Le Sénégal serait-il au faubourg des réalités du Covid-19 ? [Partie 3]

Ousseynou Tamba est un étudiant en master à la section anglaise de l’université Gaston Berger de Saint Louis. Spécialisé en Littérature et Civilisation du Monde Anglophone, il analyse, ici, la façon dont les sénégalais ont vécu et vivent encore l’épidémie du Covid-19 depuis quelques semaines. À cette occasion, il jette un regard critique sur la gestion de l’épidémie par les autorités gouvernementales du Sénégal.

Fourberies et Patriotisme exaspérés

Le covid-19 n’a pas manqué de mettre en exergue l’esprit Tekk Xell [1] du sénégalais. L’avènement de la pandémie a dévoilé au grand jour, le côté obscur de certains sénégalais à exploiter avec peu d’éthique la souffrance du peuple. Le virus Made in China fidèle à sa déontologie a engendré des faux médecins, de faux gendarmes, de faux professeurs, entre autres exemples. Tout est devenu « du faux », dans ce pays. On ne sait plus à qui se fier. À cela s’ajoute, les abus excessifs sur les prix des masques, des gels hydro-alcooliques dans le commerce et les pharmacies. Tout pour montrer l’esprit machiavélique qu’ont certains de tirer profit au maximum sur n’importe quelle situation y compris les plus malheureuses. Au même moment, dans un pays comme le Rwanda l’accès à ces produits a été facilité à la population.

D’un autre côté les artistes, aussi, n’ont pas manqué leurs lots de jeu dans cette farce épique qui restera gravée dans les annales. Au sortir de cet évènement, le pays sera apte à reconnaitre qui sont les véritables patriotes. Et  ceux qui sont pour leurs propres intérêts. Nous assistons à une série interminable de complaintes dépréciatives, statutaires personnelles dans les réseaux sociaux et Médias pour réclamer une part du gâteau des Millions déboursés par l’Etat dans le secteur culturel. Or ce fond a été attribué à ceux qui sont les plus impactés par le virus. Mais on constate que l’argent bénéficie à certains responsables, irresponsables de la culture musicale. Même, ceux, non impactées par le virus réclament leur part du butin, au moment où l’Etat a plus besoins de leur soutien. Parmi ceux qui ont compris l’urgence de l’heure, le Rappeur Dominique Pereira alias Dip Dundu Guiss qui n’a pas manqué de montrer l’exemple à suivre en distribuant un lot conséquent de riz, d’huile, de sucre etc… aux familles démunies de son quartier. S’il est vrai que tout le monde n’a pas les mêmes capacités, il n’en demeure pas moins que l’urgence de la situation devrait amener à une union dans la solidarité. Mais pis, le constat est autre. Notre pays se trouve à l’extrémité-Ouest du continent, tout comme il se situe à l’extrémité des véritables enjeux du Covid-19. 




