Le Sénégal sous Macky, une démocratie en sursis

Je reprends le titre d’un article que j’avais publié le 1er septembre 2014, où j’attirais l’attention des acteurs politiques sur « l’impasse politique » dans laquelle nous plongeait la gouvernance de Macky. J’indexais les acteurs de la société civile et les hommes politiques qui n’ont pas compris qu’en démocratie les acquis doivent être préservés. Ni le M.23 ni les Assises nationales n’ont pu résister aux assauts répétés du nouveau régime. En tant qu’observateur, j’ai pu constater comment le M.23 a été « réduit à sa plus simple expression ». Par la main de la justice, ce dernier n’a pas manqué de profiter de la clameur populaire pour faire emprisonner les leaders politiques qui constituaient une menace. Son refus d’entendre des voix dissonantes le pousse à radier le président de PASTEF.

Notre parti a soutenu tous les leaders de l’opposition injustement emprisonnés même si la réciproque n’était pas forcément appliquée. Mais dans l’ensemble, la solidarité a prévalu. Lors du référendum, nous avons opté pour l’abstention à cause du caractère déloyal du scrutin avant de nous laisser convaincre par les partisans du « Non ». A part les locales de 2014 auxquelles notre formation politique n’a pas pu participer, aucune élection organisée par le régime de Macky n’a emporté l’accord des acteurs politiques. Les législatives ont été à la limite sabotées et la cohérence aurait voulu de ne pas y participer ou à défaut d’en rejeter les résultats. Mais comme la présidentielle se profilait à l’horizon, le combat a été reporté et confié aux électeurs. 2019 arriva avec son lot de désillusions : le régime récidiva et le peuple participa largement à la victoire du président sortant.

Si les Sénégalais n’ont pas vécu une crise post-électorale, c’est en grande partie grâce aux forces patriotiques. Nous avons refusé en toute responsabilité d’installer notre pays dans l’instabilité politique. Le peuple sénégalais est conscient que cette victoire a été arrachée mais il a choisi de laisser passer comme ce fut le cas en 2007. Les militants des nouveaux partis politiques attendaient un mot d’ordre pour sortir dans les rues. Je rappelle qu’en 2011, les étudiants de l’UCAD n’avaient pas besoin de mot d’ordre pour marcher jusqu’à la place de l’indépendance. Un responsable politique digne de ce nom n’appelle pas à la mobilisation s’il sait que les conditions ne sont pas réunies. Je continue à attirer l’attention sur un fait important : si on veut gagner le combat contre Macky, il faudra reconquérir les espaces de liberté. Pour le moment, entendons-nous sur les « réformes » à entreprendre. Pour ce faire, un dialogue est nécessaire.

Nous avons choisi la paix et la « stabilité ». Cela ne fait pas des Sénégalais un peuple lâche car il a démontré plusieurs fois qu’il sait refuser. Les Sénégalais nous disent tout simplement que l’heure n’est pas à la confrontation. Ils nous demandent de revoir notre système d’évaluation. Ils ne sont pas contre le changement radical mais ils redoutent un avenir incertain.

Ousmane Abdoulaye Barro

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