Coup de poker ou harakiri politique ?

 » L’honneur et la dignité sont certes des dons admirables de l’homme, mais ils n’ont pas de valeur en politique car la politique est une joute de causes, un affrontement d’intérêts, et le pouvoir est une affaire trop sérieuse pour admettre des civilités inconséquentes », écrit Balzac.

Dans la tradition nipponne, le guerrier samouraï avait le courage de se donner à lui seul une mort silencieuse, pénible, mais glorieuse en se transperçant le sabre en pleines entrailles pour la sauvegarde de l’honneur et la fierté telle une pourpre cardinalice. Cette expérience, née d’un rite macabre découle en fait, d’un manquement lié à un devoir qu’un homme d’honneur s’assignerait devant le groupe pour mettre fin à sa souffrance morale. Un acte symbolique de haute portée morale qui, en politique, traduit en revanche, un coup de Jarnac qu’un homme politique s’est donné lui-même pour avoir trahi les valeurs républicaines et principes démocratiques pour lesquels, une masse populaire s’identifiait et se reconnaissait à lui.





Alors, venons en à notre brûlante actualité politique, marquée par un énième remaniement du gouvernement d’un régime finissant occupé par des acteurs essoufflés devant un peuple languissant. Au coeur de ce remaniement apparaît, contre toute attente, un homme qui, après avoir ravalé sa promesse politique en reniant sa parole d’honneur pour les privilèges du pouvoir, devant une opinion publique désemparée et désenchantée, tient mordicus à lui dorer, de nouveau, la pilule.

Ne s’expose-t-il pas, alors, à la vindicte populaire? D’ailleurs, cette récompense politique de son mythique et complice silence sur les dérives et errements du régime n’est-elle pas pour autant le sabre qu’on lui a tendu sur un plateau d’or, tel un cadeau empoisonné pour son suicide politique? Le décret qui l’a ainsi nommé à ce poste n’est-il pas celui de sa mort politique ? En acceptant, enfin, ce deal sur le dos du peuple et à l’insu de ses collaborateurs immédiats, n’a-t-il pas creusé sa propre tombe?

Hélas! Il est question de s’en faire une religion: en politique on peut mourir et ressusciter comme le sphinx renaît de ses cendres, donnant ainsi raison à Alexandre Pope selon qui tous les arts ont produit des merveilles sauf l’art politique qui n’a produit que des monstres froids.

Alors, à la place de leaders de l’opposition, on risque d’avoir des dealers de l’opposition.

Et nos hommes politiques comprennent bien que nous sommes dans un monde où tout est d’avance pardonné; donc tout y est cyniquement permis:
machiavélisme, bonapartisme ou césarisme politique, qu’en est-il d’ailleurs? Et les préoccupations pressantes des peuples qu’en font-ils alors ?
Sous ce rapport ne sont-ils pas alors, l’illustration imagée de la pensée balzacienne qui les peint pour la plupart d’entre eux comme des hommes dépourvus de probité morale ?

Mansour Shamsdine Mbow, Professeur de Lettres et chroniqueur

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