Le développement et l’aménagement du territoire : Un cafouillage formidable au Sénégal

Jotnanews vous propose une série d’articles thématiques sur des sujets divers et englobant un enjeu national. Avec une approche documentée et basée sur une connaissance empirique des sujets traités, nos experts éditorialistes tentent une analyse réflexive d’identification d’un problème de gestion publique avant de formuler des propositions de pistes de solutions. Dans ce premier numéro, Alioune Badara Seck, expert en intelligence économique et affaires internationales et Bassirou Kébé, spécialiste des questions économiques abordent le sujet du développement et de l’aménagement du territoire 

 

(Thèmes croisés : stratégies d’intelligence territoriale et aménagement du territoire : identités, faiblesses, vulnérabilités, avantages concurrentiels des territoires…)

Le concept d’aménagement du territoire devrait avant toute chose nous ramener à ses origines intentionnelles, à son sens étymologique, c’est-à-dire, pour les sociétés humaines, la capacité à s’organiser par rapport à leurs espaces ( terre, mer, air), car, l’essentiel pour les humains est non seulement de ne pas subir l’espace terrestre avec son sous sol, ni l’espace maritime et sous-marin, ni l’espace aérien atmosphérique et extra-atmosphérique mais aussi d’essayer de les apprivoiser et de les façonner, malgré certaines contraintes à priori insurmontable, pour leur existence actuelle et future. Il s’agira pour les hommes doués d’intelligence d’organiser, alors, leurs territoires en fonction de leurs besoins primaires, secondaires, tertiaires voire plus, tellement la pyramide de Maslow a été édifiante sur nos différentes aspirations liées à l’aménagement du territoire. Nul besoin de dire que tout aménagement du territoire est avant tout systémique, eu égard à l’interdépendance naturelle des écosystèmes, prenant en compte un ensemble de facteurs dans une dynamique qui n’a qu’une finalité principale : l’équilibre entre les territoires pour la cohésion sociale et la concorde nationale ; car pour vivre les hommes ont besoin de la part de leur État, la disponibilité de ressources utiles à leur existence, de la régulation, de la mobilisation et de l’organisation de leurs écosystèmes par des artéfacts aux usages et utilités multiples. Un aménagement est aussi un déploiement infrastructurel qui répond à des besoins d’intégration et d’équité territoriale qui visent à une harmonie territoriale nationale. Ses structures et infrastructures peuvent répondre à des besoins de mobilité et d’échanges (des ponts, des échangeurs, des tunnels, barrages, rails, ports, aéroports, des routes et autoroutes…), politico-administratifs (nouvelles villes, nouvelle capitale, zones spéciales, building administratif…), économiques et commerciaux (usines, plateformes industrielles, services divers, ouvrages binationaux, centres de transactions diverses, marchés à dimension locale, régionale, nationale ou internationale, centres commerciaux, quais, des espaces dédiés à l’agriculture, à l’élevage, à la pêche…), culturels et symboliques (écoles, université, centres de conférence, centres de recherche, théâtres, ouvrages artistiques…), cultuels et religieux (lieux de culte et de pèlerinage, cimetières et ouvrages funéraires, …), sportifs (parcours sportifs, arènes, stades…), touristiques et esthétiques (aménités environnementales, aires de jeux ou de service, resorts…), d’habitat et de cadre de vie (lotissements, résidences individuelles ou collectives, ouvrages d’assainissement, de voirie, de recyclage et de valorisation des déchets, aires de jeux, de loisirs ou de services, places, plages et espaces publics…), sanitaires (hôpitaux, centres de recherche, laboratoires, hubs de santé…).

L’échelle d’un aménagement du territoire peut être locale, régionale, nationale ou transnationale Mais quels que soient ses objectifs, son échelle, la forme qu’il revêt, tout aménagement du territoire se fait pour les hommes et les femmes qui peuplent ces espaces. Il ne doit ni déposséder ni désapproprier gratuitement ou impunément ses occupants antérieurs. Il ne doit pas se faire non plus contre les populations en place ou sans elles. Tout au contraire, tout aménagement du territoire doit être inclusif, reliant, structurant et intégrateur.

