Jeudi Noir N°80 : Un langage trompeur et dangereux du gouvernement et des paysans dans une insécurité permanante

La campagne de commercialisation de l’arachide a commencé ! Selon la SONACOS, ex SUNEOR ou ex-ex SONACOS (entre les differents régimes, on n’y a vu que de la fumée, des atermoiements et du bradage d’ailleurs) l’Etat a mis (30+15) Milliards pour l’achat des graines aux paysans. Vous remarquerez que je n’ai pas fait le total, c’est pour respecter la manière peu orthodoxe qu’ont eu les autorités pour présenter les moyens financiers « débloqués ». Au contraire le mot d’ordre est de bloquer la vente des graines aux étrangers, disons-le aux Chinois, pour pouvoir remplir les greniers de la SONACOS. Mais il y a un hic, à Touba des paysans indiquent qu’ils attendent encore que l’Etat leur prenne leurs arachides… Vrai ou faux les OPS disent que l’argent n’est pas arrivé.

L’année dernière de nombreux stocks d’arachide dans la région de Kaffrine ont fini en « dégué » disent les paysans de la zone, à cause des mauvaises conditions d’un stockage trop long : Les insectes ont percé les graines et le produit s’est trouvé invendable.

Voyez vous gens de la tutelle, vos belles annonces ne semblent pas concerner les vrais acteurs, et plus ils produisent, plus grande est leur inquiétude. Au finish, l’agriculteur stresse toute l’année, à chaque période pour des raisons essentielles.

Impossible d’échapper aux contraintes structurelles : faiblesse des moyens de production, dépendance pluviometrique, faiblesse de l’organisation à la base, pas de lieux de stockage aux normes et pour boucler le tout mauvaise maîtrise de la commercialisation.

Je dénonce donc vivement ce langage trompeur et dangereux du gouvernement qui empêche le paysan de vendre aux étrangers sans lui garantir une prise en charge des graines à temps.

Je dénonce l’insécurité permanente des paysans qui n’ont aucune capacité de stocker durablement leur production et encore moins leurs semences.

Il est donc plus que temps que ce Ministère de l’agriculture soit plus sérieux. Comme je l’ai dit dans un de mes jeudis le système des OPS est gangrené. N’a-t-on pas entendu récemment des déballages à ce sujet qui démontrent à suffisance combien le paysan est devenu une « vache à lait » ? Il faut nettoyer les écuries d’Augias et construire des infrastructures de stockage adaptées, il y va de la sécurité de nos paysans. Si on ne le fait pas, nous n’aurons aucun droit de condamner ces derniers lorsqu’en début de chaque hivernage ils tendent la main vers le gouvernement et se contentent de semences de mauvaises qualité ! Nous ne pourrons pas non plus nous plaindre d’un exode rural au pas de course. Ces terriens, eux, ne peuvent prendre la mer quand ils n’ ont plus rien, ils en ont une peur-panique. C’est tout le contraire des fils de pêcheurs qui, voyant les ressources en mer se tarir (130 000 F au maximum pour 3 mois de travail) choisissent l’exil ou la mort. Leur créer un cas de conscience ne servira d’ailleurs à rien, pas même le fait de rappeler à leurs parents leur devoir de surveillance et d’éducation. Le drame est profond: le jeune SY « fraîchement » rescapé du naufrage nourrit déjà le désir de repartir. Il faut se rendre à l’évidence, le discours visant à sensibiliser les jeunes aux risques de ces voyages ou consistant à leur dire qu’il y a un espoir ici, ne convainc personne.

En attendant qu’une équipe gouvernementale méthodique apporte une réponse appropriée à la problématique de l’emploi des jeunes et à l’emploi tout court, il faudra en urgence développer des approches systémiques à fort impact dans les zones concernées par les phénomènes migratoires. Ainsi, la DER (malgré ses milliards collectés encore récemment auprès de la BAD) ne doit plus simplement financer les porteurs de projets, mais doit rentrer dans le cadre de la formation professionnelle et prendre en charge l’accompagnement sectoriel. Il faudra en particulier former ces jeunes pêcheurs dans les techniques aquacoles, l’ostreiculture, la crevetticulture, etc. Le financement de ces fermes aquacoles aura l’avantage de fixer ce beau monde en lui permettant d’avoir des ressources durables et suffisantes.

Concentrer les efforts sur ces secteurs (au détriment des jeunes des villes) me semble primordial, car il s’agit de sauver des vies en danger chaque jour. Il est déplorable que les jeunes du delta du Saloum soient autant victimes de ces naufrages quand on sait le potentiel de leurs terres : l’écotourisme, les productions énumérées ci dessus et, entre autres l’apiculture : le miel de mangrove est un produit de luxe, vendu cher, succulent et aurait des vertus curatives ! Quel comble !

Chers membres du gouvernement, ce ne sont pas les milliards ramassés un peu partout qui developperont ce pays, pouvez vous vous en convaincre ? Cette course à l’endettement n’est pas une fin en soi, elle nous asservit plutôt à terme. Non, ce qui nous développera en Afrique et nous permettra vraiment de rejoindre les pays émergents, ce sera notre CONSCIENCE LIBÉRÉE DE LA SERVITUDE et de l’obséquiosité et une pleine conviction que seul le travail mène au développement.

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