Jeudi Noir N°83 : De la faiblesse de l’Etat avec des institutions aux ordres

Après les agapes de fin d’année, nous voici abordant pour le Sénégal un tournant crucial avec 2020. Nos voisins, eux sont déjà dans la tourmente: Le Mali se débat pour maintenir une cohésion nationale qu’il sera désormais impossible à rétablir, au moins dans les quinze ou vingt prochaines années. La faute à qui ? Peut-être bien une main extérieure mais surtout à l’impéritie des dirigeants successifs dont la mauvaise gestion, entre autre, de l’administration militaire a permis l’instauration du désordre.

La Guinée Conakry et la Côte d’Ivoire engagent en ce moment un bras de fer avec leurs opinions publiques pour tenter ce qui ressemble à un forcing. La Guinée Bissau a pu organiser la présidentielle jusqu’à son terme, mais saura-t-elle cette fois contourner le drame vécu par JOMAV, le président déchu ? Son calvaire a été d’être élu au suffrage universel sans avoir le réel pouvoir, puisque l’Assemblée Nationale était majoritairement pro-PAIGC opposé à ce dernier.

Le problème est que la situation n’a pas fondamentalement changé, le PAIGC devra encore désigner un premier ministre issu de ses rangs. Va-t-on vers des Législatives anticipées, à mon sens elles ne changeraient pas grand chose vu l’enracinement du PAIGC. L’intelligence serait de signer un aggiornamento entre MADEM et PAIGC, au risque de frustrer les alliés du MADEM, mais l’intérêt du pays en vaut la peine.

Pour la CI, les choses virent au vinaigre et les déballages ne sont bons pour aucun des deux pachydermes qui s’affrontent. Dommage que la politique instrumentalise autant la justice, et surtout dommage que ces faits, s’ils étaient avérés, n’aient pu être jugés équitablement en leur temps. Ici, le discours du PR a laissé un goût amer. Une impression de « coqueli », en wolof « narguer », a envahi le commun des citoyens. Surtout quand le Président de la République (PR) annonce que le fait de dire à ses collaborateurs qu’il sera candidat les « démobiliserait » tandis que le cas contraire sonnerait l’hallali suivi d’un désordre total. Quelqu’un me disait tout à l’heure « a-t-on maintenant des enfants-ministres ? » En réalité les pays cités ont ceci en commun: faiblesse de l’Etat avec des institutions aux ordres et une administration aux règles hasardeuses. On ne sait même plus créer des procédures claires, factuelles, permettant la traçabilité des actes. Le langage a perdu de sa précision et cela est source de désordre.

En lisant la note circulaire N°7, du 2 janvier 2020 établie par le Ministre de la Santé je suis choqué par la formule scripturale utilisée: « Dans le cadre du plan d’accélération pour l’amélioration de la prise en charge des urgences… » puis plus loin  » les téléphones doivent être fonctionnels H24… » Outre la formulation impropre de la phrase, dont le terme « amélioration » suffisait à lui seul, il est regrettable que le langage parlé s’y retrouve : H24 n’est pas francais, et ne se prête pas à l’écrit. Les exemples de telles erreurs administratives sont courants, y compris dans l’élaboration des textes de lois, une catastrophe ! Bien sûr, les orientations étant souvent prises dans la précipitation, les lacunes demeurent fréquentes.

Ainsi la toute dernière loi qui, soit dit en passant, est la vingtième de toute l’année 2019, ce qui témoigne d’une faible activité législative, a voulu répondre enfin au voeu populaire de criminalisation du viol.

Cependant, les zones d’ombre non élucidées, ouvrent la voie aux accusations fallacieuses soit pour des règlements de comptes sentimentaux, ou encore politiques. De telles lois ne devraient souffrir d’aucune imprécision sujette à interprétation. On aurait pu se limiter, me semble-t-il, pour l’heure, aux viols avec violence confirmés médicalement en plus des violences sur mineures et autres actes de pédophilie.

Notre parti a longtemps appelé de ses voeux la criminalisation du viol, et même demandé que des groupes constitués ou ONG puissent se constituer partie civile y compris à l’encontre de la victime, mais encore faut-il protéger les citoyens d’actes malveillants visant à ternir ou à détruire leur vie. En ce sens on pourrait comprendre que les accusateurs aussi puissent être sanctionnés lourdement en cas de mensonges. Au moment où il se sussurre que le PR veut réinstaller le poste de Premier Ministre (PM) reconnaissant ainsi l’ échec d’une politique de responsabilisation des administrations , on ne peut que se désoler du sur-place voire du recul de la qualité du service public. Dans l’administration territoriale comme pour la CENA il urge de procéder aux réformes de modernisation et d’amélioration de la transparence des actes et décisions c’est une exigence des temps modernes que le Dialogue National devra bien poser.

A mon sens la question des procédures de vote et de son contrôle reste entière dans le cadre des réformes sur la loi électorale. Elle conditionne sans doute plus que l’audit du fichier électoral, l’essor économique et social du pays ainsi que sa stabilité politique.

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