La culture de l’« à peu près » face à la menace du Covid -19

Je suis bien inquiet de la façon dont sera traitée la menace Covid -19 au Sénégal.

En effet, je me suis rendu compte d’une véritable culture de l’ « à peu près ». C’est devenu une véritable culture dans ce pays. Et dans tous les domaines, aussi bien politique économique que social.

Les gens gèrent et font tout, à peu près correctement.

En politique, le dialogue social réunit à peu près tous les partis et partenaires sociaux. Les conclusions seront à peu près pertinentes, ils s’en accommoderont, comme d’habitude.

Les Travaux du TER, se déroulent à peu près bien, mais cela ne gêne pas l’exécutif. Il continue comme si tout est impeccable. Il n’y a rien à signaler : R.A.S.

Pourtant l’inauguration a déjà eu lieu. Il ne roule toujours pas, les impactés ne sont pas tous payés, les ouvrages (ponts et routes rendus nécessaires par l’existence du TER) ont été réalisés dans la précipitation, et à peu près bien exécutés. Mais ça leur convient.

Les contrats pétroliers sont truffés de désavantages pour le pays, ils sont à peu près intéressants, on fermera les yeux. L’essentiel est que certains puissent encaisser des commissions en passant. Les générations futures se débrouilleront.

La quasi-totalité des bâtiments du pays regorgent de malfaçons et de problèmes de finitions.

Le plombier a posé le tuyau d’évacuation du lavabo sans tenir compte de l’inclinaison nécessaire à une bonne évacuation des eaux usées. Mais du moment que le bâtiment tient debout, ça va. Mes compatriotes s’en accommodent.

Aucun compte n’est demandé aux constructeurs et autres artisans. Ils sont payés jusqu’au dernier Franc. Ils n’ont aucune raison de s’appliquer la prochaine fois.

Jusqu’ici, tout va bien ! Afin, à peu près.

Seulement le COVID-19 qui nous menace en ce moment est à Prendre avec le plus grand sérieux.

Les maîtres de l’ « à peu près » sont déjà à l’œuvre. Entre tâtonnements, improvisations, et incompétence, les dispositions pour lutter contre le fléau font déjà légion.

La désinfection des mobiliers des bus de transport en commun, des marchés et des rues se fait approximativement bien.

Les gestes barrières sont galvaudés à travers certains pseudos campagnes de sensibilisation.

L’état d’urgence et un couvre-feu de 20 h 00 à 6 h 00 comme si le virus était en hibernation de 6 h 00 à 20 h … me semble bien dérisoire.

Cette mesure est à peu près efficace. Car les sénégalais, libres de leurs mouvements vont se transmettre le virus toute la journée et le soir, le rapporter à ceux qui sont restés à la maison.

Cet état d’urgence, dans son état actuel,  ne sert à rien, contre ce virus !

Ce virus est sournois et dangereux et à partir d’un certain seuil va progresser de façon exponentielle. Donc, on n’a pas le temps de faire, cette fois-ci, de l’à peu près.

Il faut immédiatement des mesures chirurgicales. L’expérience chinoise et française, pour ne citer qu’elles, montrent explicitement la voie.

Il faut confiner le pays !

Confiner le Sénégalais ? Une équation à plusieurs inconnues. De quoi donner des maux de tête et des insomnies aux meilleurs spécialistes.

Le peuple est en partie ignorant, indiscipliné ou sous-informé. Il faut le prendre en charge sans attendre. C’est le travail des pouvoirs publics.

Des efforts sont faits, c’est bien. Il faut parfaire et continuer.

Il faut aussi que les citoyens, eux-mêmes, se prennent en charge. Et s’approprient cette lutte.

N’ayons pas peur des mots : c’est une question de vie ou de mort.

Il convient donc de divorcer d’avec cette culture de l’approximation, et de s’inscrire dans une logique de discipline et de prise de conscience. La vie de millions de personnes en dépend.

Djibril Mbaye
Montpellier

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