Jeudi Noir N°62 : Point d’instrumentalisation de la foi religieuse

Chers amis, pour moi l’engagement politique est un sacerdoce et il est des moments où il faut prendre le taureau par les cornes pendant qu’il est encore temps. Excusez moi pour ceux qui ne peuvent encore, malheureusement, tenir les cornes de leur mouton de tabaski ! Mon propos vise à recadrer un débat qui commence à polluer l’environnement, à situer les responsabilités pour inviter à nous recentrer sur ce qui devrait être notre priorité à l’heure actuelle. J’aurai gagné mon pari si la discussion créée s’appuie sur la raison et non les passions, sur l’objectivité et non l’approche partisane.

La question c’est l’instrumentalisation actuelle de la foi dans des affaires privées qui ont été versées dans le débat public. Je voudrais à l’entame de mon propos, s’agissant d’un thème devenu passionnel, affirmer avec force que la foi est une affaire personnelle. Dire aussi qu’à l’évidence notre pays est à composante religieuse majoritairement musulmane – Selon le rapport 2016-2018 de l’Observatoire des Libertés Religieuses nous avons 91,1% de musulmans, 5,2%de chrétiens, 3,3% d’animistes et 0,4% d’autres catégories – Mais il faut dire dans le même temps que TOUS sont d’égale dignité et méritent le MÊME respect.

J’aimerais rappeler, y compris à un certain ministre, que le Sénégal est bien laïc en ce sens qu’il fait la place à toutes les religions dès lors qu’elles respectent nos us, nos coutumes et nos lois. Faut-il rappeler que l’Islam bien que plus ancien sur le territoire, n’est apparu ici qu’à partir du 9ème siècle avec les Almoravides qui ont fait des conquêtes militaires sur l’afrique de l’Ouest. La chute de l’empire du Ghana, finalement absorbé par l’empire du Mali a contribué à étendre l’influence musulmane dans la région. L’empire du Mali s’était d’ailleurs proclamé musulman autour du 13ème siècle. En outre les Toucouleurs très tôt convertis à l’Islam (ils avaient une pratique religieuse différente avant le 9eme siècle) ont été parmi les premières communautés du Sénégal à se convertir à l’Islam. Cela étant dit, nul ne peut nier qu’avant l’Islam au Sénégal existaient des pratiques religieuses, même si elles sont souvent qualifiées à tort d’animistes. Ces religions traditionnelles qui sont encore pratiquées dans le Sine, le Saloum, la casamance naturelle, chez les lébous, etc., le sont par des sénégalais à 100%, je veux dire à part entière.

Ainsi il est temps que l’on comprenne donc que s’il y a une religion fondamentalement sénégalaise ce serait alors nos traditions et rien d’autre ! Il n’y a donc pas de primauté naturelle de qui que ce soit sur les autres en la matière sinon il faudrait rappeler les autorités coutumières ! On sait qu’il y a eu des conflits armés entre musulmans, colons chrétiens et ceddos sereres ou wolofs durant des périodes ancestrales mais notre pays est devenu une Nation grâce à la volonté de nos anciens qui l’ont bati autour de valeurs d’abord traditionnelles (la tradition). Si l’homme est enclin à developper des réflexes identitaires : la famille, le clan, les communautés ethniques, religieuses, professionnelles, raciales… la Nation va au-delà de ces considérations en mettant l’accent sur le commun vouloir de vivre ensemble. Pour cela des règles existent et la plus grande d’entre elles est la Constitution. C’est elle qui garantit les droits fondamentaux de tous et l’Etat est chargé de la faire respecter.

Si nous sommes donc aujourd’hui sans un désordre dangereux pour notre stabilité, dans cet activisme débordant qui sape les racines de notre unité c’est la RESPONSABILITÉ de nos dirigeants qui non seulement n’assument pas leur rôle mais parfois entretiennent le flou. Quand on est ministre on doit assumer ses responsabilités et faire imposer la loi un point c’est tout. Il n’est nul besoin de faire des communiqués kilométriques et sibyllins, peu de mot suffisent. Faites appliquer les articles précis de la loi pour qualifier des faits et prenez les sanctions ou non. Voilà comment on fait pour remettre les choses à leur place au lieu de laisser perdurer la chienlit. Chercherait-on à divertir le peuple qu’on ne s’y prendrait pas autrement !

Attention toutefois à ne pas jouer avec le feu car on sait quand cela commence mais pas comment ni quand cela se termine. Le Sénégal n’a pas plus de saints que les autres pays, il faut le reconnaître et notre responsabilité individuelle est engagée et plus encore celle des élus et des gouvernants dans cet effort républicain de maintien de la cohesion nationale.

A mon avis les citoyens devraient pouvoir attraire devant les tribunaux les responsables publics qui auraient failli à leurs responsabilités en cas de drames collectifs. Au nom donc de toutes les minorités du Sénégal confondues – je pense entre autres à mon ami Maan, le roi d’Oussouye dont les valeurs sont hautement appréciables, à mes parents manjaku qui par un certain syncrétisme pratiquent parfois une foi (catholique) singulière mais respectable en ayant plusieurs épouses selon la tradition, aux parents sereres du Loog qui invoquent leur génie le Laaga Ndong, aux Lébous dont les génies protecteurs tous féminins, Coumba bang, Coumba Lambaye, Coumba Thioupane, Coumba Castel sont les épouses de Laaga Ndong – au nom de tous donc, je voudrais implorer la minorité activiste des « majoritaires » à revenir aux valeurs de fraternité que nous ont léguées nos ancêtres pour regarder tous ensemble vers l’avant. Qu’aucun fait singulier isolé ne vienne nous distraire, la loi ayant prévu le règlement des litiges. N’en faisons donc pas une affaire d’ego ni de fierté déplacée et vaine, et plutôt concentrons nous sur les épreuves que nous avons à affronter solidairement afin d’aboutir à une démocratie vraiment agissante dans le respect des droits de chacun.

Balenma akh nak ndax bëñ ak lamiñ ño and.

Bonne fête de Tabaski à toute la Ummah et que la paix de Dieu règne dans nos familles.

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