Un pays sous sédatif chronique

Aujourd’hui, le pays est paralysé depuis plus de 60 jours à cause d’un ennemi invisible, poussant au confinement. Certains en profitent pour croître et se forger des connaissances, mettre un plan de business plus solide pour en profiter grandement durant la période post-confinement. Tandis que les hommes pieux se concentrent à l’adoration pour expier leurs péchés et prier pour le pays. Par un fâcheux concours de circonstance d’autres s’immiscent dans des débats houleux interminables sur les réseaux sociaux avec des commentaires peu urgents sur des séries sénégalaises. Ainsi, faisant de leurs challenges une affaire virale. Une partie de la population réclame l’ouverture immédiate des mosquées pendant que nos spécialistes divergent à propos des mesures barrières. Ils tiennent des conseils sur les mesures barrières aujourd’hui qu’ils réfuteront demain semant confusion et discorde dans la tête des gens. Le Marathon des chaînes nationales étale une succession des louanges de Marabouts confrériques avec une histoire de cheveu préventive qui vient terroriser notre croyance divisant le pays en deux : les adeptes et les récalcitrants. Pendant que le monde prévoit des tests pour notre continent, nous nous attardons à lyncher sur les réseaux sociaux des personnes inexpertes à qui on a tendu le micro sur un sujet qu’ils ne maitrisent pas et qui après avoir fait leur boutade s’excusent via les réseaux sociaux. Les fausses informations se multiplient et se propagent, telle, une fumée radioactive. On remarque que l’amateurisme a atteint le seuil du comble. Des artistes et des citoyens Lambda ameutent la presse car n’ayant pas obtenus leurs parts du gâteau ou que quelqu’un a reçu un kilo de Riz de plus. L’Artémisia malgache ne trouve pas tout son crédit chez les médecins, au point de saper la solidarité panafricaine. Au Sénégal on raconte même que le pays est couvert d’une protection divine forgée par nos aïeux religieux posant la nécessité de convaincre certains citoyens sur l’existence de la maladie. Notre objectif est de se concentrer sur la véritable finalité. Or, notre pays est à l’image du prodige brésilien Neymar pour qui la pression du match ne l’empêche guère de faire son spectacle et d’amuser les spectateurs. Aujourd’hui, l’État du Sénégal suit le processus de déconfinement en France, comme un danseur sur la piste dictée par le rythme endiablé du DJ. Et le peuple indigné, selon toute vraisemblance ne fait que se soumettre au diktat du colon. Que faire ? Comme le souligne, Fatou Diome « Quand le roi se prosterne, les fidèles perdent leurs fiertés ».[2]

Les citoyens ont perdus la cohérence des choses dans la suite des décisions, en témoigne, le discours du chef de l’état sur l’assouplissement des mesures. Décision prise entre pression sociale, hésitation et incohérence dans la procédure d’assouplissement progressive. L’incohérence réside dans le fait de fermer les établissements scolaires et lieux de cultes pour une dizaine de cas et de les rouvrir pour plus de 1000 cas. Ironie du sort !!! Un discours qui sonne comme une démission. Désormais que chacun prenne ses responsabilités et apprenne à vivre avec le virus. Dans cette affaire, il n’est pas à exclure que le Président n’a pas manqué de mettre au-devant de la scène et de manière indirecte la responsabilité des religieux de tout ce qui pourrait advenir. Car il est clair que l’incident de Kaolack n’a pas manqué de pousser le Président à hâter son discours, 24h plutôt que prévu.

Une guerre qui nécessite une discipline militaire

L’ingérence et l’amateurisme du gouvernement sont flagrants. Il s’y ajoute la violation du couvre-feu, la limitation des déplacements et la distanciation sociale et physique n’ont pas été respectées ainsi aussi les mesures d’hygiène ont été bafouées. Dans cette guerre, nous avons tous un rôle à jouer. Si chacun restait au poste de combat, la maladie serait certainement aujourd’hui vaincue. Mais l’irrespect légendaire des mesures est notre plus grand défaut pendant que l’ennemi gagne graduellement du terrain. Maintenant, il se trouve au-delà de nos lignes, armé, invisible et microscopique. Et le temps est littéralement contre nous. Ce virus tel un organisme vivant, progresse sans arrêt et se nourrit de notre négligence à chaque heure et chaque seconde. Il nous convoite tel un prédateur avide, de nous anéantir, étudie nos mouvements et déplacements. Pour lui, il n’y a aucune place pour l’inertie ou pour toute autre mise en question. Il ne se fatigue pas et profite du moindre faux pas pour accroitre son armée. Maintenant, il est question de survie pour lui autant que pour nous. Cette bataille, elle est binaire : nous sommes soit « UN », c’est-à-dire unis ou Mort. Le monde est bien trop petit pour deux, pour une place : (le Covid-19 et l’humain). L’heure n’est pas à l’abandon restons concentrés. Mettons de côté nos différents et ensemble tel un athlète de l’olympe nous triompherons tous de ce virus. Que Dieu le tout puissant nous assiste !

Ousseynou Tamba
Étudiant en Master à l’université Gaston Berger de Saint-Louis, spécialisé en Littérature et Civilisation du Monde Anglophone

[1]  Mots wolof signifiant souvent l’esprit Machiavélique des sénégalais
[2] Fatou Diome Inassouvie nos vies page 97


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