Malheureusement, au Sénégal, les politiques publiques sur l’aménagement du territoire sont le plus souvent le fruit d’un calquage, d’un mimétisme dans leur conception comme dans leur déclinaison, donc une aliénation conceptuelle originelle et une déviation infrastructurelle dans la mise en œuvre. Les politiques publiques en la matière répondent plus à une commande extérieure intériorisée, telle une belle duperie, et affichées comme étant des besoins domestiques et intérieurs, alors qu’elles sont dictées le plus souvent depuis l’étranger par des investisseurs, des institutions internationales, des pays étrangers dans le cadre d’un bilatéralisme inégalitaire, souvent à travers leurs aides au développement, si elles sont pas mues par des intentions personnelles ou électoralistes inavouées. Au lieu d’être d’inspiration et d’élaboration sincèrement endogènes, elles sont de sources plutôt exogènes, maquillées du vernis de l’intérêt public national. Ce qui fait que dans leur déroulement, elles se heurtent aux intérêts véritablement nationaux, aux aspirations, aux réalités et aux attentes fondamentales des populations autochtones. Rares sont les grands projets d’aménagement du territoire qui ne sont pas réalisés contre les populations. L’exemple du pôle de Diamniadio est assez édifiant : tout est descendu directement d’en haut, du sommet de l’Etat. Les populations qui partageaient réellement les espaces du pôle actuel, c’est-à-dire, celles de Bargny, de Diamniadio originel, de Sébikotane, de Sendou et de l’autre côté vers Bambilor et Sangalkam n’ont absolument rien vu venir. Du jour au lendemain, ils se sont vu imposer les nouveaux plans d’un pôle économique sur leurs terroirs respectifs. Ne pouvant lutter contre un Etat qui leur oppose le fallacieux slogan de l’intérêt public à la fois général et national, elles ont dû manger des merles faute de grives. Alors que la démarche inclusive de consultation horizontale et non verticale devait être adoptée en amont pour entraîner les populations de plein gré et en âme et conscience dans ces projets dits nationaux. Et pour calmer leur colère, l’Etat leur a flanqué des «fils du terroir» à la tête des organes de décision en lien avec cet aménagement du territoire pour tromper leur vigilance et flatter leur égo. Mais pour quels bénéfices et pour quels bénéficiaires ?

Pour une réforme sérieuse des politiques publiques d’aménagement du territoire au Sénégal, il faut, au préalable, régler des problématiques précises en termes de ressources humaines de qualité, d’organigramme, de hiérarchie bien avant les aspects techniques et infrastructurels ou ceux relatifs aux projets et aux programmes. En l’état actuel des choses, il faut, d’abord, corriger plusieurs anomalies qui sont les suivantes :

