AAR LI NU BOKK, une plateforme au carrefour des luttes démocratiques (Par Ousmane Abdoulaye Barro)

« L’Etat n’est pas lui même démocratique, puisque sa fonction principale est de défendre l’unité et la force de la société nationale face à la fois aux Etats étrangers et aux changements historiques les plus longs. L’Etat a un rôle international et un rôle de défense de la mémoire collective, en même temps que de prévision et de planification à long terme. Aucune de ces fonctions fondamentales n’appelle par elle-même, la démocratie. De la même manière, les acteurs et mouvements sociaux qui animent la société civile n’agissent pas naturellement de manière démocratique, même si un système politique ne peut être démocratique que s’il représente les intérêts des acteurs sociaux. C’est le système politique qui est le lieu de la démocratie. »
Alain Touraine

La démocratie représentative est un système mixte (Bernard Manin) dans la mesure où il est d’une part un gouvernement par les élites, et d’autre part un régime qui donne aux citoyens le droit de sanctionner leurs dirigeants. « La révolution citoyenne » à l’œuvre ici et ailleurs montre que les élections ne sont plus le moment privilégié pour demander des comptes. Qui peut arrêter ce « mouvement irréversible », pour reprendre la prophétie de Tocqueville ?

Il s’agit tout d’abord de distinguer les rôles des acteurs, comme le fait si bien Touraine. Etat, partis politiques et société civile ne peuvent pas se confondre. Partout où la fusion a prévalu, les libertés individuelles et publiques sont menacées. Par contre, la dictature s’accommode parfaitement de ce mode de gouvernance. Pour autant, la séparation stricte des sphères n’est pas souhaitable, car elle affaiblit les citoyens dont la force réside dans le combat collectif pour la préservation du bien commun. L’établissement de règles justes et équitables apparait ainsi comme une nécessité. C’est en ce sens que l’auteur identifie « le système politique » comme étant « le lieu de la démocratie ». Système politique renvoie ici aux mécanismes institutionnels ou non, aux lois écrites ou non, mais aussi aux pratiques peu ou pas orthodoxes qui déterminent le fonctionnement des institutions. Bref, le système politique déborde le régime politique.

Mouhamadou Mbodj, défunt coordonnateur du Forum civil, analysait la société civile sous l’angle d’un champ et non d’une certaine neutralité politique. La participation des acteurs de la société civile dans un combat, en apparence politique, est devenue une banalité depuis les Assises nationales.

Les Assises nationales et Aar li nu bokk ont été créés au lendemain d’échéances électorales. Même si la politique n’est pas étrangère à ces initiatives, les revendications sont éminemment citoyennes. Le M23 et Aar li nu bokk ont montré leur caractère populaire à travers des manifestations de rue. Il est clair que si le rassemblement prévu à la place de la Nation n’avait pas été interdite, il aurait battu le record des mobilisations. Une dernière chose que partagent les Assises et Aar li nu bokk, c’est la documentation des faits portant sur la gestion des affaires publiques.
En termes de perspectives, le succès de notre plateforme dépend de la qualité de son management stratégique et opérationnel, de son leadership nécessairement collégial, de son ancrage populaire, du respect des spécificités de chaque partie prenante, des moyens matériels et financiers mis à son service, de sa déconnexion du calendrier électoral… Autant de choses dont les initiateurs semblent conscients.

Ousmane Abdoulaye Barro, représentant de PASTEF dans Aar li nu bokk

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