Jeudi Noir N°98 : De la nécessité d’un dispositif de production alimentaire d’urgence

Le monde fait face à un adversaire visiblement coriace et dont on ne connait ni les capacités (mutabilité, aspects symptomatiques, diffusion, etc.) ni l’origine (création humaine ou virus naturel). L’obtention de réponses précises à ces inconnues nous aurait permis bien sûr de venir rapidement à bout de ce fléau, malheureusement ce n’est pas le cas. Notre principale arme reste dès lors la distanciation et le confinement dans une phase avancée des contaminations.

Même si le traitement du Dr RAOULT est assez efficace lorsqu’il est pris à une étape précise de l’évolution du malade, il n’en demeure pas moins que les services hospitaliers restent dans la crainte d’une multiplication des cas difficiles qui saturerait très vite nos capacités intrinsèques de prise en charge respiratoire. Nous croisons les doigts pour l’heure et tirons le chapeau au corps médical sénégalais qui reste stoïque et déterminé. Globalement la réaction gouvernementale et celle du corps médical ainsi que la stratégie de résilience semble avoir été bonne jusque-là. De la résilience à l’anticipation il y a loin de la coupe aux lèvres. Déjà l’aide alimentaire est polluée par ce qui semble être un chapelet de non non-conformités tant sur la procédure d’attribution du marché des vivres que sur celle de la logistique… au moins sur le plan de l’éthique. Nous avons encore raté une marche vers la confiance nationale entre populations et politiques !

Il est difficile de penser que l’on puisse se goinfrer sur la tête des populations alors même que nous sommes encore dans la nasse. Cela évoque le panier de crabes qui se brisent mutuellement les pattes pour rester au dessus du lot et finir tous dans le court-bouillon ! Il est bon de rappeler que les aspects sanitaires et alimentaires ne sont qu’une partie ténue du combat qu’il faudra livrer dans la durée. Les défis suivants seront aussi, sans répit sécuritaire, institutionnel et économique. Nous devons impérativement anticiper, cette crise pouvant durer encore plusieurs mois.

Au moment où les pays fournisseurs d’intrants rechignent à vendre, il devient plus qu’urgent de doter les départements en charge de l’agriculture et de la pêche d’un comité ad hoc en vue de proposer au Président de la République des stratégies efficientes de production de masse. L’objectif serait, avec le concours de toutes les forces vives et des moyens de l’Etat, de réaliser une production globale pouvant satisfaire les besoins de alimentaires de notre pays tout en en prévoyant les réseaux de stockage et de distribution sécurisés. Il s’agit là d’une invite urgente au gouvernement et au Président Macky Sall. Anticiper dans une approche verticale et militaire nous permet de maîtriser le facteur temps qui sera déterminant.

Il faudra prendre des décisions rapides sur la base d’une analyse rigoureuse des données disponibles et l’avis des experts et des professionnels des secteurs concernés. Si nous ratons cette étape stratégique, alors il y a fort à craindre que les risques sécuritaires et institutionnels deviendront hors de contrôle. Nous devrions à mon avis suspendre les débats relatifs à la dette souveraine qui nous divertissent à un moment où l’action prime. N’avons-nous pas tout le temps de remettre sur la table cette question lorsqu’un bilan global multisectoriel sera fait de cette crise. Aucune institution ne peut à ce stade dire ce qu’elle sera en mesure de faire après la crise d’ailleurs, c’est une évidence. En attendant il urge de nous concentrer sur la mobilisation de toutes nos ressources contre cet ennemi.

Le soutien alimentaire des populations ne devra pas occulter la nécessité d’organiser immédiatement la mise en route du dispositif de production alimentaire d’urgence. Cette dernière devra être calibrée pour soutenir le circuit alimentaire durant au moins 6 mois sachant qu’une bonne partie de cette production devra être subventionnée. En outre pour limiter les impacts économiques et sociaux il sera nécessaire d’envisager très vite des règles permettant de lever progressivement les obstacles à la reprise des activités économiques d’abord au niveau national puis dans la sous région de manière concertée. Le professeur SEYDI en a visiblement perçu les enjeux notamment sur la préservation des revenus des ménages. Un programme de résilience au covid qui gagnerait à engager une démarche proactive.

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