  • La première anomalie est le fait d’avoir un maire en exercice de son mandat de maire à la tête du ministère des collectivités territoriales, du développement et de l’aménagement du territoire du pays. Ce cumul de fonctions est nuisible à la neutralité républicaine exigée en termes de répartition équitable et égalitaire des actifs territoriaux d’intérêt public national.
  • La deuxième anomalie est le fait d’avoir encore à la tête de la direction du cabinet de ce même ministère, un autre maire (comme directeur de cabinet du ministre-maire des collectivités territoriales et de l’aménagement du pays). Un autre cumul de fonctions susceptible d’être une passoire de toutes les formes de favoritismes et donc d’absence de neutralité républicaine.
  • La troisième anomalie est le fait que le ministre des collectivités territoriales, du développement et de l’aménagement du territoire et son directeur de cabinet appartiennent tous les deux à la même région de Dakar et au même département de Rufisque. Alors comment dire, ici, qu’il y a équité et égalité dans le traitement des questions territoriales à l’échelle nationale ? Rien que leur posture et l’exercice de leurs fonctions respectives sont une formidable expression d’une injustice assumée face aux aspirations égalitaires et de justice pour les territoires. Une seule région (Dakar) sur les 14 et un seul département (Rufisque) sur les 46 fournissent successivement l’ensemble des «compétences stratégiques» du ministère des collectivités territoriales, du développement et de l’aménagement du territoire : le ministre et son directeur de cabinet, sans parler du SG de l’ANAT. Je passe tout le reste.
  • La quatrième anomalie est de savoir que le secrétaire général de l’agence nationale de l’aménagement du territoire (ANAT), une dépendance de ce même ministère, est le frère du directeur de cabinet du ministre de l’aménagement du territoire. Si on n’y voit que du hasard, c’est parce que l’on ignore non seulement les conflits d’intérêts possibles, mais qu’on oublie qu’un tel fait peut être une porte ouverte aux délits d’initiés et à toutes sortes de possibilités de corruption, de concussion ou de prévarication, car comment garantir l’étanchéité et la confidentialité des informations porteuses d’intérêts et d’opportunités territoriales; comment éviter les réseaux invisibles de trafics d’influence et de création fictive ou intéressée de marchés et de leur capture frauduleuse, les vases communicants familiaux et leur porosité amicale ?
  • La cinquième anomalie est le fait d’avoir incrusté l’observatoire national des territoires sous la direction des travaux géographiques et de la cartographie, elle-même, sous la direction générale de l’ANAT. Une anomalie dans une anomalie, car non seulement un organe qui sert d’observatoire doit être indépendant et autonome mais il doit également avoir un statut qui sert de rappel, d’alertes et de contre pouvoir quand il y a manque d’objectivité, des abus, des erreurs ou des fautes sur toutes les questions relatives aux territoires. Placer cet observatoire dans une direction de l’ANAT, c’est en disposer à sa guise et d’en faire ce que l’on veut et finalement le bâillonner. Mais l’autre anomalie dans l’anomalie est que la direction des travaux géographiques et de la cartographie devrait, elle aussi, être indépendante et autonome, car une structure transversale pareille devrait pouvoir être ambitieuse et jouer pleinement son rôle à l’instar de l’IGN en France.
  • La sixième anomalie est l’existence, elle-même, du Haut Conseil des Collectivités Territoriales, une structure à la fois budgétivore et chronophage qui sert qu’à placer une clientèle politicienne qui ne refuse rien au prince jusqu’à ses plus folles bêtises. Il suffit de scruter les personnages qui s’y trouvent, de voir le niveau intellectuel et moral de la majorité de ses membres pour s’indigner et se rendre compte du carnage qui s’opère au Sénégal. Certains membres qui y figurent n’ont aucun sens de l’Etat, de ce que signifie un pouvoir central (concentré) ou décentralisé (déconcentré). Y en a qui sont à peine scolarisés et profitent de leur mandat de conseillers pour forcer le rattrapage de leur retard scolaire. Ce n’est pas qu’ils comprennent mal et parlent mal le français, langue officielle de travail, c’est qu’ils conçoivent déjà mal dans leur propre langue maternelle, et ce par manque de niveau intrinsèque. Pourtant ils sont bien friands de séminaires à Saly pour y passer des journées et des nuits douces autour de buffets et de rafraîchissements. Autour des ateliers et des séances de travail, ils s’emmerdent et passent leur temps à bâiller, car ils n’ont pas l’habitude de se concentrer. La concentration sur l’essentiel et sur des aspects intellectuels les fait chier. Les séminaires et ateliers qui ne servent à rien dans ces hôtels à Saly ou ailleurs sont devenus le prétexte trouvé pour s’évader, se reposer ou faire la fête aux frais des contribuables déjà largement éprouvés par la misère galopante qui sévit dans notre pays.
  • La septième anomalie est la création d’un ministère, sans portefeuille, chargé du Bureau Opérationnel de Suivi (B.O.S.) du Plan Sénégal Emergent (P.S.E.) qui en réalité, sans le dire, est un autre ministère plein d’aménagement du territoire. Si l’incohérence s’était arrêtée là, on aurait espéré pouvoir sortir très vite de l’ornière, mais c’est que le ministre du BOS logé à la présidence a priorité (fast track oblige !) sur l’autre ministère en charge de la même matière, entre autres. Parce que, figurez-vous, le PSE, (commande électoraliste) l’emporte surtout et même sur tout bon aménagement du territoire autrement prioritaire pour les populations.

