Moralisation de la politique sénégalaise : un cuisant échec du Président Macky Sall

L’élection du président Macky Sall en 2012 a suscité un profond espoir auprès de la jeunesse où un changement de paradigme et de valeur morale était fortement attendu. Cependant, il aura fallu attendre quelques mois pour voir cet espoir être de l’ordre du rétroviseur, une piètre prouesse qu’on lui concède.

Un des arguments majeurs que le président Macky Sall avait mis en avant lors de sa campagne électorale et qui était apprécié de tous était la bonne gouvernance. Longtemps présenté comme un équilibriste, le président Macky Sall avait mis le marqueur sur cet aspect fondamental dans toute démocratie respectable et avait trouvé un écho favorable. Pour marquer le coup, il a pris tous les Sénégalais à témoin en déclarant publiquement son patrimoine ; ce qu’il a fait quelques mois après son élection où la valeur globale de ses biens a été estimée à plus de 1.3 milliard FCFA. Le président Macky Sall est allé jusqu’à s’engager à faire ce même exercice à la fin de son mandat (cf. article de Jeune Afrique Macky Sall – patrimoine). Le temps étant un excellent juge, force est de constater qu’il l’avait vraisemblablement fait sous le coup de l’euphorie. On aura eu droit à toutes sortes de formules depuis 2012 : « accélérer la cadence », « fast track » entre autres, les unes aussi timorées que les autres. Mais toutes s’avèrent être de la poudre de perlimpinpin aux yeux du Sénégalais lambda. Il est donc temps de vous rappeler M. le président que nous sommes en 2020, soit plus de 3 000 jours que nous attendons toujours que vous respectiez votre engagement moral vis-à-vis du peuple sénégalais.

Élections : On se souvient tous de la déclaration surprenante d’Abdoulaye Daouda Diallo, Ministre de l’intérieur (2013-2017), datant de quelques jours avant les élections législatives de 2017 : « Il peut y avoir des déperditions de cartes d’identité biométriques ». Un aveu d’impuissance maquillé et minimisé sous le coup de « simple problème technique », soit en langage simple « ce n’est pas notre faute, ce sont les autres ! ». Deux ans après, même refrain, même problème et zéro solution avec son remplaçant M. Aly Ngouille Ndiaye, où des difficultés liées au retrait des cartes électorales ont été notées. En outre, les terribles images meurtrières survenues lors de la campagne électorale en février 2019 résonnent encore dans les esprits. Non seulement, la responsabilité du MINT était directement engagée avec un manque de planification et d’anticipation, mais en plus, une impunité flagrante avait été notée au niveau des partisans de la mouvance présidentielle avec le recrutement de nervis pour intimider toute personne hostile à leur candidat. Un abus moral de plus indigne de notre démocratie. D’ailleurs, il serait intéressant de mettre le marqueur au niveau des comptes de campagne pour clarifier si l’argent du contribuable avait été engagé à des fins partisanes durant cette période.

Pénurie d’eau : Plus d’un an après son élection, en septembre 2013, le PR. Macky Sall constatait avec faiblesse la pénurie d’eau qui impactait profondément la vie des Sénégalais en déclarant : « Je suis le premier à trouver cette situation inacceptable, difficile à supporter pour les populations et je le regrette énormément » (cf. Jeuneafrique). Sept ans après, le Sénégal manque toujours d’eau et fait face à des pénuries récurrentes et en accordéon, faisant douter fortement de la sincérité du regret émis par le président. L’arrivée du groupe français Suez avec la société SEN’EAU n’aura pas permis de circonscrire le mal. Cela n’a rien de surprenant au regard du conseil d’administration de SEN’EAU où le PCA n’est personne d’autre que l’ancien ministre de la jeunesse limogé avant d’être parachuté à SEN’EAU. Un affront de plus au peuple sénégalais.

Dessert : Le samedi 26 mai 2018, lors du symposium de lancement du Tome 1 de la collection d’ouvrages intitulée « Conviction républicaine », le PR. Macky Sall avait tenu les propos suivants : « Les régiments des tirailleurs sénégalais, quand ils étaient dans les casernes, avaient droit à des desserts pendant que d’autres Africains n’en avaient pas ». Une déclaration ébouriffante dont l’indignation avait trouvé un fort écho au-delà des frontières sénégalaises. Elle a pourtant été simplement qualifiée de « boutade » par son ancien chef de service de communication, M. Kassé. Un semblant d’éloge au passé colonial et insultant de facto la morale du peuple sénégalais qui a bu le calice jusqu’à la lie.

