Mali, le coup de massue de la CEDEAO ! 

Le Mali vient de noircir la liste des pays sous embargo, en tout cas du moins la liste noire de la Communauté des Etats d’Afrique de l’Ouest (CEDEAO). À la sortie du sommet extraordinaire tenu le 10 janvier à Accra les chefs d’États et de gouvernement de la CEDEAO ont lâché via un communiqué, l’épée Damoclès sur le Mali, suivi d’une batterie de sanctions et pas des moindres. Par ces sanctions l’organisation sous-régionale a exprimé sa désapprobation au souhait de la junte militaire de prolonger la transition. Dernièrement les militaires à la tête de l’Etat avaient affirmé et confirmé le désir de se maintenir au pouvoir pour encore cinq bonnes années. Une décision absolument pas du goût de la CEDEAO et de l’ancien colon français avec qui le dialogue écume d’un silence dominical depuis un certain temps.

Décidé à couper le cordon ombilical avec la France, la junte militaire s’est tournée vers d’autres partenaires stratégiques à l’instar de la Chine et de la Russie. La coopération militaire Russo-Malienne s’est vue booster des cendres de la mission Barkhane. Celle-ci même menée par la France au Nord du Mali, en lutte contre la menace djihadiste. Non satisfait des résultats de la mission Barkhane coordonnée par la France depuis 2013, le Mali s’est tourné vers l’appui militaire privé pro-Russe du groupe Wagner.

Le Mali paie ainsi le bras de fer l’opposant au refus de la CEDEAO d’homologuer l’extension du calendrier de la transition de 4 ou 5 ans. Le Mali s’est vu ainsi blacklister. Le pays est désormais coupé du monde. Les mesures infligées à son encontre sont :

  • La fermeture des frontières entre le Mali et les pays membres de la CEDEAO,
  • Le gel des actifs maliens au sein de la Banque Centrale des États d’Afrique de l’Ouest,
  • La suspension des transactions hormis les produits de première nécessité et pharmaceutiques.
  • Coupure des aides financières
  • Le rappel des ambassadeurs des pays membres au Mali

Ces sanctions seront appliquées immédiatement. Elles seront progressivement levées uniquement après l’obtention d’un chronogramme satisfaisant soit finalisé », explique la CEDEAO dans un communiqué.

Le Mali a-t-il les moyens de sa politique de souveraineté ? Jusqu’où est-il prêt à aller ? Le Mali est-il maître de son destin ? Comment le pays fera-t-il face à ces sanctions ?

Autant de questions qui révéleront au monde la capacité de résilience du peuple malien, pris en otage par ses voisins et frères Africains. Au vu de la situation actuelle que traverse l’économie malienne ces dernières années, les prochains jours ou les prochains mois laissent penser à des lendemains durs et éprouvants pour le pays. Les sanctions infligées au Mali sont à la fois sévères et très lourdes de conséquences pour l’économie malienne.

À ce rythme l’économie malienne se retrouverait très rapidement en défaut de paiements et ne tiendrait pas assez longuement son train de vie quotidien. Les conséquences sont lourdes pour l’État malien, qui ne pourra plus faire face à un certain nombre d’échéances (…) Il ne pourra plus lever de fonds sur les marchés financiers ni accéder au compte unique du Trésor, où sont ses actifs financiers. À très court terme, le manque de liquidités va affecter notamment le paiement des salaires des fonctionnaires et des agents de l’État ». 

Doit-on s’attendre à un effet domino ?

Si les lendemains à Bamako s’avéraient difficiles, force est de reconnaître que les maliens ne seront pas seuls à pleurer ce sort. Les pays voisins comme le Sénégal et la Côte D’Ivoire, signataires de ces sanctions se sont aussi mis la balle aux pieds compte tenu des liens étroits de coopération qu’ils partagent sur le marché inter-régional ouest Africain.

Au-delà de l’impact sur l’économie malienne, le Sénégal subira de pleins fouets les conséquences du blocus adopté par la CEDEAO. La Mali est le premier client commercial du pays de la téranga. En 2020, les exportations à destination du Mali représentaient 474 milliards de francs CFA (ANSD). La quasi-totalité (80%) du ravitaillement malien transitent par le port de Dakar. Du côté terrestre, chaque jour des centaines de camions empruntent le corridor de 1 300 km séparant les deux États.

Vers qui se tourner ?

Le contournement à l’embargo économique pourrait venir des pays voisins comme la Mauritanie ou des partenaires stratégiques comme l’Algérie et la Guinée avec qui le Mali entretient de profonds liens de coopération. La junte Guinéenne a pour sa part martelé son soutien indéfectible au peuple malien en rejetant d’office l’application de ces sanctions. Le salut viendra sans doute du grand peuple malien.

Du côté de la société civile, les différentes organisations s’attellent à des manifestations géantes. Les mouvements de la société civile, les associations religieuses, les syndicats, tous s’accommodent à soutenir la junte militaire. Pour la société civile, les sanctions visent bien plus le peuple malien que la junte militaire. « Ces sanctions ne sont pas dirigées contre la junte, mais contre la population et son soutien à ce régime de transition. Tout le monde sait qu’une de 5 ans n’est pas tenable mais, ce qui est sûr c’est qu’il faut des vraies réformes. Sanctionner le Mali pour une question de délai, c’est totalement injuste et inhumain » estime Ibrahima Coulibaly, président de la coordination nationale des organisations paysannes du Mali (CNOP).

Le Mali pourrait également compter sur un soutien de taille venant de la population. Les populations des pays voisins ont notamment marqué leur indignation aux mesures adoptées par la CEDEAO. Au-delà des partenaires stratégiques, la junte militaire pourrait bien compter sur la solidarité et la ferveur des maliens. Les maliens sont certes inquiets des impacts de cet embargo sur le quotidien, mais ils n’entendent pas se laisser faire. Les populations sont très en colère contre l’organisation sous-régionale. Elles ont le sentiment de n’avoir pas été compris par leurs pairs Africains. Connu pour sa dextérité, sa capacité à se rassembler en temps de difficulté, il mettra sans doute à contribution sa résilience. L’heure est à l’union et à la sérénité.

« Pour l’Afrique et pour toi Mali
Notre Drapeau (vert, jaune, rouge) sera liberté
Pour l’Afrique et pour toi Mali
Notre combat sera unité
Ô Mali d’aujourd’hui
Ô Mali de demain
Les champs fleurissent d’espérance
Les cœurs vibrent de confiance »

[Extrait de l’hymne national du Mali]

Pape Ndiamé GUEYE
Consultant en Finance

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