L’ensemble de ces anomalies (les 7 péchés capitaux des politiques publiques de développement et d’aménagement du territoire au Sénégal) ne préfigurent rien de bon quant à l’idée et la vision qu’ils ont de l’aménagement du territoire, du sens de la justice, de l’équité et de l’égalité entre les territoires qu’ils ont pour notre pays. L’absence ou le manque d’équité territoriale par le fait de concentrer un triangle décisionnel dans un seul département parmi les 46 dont nous disposons au Sénégal est à la fois une faute flagrante et une injustice insupportable. Ne parlons même pas du népotisme affiché et assumé qui règne dans ce ministère et ses démembrements. Il urge d’y remédier pour restaurer l’équité et l’équilibre entre les territoires ; car c’est un fait : la politique publique dédiée au développement des territoires est inégalitaire au Sénégal, malgré l’affichage pompeux, sur le site de l’ANAT, de données parcellaires non exhaustives, décalées, déphasées et non fournies en temps réel, d’organigramme, de photos, logos, slogans, billevesées, ou de cartes qui ne sont ni actualisés, ni en 3D, pendant qu’une grande mutation s’opère ailleurs dans le monde autour des enjeux et défis cartographiques et géographiques en relation avec les questions sécuritaires, de changement climatiques, de risques d’inondation, de transformations écologiques…etc. Ne parlons même pas des nouvelles tendances dans les usages numériques, satellitaires pour le traçage, les GPS, la géolocalisation, le repérage en 3D et les possibles et divers marchés qui s’offrent dans ce domaine. Il suffit de voir ce que GoogleEarth fait des données géographiques et cartographiques pour comprendre que la géographie et la cartographie relèvent de la souveraineté nationale.

Propositions préliminaires avant celles de fond : Tout d’abord, pour avoir un début de solutions :

