Jeudi Noir N°77 : Dur d’être un dirigeant rejeté par son peuple

Sale temps pour certains dirigeants dans le monde. Non, je ne parle pas des nôtres et aux esprits chagrins je dirais seulement  » honni soit qui mal y pense ». Néanmoins les inquiétudes de Trump, menacé par une probable procédure de destitution à cause de supposés « deals » avec les Ukrainiens sont bien réelles. Netanyahu le premier ministre israélien, champion du plus long « règne » – plus de 13 ans – est inculpé de corruption, fraude et abus de pouvoir et ce, au plus mauvais moment alors que leur président souhaite qu’un nouveau premier ministre soit choisi par la Knesset, le parlement. Bien sûr il crie au complot.

Chirac, à sa chute a eu droit à une condamnation à 2 ans de prison avec sursis dans une affaire d’embauche de membres de son parti à la mairie de Paris. Sarokzy se débat avec des inculpations à répétition sur le financement de ses campagnes de 2007 et de 2012, emplois fictifs à la mairie, affaires d’écoutes téléphoniques et sur ses relations avec la Libye…

Mais le cas qui m’interpelle le plus est celui d’Evo Morales, président de la Bolivie. Ce monsieur, réélu trois fois depuis 2005 a voulu briguer un 4ème mandat en dépit de la Constitution. Il organise un référendum constitutionnel en 2016… et le perd ! Comme il a la force publique il impose cette modification par le tribunal Constitutionnel. Il est donc candidat en 2019 et gagne encore, avec 47.1% des voix. Pourtant il est contraint à la démission par trois semaines consécutives de soulèvement populaire et après avoir été lâché par l’armée et la police. Bien sûr je vous passe la suite, demande d’asile politique (au Mexique) d’un côté et mandat d’arrêt international lancé contre lui de l’autre. Cet homme n’a pas été raisonnable mais si l’hubris donné par l’euphorie du pouvoir l’a fait chuter, il a néanmoins eu un reste de lucidité en interdisant à ses partisans de « monter » sur la capitale pour déclencher une guerre civile.

Dur d’être un leader et encore plus dur d’être un dirigeant rejeté par son peuple. Pourtant des hommes politiques ont été honnis qui ont été réhabilités ensuite de leur vivant parce qu’ils ont fait preuve de mansuétude ou de sagesse à un moment clé de leur histoire, souvent au prix de leur fauteuil.

Rappelons nous le cas du président Béninois, Mathieu Kerekou qui après 19 ans de présidence sans partage, de 1974 à 1991, a eu la lucidité de procéder à des réformes politiques importantes pour répondre aux aspirations de son peuple : multipartisme, conférence nationale et réformes des lois électorales en 89. Ayant accepté intégralement les propositions de la conférence nationale il est battu en 1991. Il revient néanmoins démocratiquement au pouvoir en 1996 et effectue à nouveau deux mandats. Le dictateur s’est ainsi racheté et a fini paisiblement ses jours dans son pays. Petit pays le Bénin mais quel exemple avec Kerekou !

A peu de choses près on peut faire le parallèle avec Jerry RAWLINGS au Ghana qui accéda la première fois, comme Kerekou, à la faveur d’un « coup », puis la deuxième fois démocratiquement et, comme lui s’est retiré de la vie politique. Ils ont pu rester chez eux dignement et ont inspiré le respect.

Je suggérerais au Président Macky SALL de demander aux chefs d’État du Sahel d’inviter le doyen Rawlings dans le commandement des forces africaines au lieu, timidement, d’appeler l’ONU depuis Dakar et non la tribune onusienne à se réformer et à donner un mandat « robuste » à la force Minusma. Celle ci va peut-être devoir se dénommer autre chose d’ailleurs vu la progression inquiétante du terrorisme au sahel . Y a-t-il donc des choses qu’on voudrait dire à demi mots aux Français et Européens qui ont des forces dans le sahel ? En tout cas je ne puis comprendre que tous les discours du 6ème Forum international de Dakar sur la Paix et la Sécurité aient parlé de tout sauf de la drogue et des trafics qui alimentent ce terrorisme.

Tout le monde sait, selon une autorité Nigérienne, que des pays financent ce terrorisme, il faut les mettre à nu ! Nos quartiers eux sont devenus de véritables zones de trafic avec ces nombreux drogués de plus en plus jeunes qui hantent les coins de rues. Ainsi, dans cette poudrière les mèches côtoient les flammèches… La lutte contre le terrorisme sahélien sera un combat décisif qui en cas d’échec nous conduira dans les pires affres que connaissent les zones de non droit. Il faut maintenant arrêter les discours creux et vaseux pour poser des actes concrets. Il faut élargir les partenariats en cas de réticence de l’ONU à prendre en main sérieusement le dossier de la sécurité au sahel.

Nous ne devons pas oublier non plus que nous avons des ressources humaines de qualité, dotées de courage et du sens stratégique pour combattre efficacement ces terroristes. Utilisons donc les moyens que nous offrent les technologies modernes pour « faire le boulot » avec force et détermination tant sur le plan militaire que sur celui des trafics.

L’anecdote du sabre de El Hadj Oumar Foutyou Tall, lui, énerve plus que tout. Qui peut croire un instant qu’il s’agit du sabre du valeureux El Hadj Omar ? On nous « marche sans doute sur l’esprit » sinon il faudrait qu’on nous explique comment il laissa ce sabre à la maison pour disparaitre mystérieusement dans les falaises de Bandiagara, au Mali ! Qu’on nous explique aussi ce qu’Edouard Philippe nous apprend au sujet de la lame… elle serait fabriquée en France, dans le Bas-Rhin, là où se fabrique d’excellentes qualités de lames. Nos empires ont-il eu besoin de « piquer » des productions de la forge européenne pour être ce qu’ils furent ? Je ne pense pas monsieur le Premier Ministre ! Mais semble-t-il les discours avaient été soigneusement préparés : la France nous a été utile jusque dans la résistance héroïque de nos vénérés héros. Elle nous « aide » en finançant nos projets comme le TER. L’éclairage solaire de Fonroche Eclairage a été « financé entièrement » par le trésor français soit 57 milliards de nos francs selon la secrétaire d’Etat française auprès du Ministre Français de l’Economie et des FInances. Dieuredieufeti ! Mais ayons quand même la décence de dire qu’il s’agit de prêts remboursables. Au rythme où vont les choses, nous en viendrons d’ailleurs bientôt au plafond autorisé par l’UEMOA des 70% de niveau de dette par rapport au PIB, puisque tant que nous n’y sommes pas, le gouvernement ne juge pas nécessaire de tirer la sonnette d’alarme. Alors sûrement on nous dira, « les européens n’ont t-ils pas allègrement franchi les 100%, eux pour la plupart ?  » Masta Sénégal, peut-être qu’avec nos missiles et patrouilleurs fraîchement acquis – par emprunt aussi – nous réduirons nos souffrances en arraisonnant les bateaux usines qui raclent nos côtes à défaut d’éradiquer les réseaux de drogues et de trafiquants !

Bruno d’Erneville

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