Servitude volontaire et violence symbolique

 »De la servitude volontaire ? » Pour reprendre, sous la forme interrogative, le classique français, Étienne de la Boétie, fustigeant ainsi la complaisance tacite ou expresse avec laquelle les peuples croupissent dans les geôles abyssales de la pauvreté, la souffrance et la misère.

Ou bien « de la violence symbolique? » Pour paraphraser le sociologue Pierre Bourdieu qui décrit cette acceptation de la domination politique par le peuple comme  » l’incorporation des mécanismes de la domination » par une minorité politique à une majorité sociale.

À ce double titre, Aldous Huxley affirme: » La dictature a les apparences de la démocratie et la parfaite image d’une prison à ciel ouvert où les prisonniers- les populations- ne songent pas à s’évader. Il y existe un système d’esclavage où grâce à la consommation et au divertissement, les esclaves ont l’amour de leur servitude ». Alors, dans les démocraties sous les tropiques, les peuples n’ont-ils pas choisi de courber éternellement l’échine devant un système anachronique et sclérosé, en acceptant inconsciemment ce misérable sort marqué au fer rouge de la servitude ?

Dans cette situation inextricable, apparaissent les dirigeants comme les ex2cuteurs testamentaires d’un legs politique et administratif transmis par le biais des canaux à la fois officieux et officiels par ceux-là qui agissent sous l’ombre du pouvoir et dans le secret des dieux, détenant la baguette magique par laquelle ils tirent les ficelles. Comme des marionnettes, les peuples agissent en dansant et en battant des mains, convaincus d’être en possession de la souveraineté et d’avoir accompli en toute liberté, leurs droits civiques pour trancher un contentieux électoral. Et les classes politiques et aristocratiques, comme une ratatouille-sauce espagnole composée de tous les ingrédients-, comprenant de taquins, de pantins, de plaisantins et même de coquins, jouent à la comédie politique et à la farce républicaine au bon vouloir du grand Maître et au détriment de la tyrannie de la misère et la tragédie de la pauvreté des peuples asservis.

Or, le jeu démocratique s’effectue normalement sur l’aire de la transparence, à l’arbitrage de la conscience citoyenne, devant l’assistance de l’élégance républicaine et sous le contrôle de la probité morale.





La démocratie est synonyme de dialogue et de concertation ; et le principe sacro-saint du contradictoire est le moteur de son bon fonctionnement. Donc le consensus étant le socle du jeu politique, résulte de nos propres contradictions, et la culture du débat implique nécessairement le respect mutuel et la sincérité des parties prenantes.

Nos hommes politiques ont, certes la grandeur et le mérite de remporter des élections et de gouverner leurs peuples, mais ils ont plus encore la responsabilité morale de s’innocenter devant le tribunal de l’histoire ; un pari qu’ils ne pourraient jamais réussir tant qu’ils ne mettent pas au dessus de leurs intérêts crypto-personnels, l’intérêt de toute une nation en les libérant des cachots du désespoir, de la misère et de la souffrance. Qu’en est il aussi de la responsabilité des peuples ? Rousseau n’avait-il pas raison de penser qu’un peuple qui ne revendique pas sa liberté et ses droits est mûr pour l’esclavage lorsqu’on sait que le consentement tacite est présumé du silence ?

L’exigence démocratique s’affirme par la volonté d’un peuple de s’adjuger pleinement sa souveraineté qu’il se doit aussi de la garder jalousement contre toute forme de prévarication émanant d’une quelconque entité que ce soit et de quelle que nature qu’elle soit. Alors, si par la magie d’un système pernicieux, les élites ont réussi à jeter les voiles de l’ignorance et de l’aveuglement sur les peuples afin de continuer davantage à les domestiquer, alors, la servitude devient le lieu où choisissent les peuples de végéter.

Mansour Shamsdine Mbow, Professeur et Chroniqueur.

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Un commentaire

  1. Merci infiniment professeur pour ce combat opiniâtre visant à éveiller les masses endormies afin de les soustraire au cannibalisme de nos hommes politiques. Plaise à dieu que votre voix fluette soit entendue.

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