  • Il faudra avant tout assainir le ministère des collectivités territoriales, du développement et de l’aménagement du territoire. Mettre à sa tête de hauts cadres compétents avec une stature nationale et libres de toutes servitudes, de liens de famille, du népotisme et sans conflits d’intérêts personnels, professionnels ni territoriaux. Il faut y bannir ces drôles et contre-productives histoires de « fils du terroir » et choisir des profils professionnels, neutres, technocratiques et républicains, sans aucun conflit d’intérêt. Nous n’avons rien contre ces “fils du terroir”. Nous sommes nous-mêmes des enfants de ce terroir. Pourtant nous sommes contre cette idée saugrenue de recruter des « fils du terroir » dans des projets, certes localisés, mais à incidence nationale, rien que pour bluffer et dompter les populations récalcitrantes ou qui pourraient l’être. Cette approche corruptive a plus d’inconvénients que d’avantages, car connus du milieu, donc du terroir, ils sont souvent obligés de faire des compromis superflus ou d’extrapoler les limites de leurs missions. L’émotion l’emporte toujours sur la raison quand on opère en « fils du terroir » sur son terroir d’origine, quelle que soit la gravité des dossiers de l’Etat que l’on porte. Et c’est là où commence doucement l’inégalité territoriale en république.
  • Sortir l’observatoire national des territoires de l’ANAT et du giron étouffant de la tutelle pour lui permettre de jouer pleinement sa mission d’observatoire scientifique. Prévoir, à l’avenir, sa fusion avec la DTGC afin de les transformer en un institut moderne digne des enjeux et défis actuels et futurs dans leur domaine de compétence, à l’image de l’IGN français (le benchmarking rationalisé est permis, scientifiquement. Ce qui est horrible, en revanche, c’est le copier-coller, le mimétisme impertinent et aveugle dans la duplication mécanique des bonnes pratiques qui existent dans le monde).
  • Donner à la direction des travaux géographiques et de la cartographie (DTGC) ses lettres de noblesse et la libérer des carcans infantilisants de l’ANAT. Et puisque, nous sommes forts en mimétisme et en galvaudage, alors, osons une meilleure imitation en essayant de monter un peu en gamme et en compétence : faisons un peu de benchmarking mais pour de vrai en nous inspirant de l’IGN (institut national de l’information géographique et forestière) et de l’ENSG-Géomatique (rattaché à l’Université Gustave Eiffel, établissement nouvellement créé et dédié aux territoires, aux innovations et évolutions territoriales). C’est dire tout simplement que cette direction aura intérêt à se muter en institut adossé à un écosystème universitaire et de recherches complémentaires. Cela évitera les postures budgétivores liées au seul fonctionnement et aux salaires et d’investir dans les technologies de l’information appliquées à l’espace géographique et à nos territoires (parvenir à mettre le doigt sur un point précis de l’espace en temps réel, à tout moment, partout sur notre territoire et sur un simple clic)
  • Il faudra aussi fondre les missions du B.O.S. dans le nouveau ministère assaini des collectivités territoriales, du développement et de l’aménagement du territoire. Avoir un ministre à la tête de ce département et en avoir un autre (même si l’un est ministre plein et l’autre un simple ministre sans portefeuille mais rattaché au président de la république) est une hérésie kafkaïenne, un doublon insensé et une autoflagellation administrative et structurelle incompréhensible. Car en réalité ce qu’on appelle le B.O.S et le ministre qui le chapeaute font office d’un département ministériel plein en charge de l’aménagement du territoire sinon qu’entend-on par bureau opérationnel de suivi des projets du Plan Sénégal Emergent (PSE) ? Ce fameux PSE n’est-il pas en soi du pur aménagement et du développement territorial ? Si ce n’est pas le cas, nous ne parlons plus alors le même français ! Il faut supprimer ce doublon et instruire un seul grand ministère en la matière.
  • Il faudra impérativement dissoudre le Haut Conseil des Collectivités Territoriales, un machin inutile, absurde et ridicule. En lieu et place, il faut autonomiser et renforcer l’observatoire national des territoires en le dotant d’un statut clair avec des compétences et des expériences prouvées en perspective de son éventuelle fusion avec la DTGC.
  • Quant aux commissions parlementaires relatives au développement et à l’aménagement du territoire, nous aurons intérêt à les rationaliser autour d’une grande commission qui ne souffre d’aucun éparpillement d’efforts ou d’incohérences comme c’est bien le cas avec la législature en cours.
  • Il faudra aussi nous inspirer de toutes les expériences mondiales réussies en termes de développement et d’aménagement du territoire. Sortir des sentiers battus (to think out of the box), voir d’autres horizons en matière de développement et d’aménagement. Sortir de nos sources habituelles d’inspiration pour nous étonner des évènements territoriaux en «cygne noir» qui se passent ailleurs dans le monde (au sens de Nassim Nicholas Taleb) afin de nous actualiser à chaque fois et d’innover. Aller voir ce qui se passe au Canada, au Rwanda, aux Emirats Arabes Unis, au Ghana, au Qatar, en Chine, en Inde …La liste est loin d’être exhaustive, tant nous devons apprendre des autres tout en faisant œuvre utile pour nos populations et notre pays, donc pour nous-mêmes et les générations futur
  • Il faudra aussi des mécanismes de gestion concertée qui impliqueront une revalorisation des fonctions jusqu’aux plus bas niveaux de l’échelle de l’administration, des chefs de villages et délégués de quartiers. Autour d’eux, des conseils de quartier ou de village, seront mis en place, dans le but de mettre les citoyens face à leurs responsabilités et pour un respect de toutes les législations en vigueur en lien avec l’aménagement du territoire. Cela va avec un développement des outils de planification spatiale à court et moyen termes, à chaque niveau de gestion des territoires, fondés sur la maîtrise de l’information, la participation citoyenne inclusive et responsable et qui tiennent compte des nouveaux enjeux liés au changement climatique et de développement durable.
  • Enfin, il faudra revoir le paradigme actuel du gouvernement en matière d’aménagement et de développement du territoire qui donne l’impression que nous n’avons à la tête de ces structures que des commerciaux et des chargés de clientèle qui présentent le pays entier comme un camembert qu’il faut mettre en morceaux cartographiques et géographiques, avec le décor d’une belle carte postale attirante et suggestive de ressources en tous genres pour ensuite les montrer et les donner, presqu’en cadeaux territoriaux, aux mieux offrants nationaux comme étrangers. Changer de paradigme est de se dire tout simplement que nos territoires appartiennent au peuple sénégalais tout entier et tout ce qui doit se faire sur ces territoires-là doit répondre aux besoins, attentes et aspirations véritables de nos concitoyens et rien d’autre. Mais pour que nous voyions le bout du tunnel sur nos territoires, il ne suffira pas seulement de faire une bonne analyse SWOT (SWOT analysis : forces, faiblesses, opportunités/atouts, vulnérabilités/risques/menaces) de nos territoires et de faire des propositions en termes de pôles de compétitivité en fonction de chaque identité naturelle et économique du territoire (et ce en vue de créer un écosystème harmonieux et le tout dans une forme d’intelligence économique territoriale utile à la Nation), il faut préalablement une vision politique bienveillante en la matière et au sommet. Parce que cartographier les potentialités de chaque territoire, en faire l’inventaire et identifier les avantages concurrentiels de chaque territoire en vue d’une possible exploitation ou distribution équitable nous ramène toujours à la même idée : une impulsion bienveillante au sommet.  Malheureusement tel n’est pas le cas aujourd’hui, au Sénégal, car le président de la république, Macky Sall, répercute les mêmes actes inégalitaires de clientélisme, de favoritisme, de népotisme et de je-m’en-foutisme dans les politiques publiques de développement et d’aménagement du territoire. De la même manière qu’il distribue à tout-va les actifs du patrimoine national à qui il veut et donne, comme si c’était son bien personnel, à son frère, à son beau frère, à ses gendres, copains, amis, militants, sympathisants, tel postes immérités, telles fonctions indues ou telle chose illégitime, c’est de cette même manière que le découpage administratif du pays se fait. Le président de la république découpe le pays, notre patrimoine national, tel un braconnier insouciant et en colère. Les fruits de son découpage, il en fait part à qui il veut pourvu que cela serve ses intérêts électoralistes et non au nom de l’intérêt supérieur de la Nation. Avec une telle absence de bienveillance au sommet chez celui qui devait, le premier, être exemplaire, comment voulons-nous que sa suite soit rigoureuse avec nos territoires ? Pourquoi la plupart des collaborateurs du président de la république assument-ils tous, tant qu’ils sont, leur népotisme et leur clientélisme et chacun à son niveau de responsabilité ? Parce que leur chef, Macky Sall, est le premier à l’afficher et à l’assumer. Il a lui-même commencé à placer indûment sa famille proche, par alliance et lointaine dans les affaires publiques de l’Etat. Il a placé ses amis et leurs alliés. Il a coopté ses sympathisants et ses affidés sans se soucier de l’exemplarité républicaine de chacun de ses actes et de chacune de ses voies ou voix. Sans exemplarité quotidienne visible et assumée, en tant que premier homme public de notre pays, rien dans sa suite ne peut-être normal, d’où le chapelet d’anomalies que nous constatons partout dans l’administration sénégalaise. Si le président est juge et partie dans plusieurs dossiers qui devaient obéir à la rigueur de la neutralité républicaine, de l’objectivité scientifique et de la transparence absolue, comment voulez-vous que ses ministres et tout le reste de l’administration ne soient pas juges et parties ? Impossible ! C’est au président de la république de mettre en place les conditions d’un cercle vertueux, d’impulser, de donner le bon souffle, le bon ton, de commencer, lui-même, par être exemplaire et la rigueur suivra et atteindra naturellement la suite, l’ensemble de ses collaborateurs et les autres parties de l’administration.

