Jeudi Noir N°86 : Haro sur la marche du monde

Au delà de la marche hésitante de notre pays, de notre continent, nous cherchons tous à comprendre celle du monde. Celui-ci a vécu une progression économique et sociale qui s’est accélérée durant environ quatre siècles (16eme au 20eme siècle). Les découvertes scientifiques ont très rapidement trouvé des applications qui ont permis l’accroissement de la force de travail (avec les machines), des moyens de transport et de l’enrichissement des élites commerçantes et industrielles. Les théories capitalistes développées à l’ouest (Européens et américains) se sont opposées à celles, socialistes, des pays de l’Est en même temps que se constituaient les deux grands blocs politiques. La science, elle-même a participé alors à cette compétition politico-economique entre entre les deux pôles.

L’Afrique, comme l’Amerique du Sud ont préféré rester officiellement « neutres » malgré un embrigadement des pays africains par les puissances coloniales et une relation heurtée entre pays d’amérique du nord et du sud. Jusqu’à la fin des années 90 la situation était relativement « stable ». Puis les événements se sont accélérés avec d’abord la chute du mur de Berlin, puis l’effondrement du bloc de l’Est, et dans une moindre mesure la chute de l’Apartheid. Dans la foulée des cracks financiers répétitifs réputés structurels ont remis en question les théories capitalistes et néolibérales et particulièrement les principes fondateurs du libéralisme financier. Et pendant que chacun pointe du doigt l’échec de l’autre, et que certains commencent à imaginer des systèmes monetaires nouveaux (cryptomonnaies, blockchain, bitcoins, etc.), des phénomènes nouveaux ont surgi sans crier gare : Sur le plan sociologique, l’avènement de l’internet puis des réseaux sociaux a influencé fortement les masses et s’est révélé une arme aussi dangereuse que non maîtrisée pour les états. Voyez l’irruption très grave des réseaux sociaux dans les élections aux USA et au Brésil…

La cybercriminalité a ainsi franchi des limites incroyables puisqu’elle fouine dans l’intimité de nos vies, mais aussi dans les circuits de décision des états. Sur le plan environnemental aussi les alertes restées vaines des scientifiques dès le milieu du 19eme siècle se sont avérées avec un réchauffement climatique devenu incontestable avec les conséquences l’on sait, mais que l’on ne sait plus stopper. Est ce que la science saura nous sortir de l’impasse ? Moi je me demande plutôt si elle n’est pas devenue l’instrument des riches !

Pensez vous que les études actuelles pour habiter l’espace ou sur les planètes du système solaire soient au bénéfice de tous ? L’égoïsme humain reste indécrottable et la concentration de plus en plus grande de la fortune mondiale entre les mains d’une minuscule oligarchie a créé de fait deux mondes : les puissants et les pauvres. J’occulte volontairement la classe intermédiaire car elle représente une proportion négligeable économiquement parlant. Nous ne sommes plus bien loin de la loi de Pareto, les fameux 80-20. Bientôt 20% de la population détiendront 80% de la richesse dans le monde. La question est : comment cohabiter en paix dans ces conditions ?

La question des migants africains constitue une alerte, de même que celle des Mexicains clandestins, mais quelle réponse y a été apportée ? Rien. Trump a imaginé un mur, les Européens une surveillance des mers (le Frontex) et timidement des financements pour « fixer » les jeunes sur leurs terroirs. En Afrique et particulièrement au Sénégal nous sommes englués dans des considérations primaires, où seule compte la préservation d’intérêts de clan. Ainsi malgré les alertes des économistes, le rythme des emprunts augmente dangereusement pour des projets coûteux, dont les ratios de coûts dépassent largement les moyennes établies et dont l’opportunité est souvent largement contestable. Autant de raisons de croire que pendant que le monde fonce droit dans le mur vu ses nombreuses problématiques non résolues, nous les devançons, pour une fois ! Ce pays, le Sénégal avait espéré atteindre une démocratie mature après le fameux Code consensuel sous Diouf, puis la révolution du 23 juin 2011 puis la chute du régime de WADE en 2012, hélas aujourd’hui, sept ans après, c’est la désillusion partout… y compris dans les rangs du parti au pouvoir. Il se fissure gravement aujourd’hui du fait d’un faible leadership qui a fini de mettre le pays dans l’ornière avec les nombreuses dérives et atteintes aux droits humains. Le cas Guy Marius Sagna en est un révélateur incontestable.

Nous nous focalisons sur des détails: tiraillements au sein du parti au pouvoir avec ce simulacre de conseil de discipline, dialogue national que l’absence d’objectif ainsi que le choix des hommes ont plombé dès le départ… et pendant ce temps les populations souffrent. Pire, elles endossent financièrement les errements de nos dirigeants par la « vérité des prix » de l’électricité entre autres ponctions. Les problèmes récurrents d’eau (la région de Fatick en souffre plus que toutes les autres) et l’invasion de la drogue sous toutes ses formes par les ports, les routes et les aéroports rendent le Sénégal de plus en plus inhospitalier. Il n’est que de constater la multiplication des agressions d’abord largement sur les populations démunies, ensuite sur les étrangers (Chinois traitants, Senegalo-américains agressés mortellement à Kaolack…) pour comprendre que tout est lié: notre société devenue extravagante s’est perdue dans une logique de jouissance tous azimuts sans effort et à tous les niveaux. Cela explique le niveau faramineux de corruption atteint. Tout le monde est en danger.

La notion de LIGGEY a cédé la place sous Wade à celle du LIDJENTI, malgré son slogan « il faut travailler, encore travailler, toujours travailler », puis nous avons atterri avec ce régime au FORXARCI… de la roublardise nous sommes passés ainsi à la violence sous toutes ses formes. Pourvu qu’on en réchappe !

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