Histoire politique du Sénégal : Senghor et Dia, deux hommes, deux parcours, deux visions différentes!

Senghor, un petit homme jovial à lunettes, naquit en 1906 à Joal, il accéda à la fonction suprême en septembre 1960.
En 1928, il se rendit en France, où il resta 32 ans sans interruption. Il commença des études en lettres à Sorbonne, et fut agrégé en grammaire.
Politiquement, il fut pendant des années député à l’Assemblée nationale française, et devint en 1945 secrétaire d’Etat dans le gouvernement d’Edgar Faure.
En 1958, lorsque les Africains quittèrent le Parlement français, il fut nommé ministre chargé des contacts entre le gouvernement français et les Etats africains membres de la communauté.
Le second acteur de la scène politique du Sénégal, était bien l’opposé de Senghor. Cet homme de grande taille, naquit en 1910 à Khombole dans le Baol. Il servira son pays comme instituteur pendant des années.
En 1946, il fut élu membre du Conseil général qui est le principal organe consultatif mis en place après la deuxième guerre mondiale dans tous les territoires d’outre-mer de la France.
Deux ans après, avec son homologue Senghor, il fonda le parti précurseur de l’UPS (union progressiste sénégalaise) , le BDS (Bloc Démocratique Sénégalais).
En 1949, il partit à Paris, pour siéger dans le Conseil de la République qu’il quitta en 1956 pour siéger à l’Assemblée nationale française, tout en assumant la même année, la fonction de maire de Diourbel. Maodo, comme l’appelait son père, profita de cette année pour embrasser des études économiques.
Maodo, fut le chef du gouvernement sénégalais, d’abord sous la loi-cadre de 1957, sous la communauté de 1958, et enfin sous la fédération du Mali.
Au moment de l’indépendance, Maodo, n’accepta pas de nouvelles fonctions, mais conserva simplement la fonction qu’il revêtait déjà pour faire valoir son personnage ancré dans le patriotisme.
Du point de vue idéologique, il était partisan d’un développement moderne (Investissement humains, coopérative … ) ; disons qu’il était plutôt adepte du modèle socialiste ; enfin, il a adopté une attitude nettement plus réservée que Senghor à l’encontre de l’ancienne métropole.
Ces différences idéologiques, qui séparaient ces deux hommes, ne les avaient pas empêchées de travailler étroitement, au sein du parti qu’ils avaient fondé. Cependant, entre septembre 1960 et décembre 1962, les joints se relâchèrent progressivement, et un rapport un force s’installa.
Dia, avait commencé en 1961 la mise en place d’un plan économique qui impliquait des réformes sociales à court terme et une intensification des efforts de l’Etat.
Dès lors, les entreprises privées qui en grande partie étaient entre les mains des Français, et certains « marabouts » qui à la campagne faisaient la pluie et le beau temps craignaient de perdre ce pouvoir et cette influence si ces réformes venaient à être appliquées.
Lors du congrès de l’UPS qui se tint en février 1962, Dia condamna les divisions au sein du parti, et du affronter par la suite, ses collègues récalcitrants, autrement dit Senghoristes. Le conflit éclata en Avril 1962, lorsque Senghor se leva un beau jour, et eut la volonté d’écarter deux partisans de Dia du gouvernement.
En juin 1952, Dia voyagea vers l’Europe de l’EST, laissant ainsi son gouvernement en proie aux divisions, puis revint trois semaines plus tard, avec quelques accords de coopérative avec l’union soviétique. Il retrouva une atmosphère agitée, partout, chez les commerçants, les marabouts, on se prononçait pour ou contre DIA, pour ou contre Senghor. Le bicéphalisme s’installa progressivement.
En octobre, toujours de la même année, on essaya lors du congrès de l’UPS de conjurer une rupture, cette tentative a été vouée à l’échec. Pourtant, une dernière tentative a été faite en octobre 1962 qui visait à trouver un consensus en modifiant la composition du gouvernement. Senghor exigea le départ de Valdiodio Ndiaye ministre de l’Intérieur , et d’Obéye Diop, ministre de l’information. Le camps de Senghor était prêt à se défaire du ministre du commerce et de l’industrie Abdoulaye Fofana, adversaire ardent de Dia. Le résultat fut décevant, outre Fofana, le ministre des Finances d’origines Français Andre Peytavin fut remplacé par Valdiodio Ndiaye. Du côté de Dia, seul disparu Obéye Diop. Dia, retira aussi la responsabilité de la sureté de l’Etat au ministre de l’Intérieur, qu’il revendiquera lui-même. Ça se voit clairement que le rapport de force fut dominé par Dia. Et pourtant, ce fut qu’une victoire à la Pyrrhus. En effet, les partisans de Senghor, en ont profité, pour présenter une motion de censure contre la réorganisation du gouvernement. Cette demande fut introduite par un métisse Théophile James qui avait d’énormes intérêts dans le commerce sénégalais. Conformément à l’article 52 à l’époque, la séance de l’assemblée fut reportée de deux jours, pendant cette même durée, Senghor et Dia, discutèrent de façon ardente sur le sujet. Dia voulait d’abord soumettre la motion au conseil nationale de l’UPS qui fut officiellement l’organe suprême du parti, en revanche les autres de la motion ne voulurent en entendre parler.
Le lundi 17 décembre, après une courte séance plénière, Senghor et Dia quittèrent le bâtiment, suivis ensuite par quelques partisans de Dia. Un peu, plus tard, la gendarmerie, sous l’ordre de Dia, forcèrent les députés à évacuer les lieux, quatre d’entre eux refusèrent et furent prise en otage, ils furent finalement libérés par parachutiste sous l’ordre de Senghor. Le même après-midi, quarante-sept membre de l’Assemblée nationale se réunirent dans la maison de leur président Lamine Gueye pour voter à l’unanimité la motion de censure, le gouvernement de Dia était tombé.
La suite, dans la deuxième partie .
Pape Pi Gueye.

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