En conclusion nous dirons que l’’aménagement du territoire est d’abord et avant tout une affaire de bienveillance au sommet et de souveraineté nationale. Ce n’est pas un camembert dont le découpage et la répartition obéissent aux désidératas et caprices d’un pouvoir central abusif ou de lobbys extérieurs qui conditionnent leur aide ou investissement selon leurs visées sur tel ou tel territoire. La France l’a tellement compris que l’Institut National de la Cartographie (IGN), outil essentiel de souveraineté et nécessaire à l’aménagement du territoire, même s’il relève d’une double tutelle, exprime un besoin national avec une cohérence, une indépendance et une compréhension des défis et enjeux contemporains. Il s’autogère en toute souveraineté parce que conscient de son importance vitale en tant que soutien vital aux différentes politiques publiques en termes d’aménagement du territoire et de sécurité nationale ; car cartographier pour aménager, prévenir, aider à artificialiser les espaces, aider à disposer d’une visibilité en temps réel sur tout et en tous lieux exigent une indépendance dans les outils, techniques, méthodes et démarches, surtout avec les enjeux de sécurité nationale, de visibilité et de disponibilité des territoires, de transports du futur et de géolocalisation (GPS, traçage, suivi des biens et marchandises, recherches en temps réel de positions, d’endroits pour la prévention des risques, intervention immédiate ou télé-assistée et tant d’autres usages numériques que ce soit en trois dimensions ou autres) que l’on peut en faire si on se réfère à GoogleEarth et d’autres portails en la matière.

