Jeudi Noir – N°43 (Par Bruno d’Erneville)

Analyse des résultats de l’élection présidentielle du 24 février 2019

Chers amis il est des jours comme celui-ci où la meilleure bonne volonté n’arrive pas à combler un sentiment de désolation, de tristesse même. Au Sénégal comme ailleurs, ceux qui souffrent et sont les plus fragiles sont souvent ceux qui contribuent à faire vivre le système qui les maintient dans cet état. Quand j’analyse les résultats de cette élection présidentielle, je constate plusieurs faits :

  • il y a un électorat encore important qui vote pour le pouvoir et qui pourtant,chaque jour cherche difficilement sa pitance. Ils sont instrumentalisés c’est vrai, mais ils ont aussi leur logique souvent « de court terme » qui n’échappe pas aux politiciens.
  • l’absence de représentants de l’opposition dans de nombreux bureaux de vote a été un désastre et constitue indéniablement des occasions de « bourrages d’urnes encore bien réels par un simple jeu de chiffres validés sans contestation dans ces zones. Les cas du nord sont flagrants quand on voit les scores indécents notés en faveur du pouvoir. Mais dans d’autres lieux comme Médina Gounass, des groupes catégoriels nous ont fait remonter des cas de triches patents au détriment de notre coalition…
  • le Sénégal n’a jamais été autant victime de manipulations et de traficotages d’élections : utilisations de fichiers instables, modification de la carte électorale y compris le jour du vote avec des inscriptions de personnes sur la base de faux extraits de naissance en particulier dans les zones frontalières (exemple de Goudiry Selon la CENA elle même ), arrêté officiel pour permettre des votes de personnes ne trouvant pas leurs bureaux, distribution de cartes d’électeurs en dehors des commissions légales de distribution et malgré les recommandations du rapport de la MAFE, etc.

Nous avons donc bel et bien régressé du point de vue de nos acquis démocratiques, voilà ce qui explique à la fois l’absence de joie dans le pays et le refus de reconnaître le vainqueur par ses adversaires. Voilà aussi ce qui justifie l’absence d’empressement de l’opposition suite à la « main tendue » du président SALL. Avec ce régime je crains que nous restions dans une logique de guerre tous azimuts contre ceux qui s’opposent : celle qui neutralise les adversaires par l’instrument de la « loi », qui affaiblit ceux qui gagnent leur vie par les marchés publics en donnant des consignes  » under the table » et une stratégie d’achat de conscience sans moralité aucune.

Je m’étouffe de rage quand on me présente dans des rencontres techniques comme un politicien, là où je piaffe d’impatience de montrer que mon expérience technique est encore utile au pays… il faut à chaque fois que mes confrères rappellent le rôle que ma structure joue au sein de notre corporation, et ce sont encore eux qui sont choqués de constater la guerre que je subis par les ministères et leurs services en charge de projets de l’état. Ce que je suis, ce que je représente, ce ne sont pas des fonctionnaires ni même des autorités politiques quelles qu’elles soient qui pourront me l’enlever. C’est un fait, je demeurerai celui qui a ouvert la voie au contrôle technique sénégalais qu’on le veuille ou non, qu’on tente de nous asphyxier ou non, c’est ainsi et c’est mon patriotisme qui me l’a donné !

Mon combat, c’est le fruit d’une conviction profonde que je dois encore apporter quelque chose à mon pays et à mes frères africains, au moins dans mon domaine sinon sur le plan politique. Créer les conditions d’un véritable progrès économique et social par des résultats tangibles et non des paroles vaines ou des chiffres creux. Le BBY continue de nous endormir, de nous abreuver de chiffres sans prise réelle sur le vécu des citoyens, ils vont désormais s’étriper pour le partage du gâteau et tout celà en toute insouciance. Leur statisticien attitré mon ami Moubarack a voulu donner des chiffres pour « justifier » le forfait, en vain. J’aurai probablement l’occasion lors de débats prochains de montrer comment ses propres chiffres attestent de la triche, justement. Notre rôle est d’ alerter le pouvoir, les autorités religieuses, coutumières et la communauté sur l’urgence à agir : s’occuper du peuple, de son éducation, de sa santé, de son alimentation, de son travail, bref de sa dignité c’est cela le vrai débat et non pas celui de créer une fois de plus un semblant de dialogue que les citoyens auront tôt fait de classer comme une affaire de « politiciens ».

Monsieur le Président, vous êtes mal élu certes, mais cela doit vous inviter à recoudre la déchirure réelle consacrée avec votre peuple. Pour ce faire vous devrez impérativement prendre de nouvelles orientations qui rassurent sur le processus électoral, les questions économique et judiciaire et tout simplement l’éthique politique.

Nous attendons donc votre retour de « vacances » et verrons bien à quoi ressemblera votre MACKY II. Les patriotes que nous sommes, resterons là, campés, déterminés à veiller, soucieux de voir un jour nouveau se lever.

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