Jeudi Noir – N°47 (Par Bruno d’Erneville)

Chers amis,
Ce que nous vivons en ce moment, on pourrait l’appeler une gueule de bois politique, et comme au lendemain d’une fête bien arrosée… nous cherchons la « sortie » ! Désormais tous, nous devons trouver nos nouveaux équilibres : ceux qui étaient « dedans » et qui sont sortis, ceux qui ont « basculé » durant l’élection présidentielle en espérant un strapontin, ceux qui s’estimaient lésés et qui demeurent insatisfaits et enfin l’opposition.

Nous vivons actuellement un équilibre précaire et me semble t il le président l’a bien perçu. Il faut rapidement apporter les transformations économiques capables de supporter la création d’au moins un million d’emplois pour ce mandat. Ce chiffre n’est pas né au hasard : 200 000 jeunes arrivent sur le marché chaque année, comment pourra-t-on faire face à la bronca des jeunes chômeurs dont le nombre risque d’être incontrôlable dans les années toutes proches. On peut sans risque de se tromper présager des mouvements d’humeur grandissants dans la catégorie des jeunes et surtout des jeunes diplômés si le cours des choses ne change pas radicalement. Attention donc au syndrome Ben Ali!

Voilà pourquoi, l’appel au dialogue du chef de l’état devrait être une sorte d’aggiornamento, un appel à une réflexion inclusive pour réinventer notre démocratie et pouvoir utiliser nos intelligences au profit de la nation plutôt que de les combattre quand elles ne sont pas de notre camp.

Je suis convaincu que nous n’avons plus le choix, si nous ne trouvons pas notre voie propre, dans un esprit de dépassement, nous risquons l’implosion et cela, non par le péril des opposants les plus en vue, mais plutôt par celui de la demande sociale. Le CRES l’a souligné, plus de 100 000 nouveaux pauvres chaque année, c’est énorme. Certes les perspectives ouvertes par la manne pétrolière semblent rassurantes, mais le Contenu Local pourrait bien être insuffisant, puisqu’il cite l’obligation de travailler non pas avec des nationaux (capitaux majoritairement sénégalais) mais avec des entreprises installées au Sénégal !

Faisons bien attention de ne pas faire du juridisme béat en oubliant la dure réalité : nos entreprises risquent l’étouffement si l’Etat ne met pas en place une politique de soutien stratégique par secteur. Accroître le niveau des compétences notamment par le 3FPT et soutenir davantage les investissements qui vont s’avérer lourds pour les PME eu égard aux exigences du monde du pétrole et de la concurrence qui est en train d’arriver… voilà des préoccupations que l’Etat ne pourra occulter sans conséquence. L’or noir doit être une bénédiction. Nous serions vraiment des damnés si nous réussissions à enrichir les autres à notre détriment et, pire, nous diviser à cause du pétrole. Le cas Vénézuélien doit nous ouvrir les yeux et si nous devions en arriver là, mieux vaudrait que nous n’ayions pas eu de pétrole.

Alors, attendons les TDR du dialogue : Pourvu que ce ne soit pas pour de la politique politicienne comme ce fut le cas avant. Les calculs et poignards dans le dos seront en pure perte car il faudra bien très vite prendre à bras le corps la demande sociale pour inverser les tendances tout au moins. Bien sûr les questions électorales notamment celle du parrainage pour les locales doivent être rapidement réglées au risque de voir surgir un désordre indescriptible. Mais ce que je crois c’est qu’au-delà de la question électorale, Macky Sall devra oser les débats de fonds concernant les réformes nécessaires pour ce pays afin d’amorcer les virages décisifs.

On perçoit bien de sa part une ferme volonté d’impulser une nouvelle dynamique, il faut souhaiter qu’elle se poursuive. Les textes techniques doivent occuper une grande place au niveau de l’assemblée nationale pour combler le gap que nous avons sur l’activité technique et commerciale mais sauraient-il manager ces défis ? C’est la réussite de tout cela en tout cas qui permettra au président de marquer durablement de son empreinte la vie de la nation avant de tirer sa révérence.

Partir bien pour Macky, serait bien pour tous ! Rappellons-nous cette belle parole de sagesse : tarpeia rupes prope est capitolinum montem ! (la roche tapéienne est proche du mont capitole).

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