Et pour revenir sur le Plan National d’Aménagement et de Développement Territorial (PNADT) avec un Horizon 2035, pompeusement affiché, c’est plutôt une duperie intellectuelle documentée rien que pour sous-tendre leurs projets politiciens tels que le PSE et autres. Un projet ou programme national doit être, dans sa conception comme dans sa mise en œuvre, trans-partisan, républicain et d’intérêt public national. C’est ce que l’on appelle un projet ou programme d’Etat. Les régimes qui se succèderont ne les remettront pas en question, car leur pertinence est avérée et demeure au-delà et à l’abri de tous soupçons politiciens ou électoralistes. Ils obéissent au temps long de Fernand Braudel. Chaque régime qui arrive les renforce, les améliore, les bonifie, parce que populaires et importants pour le plus grand nombre de nos populations. L’abandon de tels projets ou programmes sera tellement difficile qu’il faudra recourir à une consultation nationale, un référendum en quelque sorte. Malheureusement la plupart des projets actuels du président Macky Sall sont impopulaires et contre l’intérêt public national, d’où l’envie pour tout homme ou toute femme d’Etat d’y revenir et de l’abandonner. Il n’y aura même pas besoin de consultations populaires, la demande sociale et la clameur publique feront le reste ! Consultez la carte qui sert de support au PNADT. Déjà ce qu’ils appellent Grandes Affectations (GA1 à GA14), est un manque d’ambition notoire. Ils se sont contentés de répertorier l’existant en potentialités sur ces espaces territorialisés, en nous énumérant ce qui s’y fait (activités agricoles, minières, forestières, artisanales, pêche…etc), or en dépassant l’idée surannée des systèmes productifs locaux, les auteurs et les commanditaires de ce rapport auraient pu être plus ambitieux, même pas besoin de prospective ou d’anticipation stratégique là-dessus ; il aurait suffit d’être actuels et factuels, bref réalistes et pragmatiques (universalismes des best practices oblige !), tout simplement, pour comprendre, qu’une posture à la fois positiviste et constructiviste ( et non simplement naturiste ou naturaliste) d’implantation de clusters solidaires et complémentaires sur le territoire identifié (en fonction de ses potentialités en ressources naturelles et compétences orientées) pouvait aboutir à des pôles régionaux de compétitivité économique plus modernes et capables de faire repérer des compétences territoriales ancrées dans et pour chaque espace et d’organiser leur compétitivité (endogène et exogène) en vue d’une performance économique à la fois individuelle (pour chaque territoire) et collective (pour la Nation entière), sans augmenter la facture entropique dont parle Jeremy Rifkin. Agir sur l’existant par une volonté politique bienveillante qui garde l’authenticité territoriale tout en façonnant le destin et l’avenir de ces mêmes territoires à travers la mise en place d’un écosystème régénératif (acteurs publics/privés, formation, centres de recherche, universités, instituts, banques, finances, entreprises, transports, services divers…en relation avec l’identité économique et culturelle du territoire concerné), telles devraient être les préoccupations d’une bonne politique publique d’aménagement et de développement du territoire et non faire de cette dernière un marronnier (prétexte ou alibi récurrent) que chaque nouveau régime utilise pour accéder en profondeur aux ressources territoriales que l’on finit par patrimonialiser ou que l’on marchande et vendange aux plus offrants. D’ailleurs les maires l’ont tellement compris qu’une fois élus, ils cherchent d’abord des espaces à lotir (entendu à leur échelle locale comme un aménagement) pour accéder, eux aussi, à des terres et à des terrains, sources faciles de revenus indus. C’est dire ô combien il est important d’être exemplaire quand on est un homme public, surtout au sommet de l’Etat !

