Jeudi Noir N° 74 et 75 : De la Guinée Conakry, quand nos vies d’Africains n’ont aucune valeur

Ce jeudi noir en contient deux car la semaine dernière je me trouvais à Conakry-la-douloureuse avec ses problèmes de réseaux.

La Guinée est affectée par des assassinats dont celui de onze jeunes peulhs manifestant contre un troisième mandat et des disparitions d’officiers supérieurs de l’armée. Je suis choqué par l’indifférence générale qui entoure ces carnages. Pas la moindre réaction internationale, pourtant tout le monde en parle ici et les familles des victimes civiles et militaires sont dans le total désarroi.

Décidément nos vies d’Africains n’ont aucune valeur, on nous tue, on nous déshonore pour le bon plaisir du roi du moment… Mais que cela soit clair pour les dirigeants, toutes ces manoeuvres sont vaines. Les bons gouvernants ne s’accrochent pas au pouvoir, c’est ce dernier qui vient à eux. Rawlings est une star toujours adulée en son pays, Kagame est un modèle pour tous les Africains ou presque, Nana Akufo ADO fait son bonhomme de chemin dans l’histoire et le coeur des Africains de même que les Présidents de la Sierra Leone, du Botswana, du Mozambique, du Cap Vert et même des îles de Sao Tome et Principe… parce qu’ils ont pris conscience du rôle historique qu’ils doivent jouer par Amour pour leur pays et pour l’Afrique.

On nous amuse avec le 3eme mandat de Macky, mais peut-on seulement oser y croire à notre époque ? Pure folie ! Travaillez plutôt à résoudre les nombreux problèmes qui nous assaillent avec cette pauvreté qui croît (voir rapport de l’ANSD) et menace gravement notre propre stabilité. Travaillez autorités, à ce que l’Etat recouvre son statut partout sur notre territoire au lieu de laisser des soldats en tenue afficher un prosélytisme religieux dangereux, au lieu de soumettre l’Etat au diktat des religieux, au lieu que nous soyons submergés par des tonnes de drogues jour après jour, au lieu de faire des déclarations d’intention sans suite quand il y a des incendies répétitifs, des naufrages aussi idiots que catastrophiques, quand nos diplomates se muent en chasseurs de primes, quand les responsables de la république bafouent les lois !

Reporter à nouveau les élections locales sine die est une violation de la loi électorale, vous le savez. Le Président n’a toujours pas doté la commission pour le Dialogue National de moyens depuis son lancement en mai 2019. Nous sommes 5 mois plus tard et pourtant le Président affirmait vouloir un résultat en trois mois, paroles… paroles !

J’affirme donc que ces retards sur la réalisation des objectifs stratégiques tels que l’audit du fichier et l’évaluation de l’élection présidentielle sont un piège pour repousser ces élections de tous les dangers (pour le pouvoir en place: les communes de biscuiterie et de Nguéniène viennent de l’illustrer de fort belle manière). Nous devons prendre le risque d’y aller, maintenant, malgré les incertitudes du fichier. Il y a une double raison à cela :

  1. plus tôt on finira cette échéance plus on disposera de temps pour aller sereinement vers les travaux d’audit du fichier de même que les réformes du code electoral,
  2. les risques de fraudes sont de toutes façons amoindris aux locales du fait de la proximité des candidats avec leurs bases et de la maîtrise des représentations dans les bureaux de vote.

Accepter cet arrêté illégal de Ali Ngouille NDIAYE signifierait ouvrir la voie à de nouvelles dérives dont le regroupement possible des locales avec les législatives en 2022. Notre drame est que des « experts politiques  » fleurissent de partout dont la faible capacité d’analyse contraste avec leur propension à truster les micros et lieux de négociations; ces derniers sont parfois un instrument (volontaire ou non) des intentions cachées du pouvoir.

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