Franc CFA : ce que la crise du covid-19 nous enseigne !

L’histoire a montré que les périodes de crise sont souvent les plus propices aux réformes structurelles majeures. Encore faut-il pouvoir en saisir l’opportunité ! La crise que nous vivons actuellement révèle, à ceux qui en douteraient encore, la faible marge de manœuvre dont disposent les pays de la zone CFA pour faire face au choc économique qui s’annonce à cause de la pandémie du covid-19.

Pendant que beaucoup de pays, ayant une réelle souveraineté monétaire ont recours à leur banque centrale pour financer tout ou une partie de leur plan de crise, les pays de la zone franc, eux, n’ont que le choix de l’endettement. Accessoirement ils comptent sur une improbable annulation de dette, plusieurs fois promise par les grandes puissances mais jamais effective. On voit d’ailleurs difficilement comment ces créanciers publics et privés, qui vivent aussi de plein fouet l’épidémie et de graves difficultés économiques à venir, pourront expliquer à leurs contribuables ou actionnaires, un pic soudain de générosité alors qu’ils ont brillés par leur absence de solidarité entre pays développés dans la gestion du covid-19.

L’endettement malgré les réserves de change excédentaires

Les 1000 milliards de francs CFA que le Sénégal va consacrer à lutte contre la pandémie et ses conséquences économiques ne vont certainement pas tomber du ciel. Le Sénégal, n’ayant pas de budget excédentaire, le gouvernement n’a d’autre choix que de s’endetter sauf s’il décide d’augmenter les taxes et impôts des sénégalais. Tous les autres pays de la zone franc sont confrontés au même problème.

Pour rappel, les accords monétaires avec la France prévoient le dépôt de 50% de nos réserves de change dans les fameux comptes d’opérations. Les 13 000 milliards de réserves de change détenus actuellement dans ces comptes au trésor français, pour permettre une garantie de convertibilité du franc CFA et garantir un taux de change fixe par rapport à l’euro, couvrent largement le montant nécessaire pour assurer cette garantie. Selon l’économiste togolais Kako Nubupko, les accords monétaires qui organisent les comptes d’opérations prévoient un taux de couverture de l’émission de minimum 20 % alors que les réserves de change actuellement dans ces comptes d’opérations assurent un taux de couverture de plus 80%. La différence aurait pu, dans une situation de réelle souveraineté monétaire, être utilisée pour faire face aux situations de crise.


Le pouvoir de battre monnaie des banques centrales

Le mercredi 18 mars dernier, au terme d’un réunion d’urgence du conseil des gouverneurs, BCE (banque centrale européenne) a annoncé un programme de 750 milliards d’euros pour faire face aux effets de la pandémie sur l’économie. La BCE va ainsi à travers ce programme acheter une part importante des dettes souveraines des pays de l’UE. Tous les économistes s’accordent à dire qu’un rachat de dettes souveraines n’est rien d’autre qu’un moyen moderne de faire tourner la planche à billets.

D’autres banques centrales à travers le monde, comme celle du Japon par exemple, ont pris des décisions similaires.

Pendant ce temps, les mesures prises par la BCEAO sont dérisoires ; elles se limitent à autoriser les banques commerciales et certaines entreprises de la zone UMOA à utiliser des mécanismes comptables spécifiques pour classer leurs créances qui n’auraient pas été honorées du fait de la crise du covid-19. Le système du franc CFA, qui fait de la lutte contre l’inflation une doctrine, empêche une injection significative de liquidités même si l’économie est en panne.

Même si le recours à la planche à billets doit toujours se faire avec une extrême rigueur, mais en situation de crise, les tabous monétaires et budgétaires tombent. Même la banque d’Angleterre pourtant connue pour sa rigueur a fait sauter, crise oblige, son propre dogme monétaire et va directement prêter à l’état d’Angleterre sans passer par les marchés. Ces mesures d’exceptions n’ont qu’un but, permettre à une économie en panne de démarrer, quitte à prendre des mesures d’austérité et de rééquilibrage quand les choses reviendront à la normale.

Quelle opportunité offre cette crise pour les pays de la zone franc

Durant cette crise, toute revendication aura une résonance internationale particulière car la pandémie oblige tout le monde à être attentif et à s’informer sur la façon dont chaque pays ou continent compte faire face. C’est une tribune non-négligeable.

Je vous laisse imaginer le retentissement si cette opportunité avait été utilisée par le Pr Macky Sall, on peut toujours rêver, pour demander une sortie totale, claire et limpide du CFA plutôt de quémander une annulation de dette ! Cette demande d’annulation de la dette, appuyée par le Pr Macron, puis transformée en un simple report de paiement d’un an, ne serait-elle pas qu’un moyen pour détourner l’attention sur le véritable enjeu que cette crise révèle ?

Il appartient à tous ceux qui sont convaincus de l’impérieuse nécessité de changer de monnaie de se saisir de cette situation de crise pour accentuer la pression sur nos dirigeants et l’ancienne puissance coloniale pour sortir de ce système dont la jeunesse africaine ne veut plus.

C’est aussi l’occasion pour le CEDEAO de réaffirmer fortement sa volonté d’avoir un avenir monétaire commun qui nous permette d’être plus fort pour affronter les incertitudes du futur.

Alphonse Dialeing Diedhiou
Management Engineer
Software Engineering team lead and Executive manager Y-TS
Chargé de communication Pastef Belux

 


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