Mais nous nous gardons de décliner nos propositions définitives, ici, car le développement et l’aménagement du territoire est frappé d’une grande anomalie congénitale qui a commencé son pourrissement par la tête, au sommet de l’Etat. Son pronostic vital dépend du temps que va passer Macky Sall au pouvoir. Passé ce temps, nous aviserons. Nous attendons donc, par soucis de patriotisme utile, un régime bienveillant, le prochain, pour partager nos idées approfondies.

Enfin, dans un monde globalisé avec la mondialisation en cours, toutes politiques d’aménagement du territoire doivent d’abord reposer sur un socle de patriotisme économique avant d’avoir des dimensions transfrontalières et supranationales eu égard à l’interdépendance en marche actuellement. Que ce soit sur terre dans les airs comme en mer, tout bon aménagement du territoire dans ce 21ème siècle doit intégrer les différentes dimensions géopolitiques et géoéconomiques, histoire de créer des effets économiques multiplicateurs à force centripète, qui tire tout ce qui est humainement bien vers l’intérieur du pays et non le contraire. Une telle géoéconomie des territoires nous aidera mieux à nous poser les bonnes questions : en aménageant nos territoires, quels rôles voulons-nous leur faire jouer, aujourd’hui et demain, chez nous, d’abord, dans la sous-région, sur le continent et dans le monde ?

Quand nous trouverons les bonnes réponses à ces interrogations-là, c’est alors à ce moment-là seulement (et pendant ce temps, espérons que Macky Sall aura débarrassé le plancher), que nous commencerons à traiter sérieusement des questions de développement et d’aménagement du territoire dans notre pays. A ce moment-là nous aurons le plaisir de partager nos propositions pratiques sur ce que devrait être une Gouvernance Territoriale Bienveillante (GTB) dans notre pays. Pas avant. Seulement après.

 

Alioune Badara SECK

Ancien député (Rufisque)

Ancien conseiller technique du président Wade

Expert en intelligence économique et affaires internationales

 

 

Bassirou KEBE

Membre du Directoire du MONCAP

Spécialiste des questions économiques

Diplômé en sciences politiques et affaires internationales

 

 

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