sénégal. Un ostracisme d’autant plus inacceptable que les œuvres de ces deux grands Sénégalais s’ancrent dans les réalités socioculturelles africaines. Adapter le contenu des enseignements à notre culture et à nos valeurs africaines, faire la promotion de nos langues nationales, nous réconcilier avec notre passé grandiose, c’est la tâche à laquelle doivent s’atteler les autorités étatiques et académiques.

Cheikh Anta Diop l’a bien dit : « Aucun peuple sérieux ne peut prétendre se développer dans la langue et la culture d’autrui ».

Nous avons, au Sénégal et en Afrique, des personnalités d’exception de par leurs pensées, leurs initiatives et leurs rôles dans l’histoire. Il s’agit de leur donner un statut et plus d’envergure pour en faire des héros et des références.

Nous aimons bien Victor Hugo, Jeanne d’Arc, Faidherbe, et autres William Ponty, mais ce sont des héros venus d’ailleurs. Les célébrer en baptisant nos rues et nos écoles de leurs patronymes relève d’une acculturation pathétique.

Mangue SENE Pastef-Les Patriotes Rome

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