Jeudi Noir N°82 : ECO, de l’indélicatesse de l’annonce

Quelle semaine chers amis ! On dirait que l’année 2019 s’achève sur les chapeaux de roues. La nouvelle en a surpris plus d’un : Abidjan nous annonce officiellement la naissance de l’ECO et un enterrement de première classe pour le CFA. Bizarre que cette naissance ne fasse pas pousser des cris de joie. Elle suscite en Afrique du dépit, de la crainte et au mieux de l’indifférence. Bien sûr les inconditionnels du CFA, dont la BCEAO, ont timidement applaudi, le coeur meurtri ! Ils avaient tant défendu le CFA que le duo Ouattara-Macron les a tout simplement atomisés par cette « mauvaise » surprise. Ils fallait bien sûr revoir les termes du contrat… mais avec autant de « brutalité » ? Les autres pourraient dire avec moi « appelez le YADI » ! Comme Yadikone ! Ce nom au Sénégal évoque un rapport particulier avec la mort et constitue en soi un défi, une sur-vie sur la mort.

Dépités on peut l’être, vu la forme peu amène de l’annonce faite dans le « dos » des chefs d’Etat de la CEDEAO. Le duo aurait pu au moins l’appeler autrement, par respect pour nos chefs d’Etat qui, le même jour, se sont rencontrés en Session, ont encouragé le comité de suivi de la mise en place de la monnaie unique l’ECO, ont défini le sigle de la monnaie (EC) et baptisé la banque centrale ( BCAO). Il s’agit donc là d’une indélicatesse notoire et tendancieuse, voire inamicale.

Le moins que l’on puisse attendre maintenant de la part de la CEDEAO c’est de se démarquer clairement de cet homonyme d’ECO en marquant sa détermination à poursuivre sa feuille de route. Notre région CEDEAO a besoin d’avoir Sa monnaie unique pour aller dans le sens de la future ZLECA, en attendant d’aller vers une monnaie élargie (zones CEMAC, RAND, etc.).

Les citoyens de l’UEMOA attendent naturellement ce signal pour être rassurés. Bien sûr, l’on ne peut se contenter des grandes déclarations faites sous les feux des projecteurs : changement du nom CFA, exclusion des représentants Français de l’organe de décision, retrait de nos réserves du Trésor Français, parité fixe avec l’EURO, convertibilité « illimitée » dans les autres devises, garantie (à première demande) par le Trésor Français. C’est bien beau mais là il nous faudra cette fois la copie du contrat ! Le premier, depuis 1945 était un mystère sauf pour les initiés. Aujourd’hui nos parlementaires doivent exercer le pouvoir que le peuple leur a confié.

Nous voulons savoir les tenants et les aboutissants de ce contrat qui nous lie encore à la France : jusqu’à quand il durera ? Quelles contreparties sont données à cette garantie ? Quelles sont les clauses de résiliation … n’a t-on pas mis cou de nos huit pays sous la lame de l’échafaud ? La parité de l’EURO pour 1200 Ecos n’est pas un problème en soi. Il ne s’agit point d’une dévaluation puisque les monnaies CFA et ECO s’échangeraient suivant un rapport fixe dès le départ. N’a-t-on pas 1 UM (Mauritanien) égale 15.77 CFA, 1 Dalasi (Gambien) égale 11.54 CFA pourtant ces monnaies ne sont pas plus fortes que le CFA . Ainsi il n’y a pas – à ce stade tout au moins – de dévaluation avec ce nouveau rapport de change et l’on peut même penser qu’il va dans le sens de contenir une inflation « mécanique ». Le rapport inverse aurait lui, créé peut-être une montée des prix (inflation) par réflexe marchand ( phénomène vécu en France lors du passage du Franc à l’Euro).

Non, là n’est point le problème. Il nous faudrait cependant récupérer l’impression de nos billets; c’est là le début d’exercice de notre souveraineté monétaire en attendant d’avoir une politique monétaire propre (avec la modification du régime de change). Alors, qu’en est-il donc de ce contrat ? Ce sera le travail de nos députés. Nous attendons la réaction vigoureuse des parlementaires de nos huit états ou de l’un d’entre eux, le plus vaillant. En tout état de cause les raisons affirmées ou implicites qui fondent la frustration des africains sont ici réunies. Notre Président lui, déroule son propre agenda, il est purement politique sous les atours d’un dialogue national.

Je crains qu’on continue de s’amuser à nous tromper les uns les autres pour passer le temps pendant que le pays vit des urgences multiples. Dakar la capitale devient peu à peu un enfer. Non contente d’être la 2eme ville la plus polluée au monde, avec son chapelet de maladies pulmonaires, elle tue d’accidents toujours plus choquants qui témoignent d’une exaspération grandissante : on ne roule plus à Dakar ! A ce rythme dans deux ans les patrons rouleront en deux roues pour travailler ! Le BRT va aggraver la situation s’il n’y a pas très rapidement une réflexion plus globale du transport, ce qu’on aurait dû faire il y a des années car on voyait bien venir les embouteillages.

Le projet des cent mille logements sur cinq ans est louable, je souhaite sincèrement que l’on y parvienne. J’aimerais toutefois rappeler qu’il y a une échéance dont nous parlent les climatologues: 2050 ! Bien sûr c’est après 2035, l’échéance prévue pour notre désormais presque défunt PSE… mais c’est tout proche. Si nous ne menons pas une réflexion propre sur notre modèle d’urbanisation, nous risquons de subir les pires catastrophes : inondations avec des hauteurs d’eau de 3m et plus, disparition de plusieurs villes côtières, réduction drastique de la ville de Dakar qui va se resserrer sur sa partie sablo argileuse, aggravation de l’accès à l’eau y compris en zones urbaines, etc. Car la montée des eaux des océans va s’accélérer avec la fonte de la banquise.

En 30 ans nous aurons une augmentation de plus de 2 degrés des températures moyennes du globe là où il avait fallu 100 ans pour avoir une augmentation de 1 degré ! Les jeunes altermondialistes l’ont dit : climate is changing, wether you like it or not, then we must change our way of living ! (C’est à dire: le climat est en train de changer, que cela vous plaise ou non, nous devons donc impérativement changer de comportement. )…

Diriger c’est prévoir !

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