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Le massacre des tirailleurs de Thiaroye le 1er décembre 1944 : un souvenir ancré dans la mémoire collective des africains

Le 1er décembre 1944, au camp militaire de Thiaroye situé à une quinzaine de kilomètres de Dakar, des tirailleurs africains, de retour d’Europe après plus de 4 ans de captivité, sont tués dans des conditions obscures par leurs officiers français pour avoir réclamé leur solde.

2 mois ago 0 48

Le 1er décembre 1944, au camp militaire de Thiaroye situé à une quinzaine de kilomètres de Dakar, des tirailleurs africains, de retour d’Europe après plus de 4 ans de captivité, sont tués dans des conditions obscures par leurs officiers français pour avoir réclamé leur solde.

Faits prisonniers après la défaite de mai-juin 1940, les tirailleurs sont souvent incarcérés en France dans des camps gardés d’abord par les nazis puis par leurs propres officiers français, ce qui fut souvent vécu comme une humiliation. Ils venaient du Sénégal, du Bénin, du Mali, de la Côte d’Ivoire, du Tchad, de la Centrafrique, du Niger, du Gabon et du Togo.

Après la libération de la France, se pose la question de leur démobilisation et de leur rapatriement en Afrique. Un premier navire doit prendre la mer depuis la Bretagne avec à son bord un contingent de tirailleurs africains, mais plus de 300 d’entre eux refusent d’embarquer avant d’avoir touché une partie de leurs arriérés de solde. Ce refus marque une première mobilisation des tirailleurs contre ce qui leur apparaît comme une injustice. En effet, les textes réglementaires stipulent que le quart de leur solde de captivité doit leur être versé à l’embarquement, et le reste à Dakar, lors de la démobilisation.

Le nombre de tirailleurs qui acceptent de s’embarquer est évalué entre 1 200 et 1 600. Ils arrivent à Dakar le 21 novembre et sont conduits au camp militaire de Thiaroye, où ils doivent attendre leur démobilisation avant de pouvoir regagner leurs foyers. Un départ en train à destination de Bamako est prévu le 27 novembre pour plus de 500 tirailleurs. Mais les paiements tardent et, le 27, les tirailleurs refusent de quitter le camp tant qu’ils n’ont pas été payés, craignant de ne jamais toucher leur argent s’ils sont dispersés dans leurs villages.
Le 1er décembre, des unités des forces de répression encerclent le camp. Les officiers affirment qu’ils ont réagi à un mouvement de protestation des tirailleurs et qu’ils ont été contraints d’ouvrir le feu, alors que les déclarations des tirailleurs arrêtés après les événements décrivent une situation où on les aurait réunis sur l’une des esplanades du camp avant d’ouvrir le feu avec des automitrailleuses.

Deux documents d’archives différents indiquent 35 victimes pour l’un et 70 pour l’autre, témoignant ainsi la volonté des autorités françaises de minimiser le bilan du 1er décembre, qui pourrait en réalité atteindre plusieurs centaines de tués selon certains historiens. Par ailleurs, juste après la tuerie, dans un procédé qui vise à inverser la charge de la responsabilité, des tirailleurs sont arrêtés par les autorités militaires et 34 d’entre eux sont condamnés en mars 1945 à des peines allant d’une à dix années de prison, principalement pour des faits de rébellion. Ils seront finalement libérés en 1947, mais non graciés.

Le président français, François Hollande, dans un discours prononcé à Dakar le 12 octobre 2012, est le premier homme politique français à rappeler et à reconnaître officiellement cette tragédie. En 2015, en gage de transparence, il remet à l’État sénégalais les archives françaises de La Défense relatives à cette affaire.

En décembre 2001, un monument aux « Martyrs de Thiaroye » a été inauguré à Bamako par le Président malien Alpha Oumar Konaré.

En août 2004, la journée du 23 août est déclarée Journée du tirailleur sénégalais par le Présidents sénégalais Abdoulaye Wade, qui invite les autres États d’Afrique d’où étaient originaires les tirailleurs. Le massacre de Thiaroye y est commémoré.
Cette tragédie de Thiaroye restera un souvenir définitivement inscrit dans la mémoire collective des africains.

Abdou Sonko

« Frères de l’ombre » : ces tirailleurs sénégalais trop souvent oubliés https://www.jeuneafrique.com/1177513/culture/freres-de-lombre-ces-tirailleurs-senegalais-trop-souvent-oublies/

Thiaroye 1944 : requiem pour un massacre
https://www.jeuneafrique.com/1345484/culture/thiaroye-1944-requiem-pour-un-massacre/

Thiaroye 44 : enquête sur un massacre de tirailleurs au Sénégal
https://www.france24.com/fr/%C3%A9missions/reporters/20220513-thiaroye-44-enqu%C3%AAte-sur-un-massacre-de-tirailleurs-au-s%C3%A9n%C3%A9gal

« Thiaroye 44 », sur France 24 : les mystères d’un crime de masse au Sénégal
https://www.lemonde.fr/culture/article/2022/05/14/thiaroye-44-sur-france-24-les-mysteres-d-un-crime-de-masse-au-senegal_6126130_3246.html

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