La précarité à Rebeuss, un mal qui perdure (Par Ousmane Tanor Dieng)

La sérieuse dégradation des conditions de vie des détenus est aujourd’hui plus qu’inquiétante. La grogne des détenus reste fort bien inaudible jusqu’à 2019. Pourquoi les autorités font-elles preuve de surdité ?

Rappelons-le. La prison de Rebeuss, appelée communément 100 mètres, a vu le jour en 1914 pendant la colonisation avec une capacité d’accueil de 475 pensionnaires, je répète 475 âmes. Aujourd’hui, elle accueille plus de 2400 détenus, ce qui d’ailleurs ne semble choquer personne, alors que la vétusté de cette maison d’arrêt est un fait.

Cette plaidoirie, nous le menons pour défendre de façon objective les droits des détenus. Elle se donne un objectif très clair : l’amélioration de leurs conditions de vie.

Vous conviendrez avec moi que Rebeuss est aux antipodes des normes internationales en termes de respect des droits des détenus.

Bien qu’ils (les détenus) soient privés de liberté, ils n’ont jamais cessé de faire entendre leurs voix notamment durant les mutineries cycliques que le pays a connues en 1971, 1996 et récemment en 2016 qui a occasionné la mort d’Ibrahima Mbow dans des conditions pitoyables. Ces mutineries qui ont marqué l’histoire du Sénégal proviennent toutes de la promiscuité. Des humains entachés comme du bétail, qui crèvent dans la précarité, le surpeuplement et le manque d’hygiène. Ils subissent un traitement inhumain et dégradant, ponctué par les longues détentions. D’ailleurs certains parmi eux sont victimes d’une justice aveugle qui peine à respecter leurs droits les plus élémentaires en procédure judiciaire.

Les taulards sont dans des conditions pénibles et inconcevables. Après avoir perdu leur liberté, vient s’ajouter un traitement qui nie leur humanité et rend caduque leur dignité.

Malheureusement, force est de constater que la société est défavorable au sort des détenus qui subissent de plein fouet les restrictions budgétaires qui rendent pratiquement impossible l’amélioration de leurs conditions de vie.

Ce que nous oublions dans une certaine mesure, eu égard à tout cela, est que personne n’est à l’abri. La tragédie que vivent ces détenus peut frapper la vie de chacun de nous à tout moment. Alors ne serait-ce que par devoir d’humanité, que nous devons porter leur combat à haute et intelligible voix. De surcroît, parmi les détenus, il y a nos frères, nos sœurs et nos parents. C’est-à-dire que le prisonnier est un membre de la société voire de la famille qui traverse des moments de tribulations qui l’ont privé de sa liberté mais pas de sa dignité humaine ni de son humanité.

Alors ce combat, nous devons le porter par nécessité. Ce combat, nous devons le mener pour que la dignité humaine soit restaurée. Ce combat, nous devons en faire un sacerdoce.
C’est le moment aussi de porter un regard accusateur sur l’Etat afin qu’il prenne ses responsabilités face à ce mal qui détruit des milliers et des milliers de personnes qui séjournent en prison. L’Etat doit apporter des réponses concrètes et conséquentes face à ce mal ; aujourd’hui c’est plus qu’une nécessité.

Alors le devoir humain doit rejoindre le bon sens le plus élémentaire.
Nous devons tous dire NON à la précarité dans le milieu carcéral !
Fermez Rebeuss ! Halte ! Les détenus crèvent lentement…

Ousmane Tanor Dieng

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