Jeudi Noir N° 57 : Pour une initiative diplomatique renforcée…

Le combat pour la clarté dans les contrats pétroliers et gaziers doit se poursuivre, et ce n’est pas la récente déclaration de nouvelle découverte de gaz par Kosmos qui doit nous distraire, ni la démission d’Aliou SALL. Il n’est pas admissible que l’Etat continue dans sa stratégie de pourrissement : un procureur qui visiblement traine les pieds dans ses recherches au point de se faire tancer par son collègue de l’OFNAC, Mme DIAKHATE ; un président qui fait comme si tout était normal en présentant le « Local content » du Code pétrolier et alors que le monde entier est scandalisé par cette sordide affaire Petro tim… AAR LINU BOKK doit continuer le combat et nous sommes fiers d’y avoir adhéré.

Oui reconnaître les fautes, reprendre nos contrats de manière plus orthodoxe sont des préalables incontournables pour une exploitation décente de nos ressources. C’est le moindre respect que nous devons aux générations à venir. Mais pendant que nous avons ce combat à mener, il y en a un autre tout aussi urgent et important: la mise en place de la ZLEC, cette zone de libre-échange continentale qui sera au menu des discussions de la semaine prochaine à Niamey. Vingt deux chefs d’Etat africains y seront et pas moins de 4000 participants.

Je regrette pour ma part que le patronat sénégalais n’ait pas été assez proactif pour organiser des réflexions stratégiques permettant à notre pays de tirer le meilleur parti de la naissance prochaine de cette zone économique de 1,2 milliards de personnes pour un PIB cumulé de 2500 milliards de dollars (sources JA 3051 du 30 juin 2019). Je suis davantage choqué lorsque j’apprends que le Sénégal, initialement candidat pour accueillir le siège de cette organisation (parmi 6 autres pays) a finalement renoncé avant la compétition qui aura lieu à Niamey. Est ce la présence de l’Egypte ou de l’Ethiopie ou encore du Ghana ou du Kenya qui nous a fait peur ? Je ne veux pas croire en tout cas que c’est l’Eswatini ex Swaziland qui nous a fait reculer… même si la présence toute fraîche sur notre sol du souverain de ce pays ne me paraît pas innocente sous cet angle. Ce dirigeant, s’il peut paraître anachronique par son style vestimentaire sait parfaitement ce qu’il cherche et s’en donne les moyens pour son pays.

Vraiment, après avoir raté la tête de l’UA, perdu la tête de l’UEMOA, nous étions parfaitement outillés pour réclamer le siège de cette institution à Dakar. Cela nous aurait permis de capter une partie des fonds alloués à l’institution à travers les dépenses du personnel mais cela aurait aussi donné un avantage comparatif à nos acteurs économiques par un accès plus facile à l’information. Quand on réalise l’enjeu continental de cette affaire on se rend compte qu’une occasion en « or » nous échappe.

Je lance ici un appel solennel au président Macky SALL de bien vouloir remettre en selle le Sénégal, s’il en a la possibilité encore. L’Egypte préside l’UA et est mal placée pour se tirailler le siège, l’Ethiopie ne peut pas réclamer à elle seule les deux sièges de l’UA et de la ZLEC qui ont une dimension continentale, il reste le Kenya et le Ghana dont les positions géographiques sont peu avantageuses vis à vis du Sénégal. Madagascar et Eswatini, je n’en parle pas. En outre nous avons fait preuve de fair-play en laissant passer les deux situations évoquées ci avant et devons pouvoir peser de tout notre poids sur cet aspect de convivialité. A-t-on encore une diplomatie ? Comment aborde-t-on ces questions de haute importance ? Pourquoi le CNP et la CNES restent aussi amorphes ? Je ne veux pas croire que nous ne sommes bons qu’à bavarder et peu combatifs face à nos pairs.

A Niamey, en marge de la CAN se joue une autre compétition ouverte par le grand KAGAME durant son mandat et qui, si elle est bien menée permettra véritablement d’accélérer l’industrialisation de l’Afrique. Oui la ZLEC arrive à point nommé et renforce l’initiative ouest africaine de monnaie unique car il s’agira de lever les principaux obstacles aux échanges internes à l’Afrique, faciliter la libre circulation des personnes et biens (on parle de passeport unique africain), instaurer des règles d’origine ou un Made in Africa (essentielles pour obliger à fabriquer ici en Afrique et non se servir de filiales pour simplement distribuer des produits fabriqués hors du continent), garantir une convertibilité des monnaies entre elles grâce à une chambre de compensation (conception de Afreximbank), toutes choses qui protègent nos producteurs et PME-PMI. Il faudra encore peut-être deux années pour assurer la fonctionnalité de cette ZLEC mais c’est maintenant que les choses se décident. Exactement comme c’est le cas pour nos questions pétrolières d’ailleurs.

Voyez donc chers amis pourquoi nous devons être plus regardants vis à vis de ceux qui nous dirigent car les vertus du lion ne semblent pas toujours présentes à l’appel du peuple. Notre patronat est gangrené, lui, par un copinage dont le seul but est de maintenir une oligarchie de rentiers, il y a des tentatives pour changer la donne mais les freins sont encore grands. Les fronts sont donc si nombreux et nous sommes encore si loin du compte ! En tout état de cause nous pouvons souhaiter bonne chance au Niger pour ce Sommet si important du 4 au 8 juillet 2019. Le Sénégal aura raté le coche une fois de plus s’il ne s’accroche pas à sa candidature mais vous, nos dirigeants africains, vous n’avez plus le droit d’échouer dans un tel projet. N’oubliez pas par ailleurs que les européens cherchent à financer vos activités dans le seul but d’influencer vos décisions à leur profit : cela s’appelle la veille commerciale. Suivez donc les conseils de Paul Kagame qui vous invitait à trouver vos propres sources de financement et vous avait suggéré de prélever 0,2% des taxes d’importation à cet effet.

Comme le dit l’adage en effet : qui paie commande ! Nos radars seront donc branchés sur vous et … sur la CAN, soyez donc forts !

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