Jeudi Noir N°87 : Du suivi de l’exécution des contrats PPP

Chers compatriotes, chers amis, « siguilen ndigaale » (condoléances).

Trop de morts et tant de violence gratuite ! Les assassinats de Ndioba Seck et du vieux papa de Coubanao poignardé par son fils édifient sur un pays vraiment malade. Ce qui se passe ? Ne cherchez point : pauvreté, drogue, oisiveté, promiscuité, découragement, débauche sociale et politique avec leur lot d’impunités et d’injustices. Suffisant pour mettre le feu. En plus nous avons bloqué ces jeunes qui voulaient partir à barsa ou barsakh, nous les avons critiqués vertement sur le plan moral alors qu’ils nous disaient qu’ils préféraient encore la mort en essayant de survivre plutôt qu’une condamnation assurée dans un pays de corruption, de népotisme et de politique politicienne.

La cocotte est en train de nous péter maintenant à la figure ! Les urbains sont névrosés et organisent leur défense. Comme au western on se barricade, organise des vendetta et pourquoi pas une justice sommaire. Ni les effets de manche des policiers, ni ceux des gendarmes ne changeront la donne, car ils ne seront jamais assez nombreux ni assez équipés pour ce faire. La véritable réplique n’est certes pas dans l’agitation des forces de l’ordre mais dans une démarche systémique. La réponse doit être globale : créer un cercle vertueux agissant sur l’éducation, le civisme, la formation professionnelle, la création d’emploi et l’organisation du territoire par une rationalisation de l’occupation des territoires… C’est tout le sens du volet RSV de notre programme, et son couplage avec le remembrement des terres agricoles et la constitution des grandes coopératives rurales constitue incontestablement une voie de développement intégral.

Tout ce que le programme PSE est en train de réussir c’est d’accroître les inégalités en plus des iniquités et booster les frustrations. L’actuelle tendance de l’État à s’approprier des terres paysannes et des pontes de la république ou étrangers qui en font autant grâce à l’aide de la puissance publique sont autant de germes d’une bombe sociale en provenance des ruraux: Kaffrine, Niakhar, Ndiaganiao, Mbane, sont en passe de devenir des bastions de résistants.

Quand ils auront perdu la manche, viendra alors l’heure de la revanche qu’ils viendront chercher en ville ! Voyez déjà l’insécurité créée par les nombreux charretiers de la banlieue ! Barricadons-nous donc, mais d’autres menaces nous guettent déjà: les accidents comme « tulle et malle », les AVC comme « sabar bu tass » petits et grands sont concernés, les maladies chroniques respiratoires… Pas besoin du coronavirus, notre air de Dakar estampillé « pollué » nous immobilise les uns après les autres… genre bronchites aiguës ou bronchiolites qu’on s’évertue on ne sait pourquoi d’ailleurs à appeler « grippe ». Or le Sénégal a initié un PPP mémorable avec une société française pour le contrôle des véhicules. A quelles fins ? Le regret se lit bien à la Direction des Transports Terrestres où certains ne comprennent pas que le contrat n’inclut pas le contrôle de pollution des moteurs ! Finalement, nous champion des PPP dans la sous-région, peinons à rentabiliser nos PPP.

Le débat sur la nécessité de renégocier le contrat de concession de l’autoroute Dakar-AIBD, les menaces à peine voilées du patron M. Idier révèlent à souhait notre amateurisme. La question ne doit pas être ici de revendiquer un droit de renégociation après constatation (très tardive) d’une tarification chère, ni d’une volonté simplement de défendre l’intérêt des Sénégalais, il s’agit plutôt de contrôler de manière adéquate l’exécution d’un contrat. Ceci pose le problème lancinant du suivi de l’exécution du PPP.

Pour ne citer que le cas de cette autoroute, il suffit de voir comment l’on procède pour le passage des véhicules durant les fortes affluences pour constater qu’il y a un problème de contrôle. Le contrat est signé pour une durée donnée et sur la base d’estimations de fréquence de passage à un taux donné. Si des données de base sont modifiées il apparaît évident que les éléments du contrat doivent être revus dans un sens ou dans l’autre. Ainsi, aucune distribution de jetons ne devrait être acceptée puisqu’elle ouvre des possibilités de non déclaration. Que cela se fasse en période de pointe accroît encore les risques de fuite de recettes pour l’Etat. Voilà la voie royale pour une renégociation par l’Etat : Si l’on constate que les recettes ont dépassé les prévisions alors, à moins que le contrat soit léonin il doit être possible de revoir la durée globale du contrat à la baisse, ou bien de réduire les tarifs en gardant la durée globale, ou encore d’augmenter le niveau de rente en faveur de l’Etat.

Quand on voit les déformations de notre route Dakar-Bamako, on peut se demander aussi si le contrôle à l’essieu confié par PPP est vraiment efficace. C’est encore un problème de suivi d’exécution. Il est temps que les service du contrôle et du suivi des contrats affinent leurs méthodes. Celles-ci sont fonction de la nature du PPP. Il faudrait aussi procéder périodiquement à des audits techniques et financiers par des cabinets de contrôles pour s’assurer de l’absence de dérives dans l’exécution du contrat.

Moyennant ces mesures, il n’y a pas de doute que l’intérêt du pays serait préservé et ses revenus accrus, sans qu’il ne soit besoin de débats de principes qui polluent inutilement l’environnement des affaires.

Bruno D’Erneville

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