Jeudi Noir N°79 : Sortir de la tutelle avilissante et infantilisante et des institutions financières

La Conférence Internationale de Dakar sur le développement durable et l’endettement soutenable a vécu ! On peut apprécier à cette occasion les « coups de gueule » des Présidents Talon et SALL au sujet de la vision déformée des institutions internationales chargées des questions financières et économiques (FMI, BM, OCDE, etc.) concernant l’appréciation du risque dans nos pays africains. Je me pose néanmoins la question: était-ce juste une stratégie de communication à l’endroit des populations ?

Ces grands décideurs peuvent-ils ignorer que la finance internationale est congénitalement frileuse et voit très vite le « mal » ? Penser que le risque ne se limitent qu’aux questions politiques, militaires ou sociales, ce qui semble être l’angle sous lequel la question fut abordée, me semble un peu réducteur. En effet, s’il y a bien risque que le bailleur n’oublie pas, c’est celui des impayés. Ceux ci sont pour un pays, dû à l’insuffisance des ressources internes mobilisables (fiscalité), voilà ce qui explique d’ailleurs la tutelle déjà ancienne de nos finances publiques par le FMI à travers l’ISPE (instrument de soutien à la politique économique) ?

Pour faire « bon genre » Madame la présidente du FMI parle des performances du Sénégal mais en réalité la cocotte boue sous le contrôle de cet ISPE. Les instructions sont d’ailleurs assez fermes : ramassez dans les 3 mois la rondelette somme de 114 milliards avant fin 2019, le déficit n’est plus supportable (Me F. JURAIN). Par la même occasion subventionner le carburant serait l’apanage des pays riches et non pas des 25 derniers de la classe !

Voilà pour faire simple, ce qui est un risque super de chez super pour le FMI ! On comprend donc leur frilosité à décaisser encore ! Et bien sûr ce ne sont pas eux qui iront à l’encontre des avis des investisseurs, surtout qu’il y a quand même encore de bonne marges à faire en élevant les taux plus que de raison dans notre zone là où l’Europe des banques souffre des taux négatifs. En plus ils ont ici la « chance » d’avoir des projets aussi coûteux que ronflants, mal étudiés, peu rentables et souvent à faible effet de levier sur le plan économique, mais ils ont juste à verrouiller le payeur. En gros « faites comme vous voulez, m’en fout, payez moi au final, un point c’est tout ». Mais c’est comme si SONKO était passé par là, le clou des réprimandes est qu’il a été demandé logiquement de passer au passif (dettes) les charges de salaires des fonctionnaires non payés, celles ci ayant été inscrites en pertes et profits ! Sérieux !!!!

On comprend dès lors la frustration et l’envie de se défouler sur le bourreau. Mais celui ci ne desserrera pas l’étreinte soyez en sûrs. S’il y a un point positif toutefois à cette situation, il se trouve dans l’obligation qui nous est faite d’élargir l’assiette fiscale, ENFIN !

On ne peut continuer impunément à pressuriser les forces vives de notre économie en favorisant en permanence l’informel. Ici au Sénégal, il y a pléthore de riches mais combien déclarent leurs activités. Et je ne parle pas bien sûr de ceux qu’ont évoqués les députés parlant de la drogue, une autre affaire ! Maintenant, la crainte pour 2020 c’est que la pression exercée sur le gouvernement ne l’amène à une fiscalité appliquée brutalement, ce qui pourrait entrainer des distorsions et de l’évasion.

J’invite la tutelle des finances à procéder par paliers dans une démarche incitative et non coercitive. Nous devons nous rendre à l’évidence qu’il n’est plus possible en Afrique de faire du pilotage « à vue ». Désormais qu’on le veuille ou non, notre continent sera le terrain de chasse et de lutte par pays interposés entre les superpuissances et surtout entre celles-ci et les nouvelles puissances telles que la Chine (qui veut dominer le monde à l’échéance 2045). Nous devons sortir de cette tutelle avilissante, infantilisante, et organiser à l’échelle régionale notre politique monétaire, notre politique financière (en promouvant les banques africaines d’investissement comme la BAD, BOAD, etc. mais aussi les banques commerciales) et notre politique de défense commune. C’est la seule voie de salut si nous ne voulons pas disparaître par une nouvelle balkanisation.

La période est opportune quand on sait que certains appellent à un nouveau « Bretton Woods » tant les institutions de la finance mondiale ont montré leurs limites, quand on sait que les changements géostratégiques sont si rapides que même l’Europe « explose » avec les soubresauts de l’OTAN que Macron a récemment qualifiée « en état de mort cérébrale » (sic).

Nous devons ouvrir nos partenariats à tous les continents, dans un esprit win win et cela ne dépendra que de nos dirigeants. Mais s’ils ne le font pas les peuples doivent prendre leurs responsabilités. C’est tout le message qui est véhiculé par ceux qui opposent une résistance pacifique mais active à toutes les formes d’impérialisme. Nathalie YAMB en a fait les frais ces jours ci, après Kemi SEBA, mais comme je l’ai écrit dans mon ouvrage « Moi, petit Africain… » en 2011, il s’agit d’une lame de fond qu’il vaut mieux accompagner pour la satisfaire sans quoi elle balaiera tout sur son passage. Cet ouvrage, paru chez l’éditeur La Société des Écrivains Paris 15ème, avait été une alerte faite 1 an avant la chute du Président tunisien Ben Ali. J’indiquai alors que le déclic viendrait d’une petite étincelle mais que la vague se propagerait rapidement grâce aux réseaux sociaux, c’était le dernier paragraphe… Oui le petit Africain l’avait bien dit un an auparavant !

Bruno D’Erneville

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