Transhumants : S’il y a une prouesse personnelle qu’on pourrait accorder au PR. Macky Sall, c’est d’avoir réussi à fragiliser profondément les partis politiques mythiques, le PS, l’AFP et le PDS qui ont longtemps occupé la scène politique sénégalaise. Pour consolider cette désintégration plutôt bien réussie, le président Sall n’a pas hésité à offrir une issue de secours aux « transhumants » pour asseoir son leadership au détriment de ses principes, en assimilant la transhumance à « une pathologie gangrenant notre système politique ». Ces propos, tenus lors de la campagne électorale de 2012 restent invraisemblables et particulièrement choquants au regard de la morale.

TER : On pourrait inclure dans l’échec criant de la gouvernance morale, le TER. Ce dernier, perçu fièrement comme l’une des « réalisations majeures » du président, a fait l’objet d’une « inauguration » avant l’heure. Pire, le gouvernement en a fait de nombreuses annonces qui se sont toutes révélées inexactes. Une preuve flagrante de manque de respect envers le peuple sénégalais où chaque annonce avec son lot de mépris met à nu le manque de rigueur prépondérant et inadmissible au regard du niveau de responsabilité.

IGE : L’inspection générale d’État (IGE) a procédé à la remise au PR. Macky Sall, de ses rapports des périodes 2016, 2017, 2018 et 2019. Plusieurs irrégularités flagrantes à un haut niveau de responsabilité ont été notées. Les rapports de l’IGE ne doivent pas simplement nous inviter à l’introspection et à la responsabilité pour reprendre les mots du président, mais d’aller au-delà des recommandations en prenant des décisions disruptives et fermes pour espérer remettre sur pied le service public qui est profondément malade à travers une gestion pitoyable. En tant que président de la République, nous attendons de lui une fermeté et des décisions fortes et symboliques. Si ces fossoyeurs n’ont pas une once de dignité pour démissionner, le président doit sanctionner et prendre toutes ses responsabilités pour rétablir l’ordre dans une extrême fermeté.

Conclusion : Un petit coup d’œil dans le rétroviseur nous permet d’affirmer que la morale politique aura été le grand-parent pauvre avec le PR. Macky Sall. L’une des lectures que l’on peut avoir de la situation actuelle du Sénégal et des rapports de l’IGE est que la dilapidation des biens communs et publics de manière rebutante aura été la notion la plus partagée par les collaborateurs de la mouvance présidentielle. Le silence complice des « transhumants » et certains collaborateurs de la mouvance présidentielle les rend de facto aussi coupables que ceux qui sont en ligne de mire. Estimer une personne n’équivaut pas à l’aduler bêtement. L’intégrité intellectuelle voudrait qu’être dans un parti ou dans le gouvernement ne doive nullement donner le droit de se taire face aux dérives de certains, surtout quand il s’agit de biens communs, publics et sociaux. Les dernières dérives morales en date concernent l’affaire des gazelles oryx avec Abdou Karim Sall, Ministre de l’environnement. Des gazelles qui ont trouvé la mort lors d’un transfert de leur réserve naturelle du Ferlo (relevant du domaine public) vers une ferme privée dont le propriétaire n’est autre que le Ministre de l’environnement. Une saga qui n’a pas encore fini de dévoiler tous ses secrets puisque d’autres personnalités hautes du gouvernement y seraient également impliquées. Notons que jusqu’à présent, aucune enquête officielle n’a été diligentée. Ces irrégularités doivent pousser le président Macky Sall à repenser de manière imminente la relation entre morale et politique. Il doit refuser systématiquement, au nom de la morale, de faire la promotion de tout collaborateur qui aura été épinglé et coupable et de saisir les autorités compétentes pour sanctions. À un certain niveau de responsabilité, la morale doit faire partie de la gamme d’émotions qu’on doit fortement s’autoriser. Par conséquent, cela se résume à être digne et irréprochable.

Mamadou Dialounké BALDE, Dr en Télécommunications

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