Écrire l’histoire officielle: un accommodement raisonnable avec la vérité au nom de la cohésion (Par Amadou BA)

Nous avons tous réclamé avec raison la rédaction de notre Histoire par nos propres historiens pour mettre fin au lavage de cerveau colonial sur notre absence d’histoire.
Seulement, beaucoup d’entre nous ont cru que cette nouvelle Histoire reprendrait l’hagiographie de nos Héros nationaux telle que racontée par Youssou Ndour, Samba Diabaré Samb ou Mbaye Pekh.

En vérité, l’histoire n’est pas belle, elle est faite de massacres, de sang, de crimes, de collusion avec l’ennemi, de trahisons et reniements.
Écrire l’histoire « Officielle » d’un pays, c’est une entreprise politique et idéologique qui fait parfois fi de la vérité historique des faits et grands événements. Serait-ce le pêché d’excès de vérité du Professeur Iba Der Thiam?

A la libération en 1945, De Gaulle avait décrété que tous les français étaient des Résistants hormis quelques lampistes et têtes de gondole du Régime de Vichy; tout comme il a nié dans l’histoire officielle de la seconde guerre mondiale, l’apport décisif des Tirailleurs pour subjuguer les revendications d’indépendance des Colonies d’Afrique.

Écrire l’histoire officielle, ce n’est pas toujours faire de l’histoire selon les exigences académiques et universitaires. C’est parfois occulté volontairement ce qui pourrait réveiller de vieilles divisions et saper la cohésion nationale.

Comment rendre compte fidèlement et sur le plan scientifique, une conviction ou croyance religieuse forte? Par exemple, quelle appréciation peut donner un livre d’histoire sur le voyage nocturne, le Ragnann du Prophète (PSL)? De la prière sur l’océan de Cheikh Ahmadou Bamba? De l’injonction de Seydina Limamou laye à l’océan de reculer? De tels autres miracles réalisés par tel leader?

Ces faits miraculeux ont la vérité de leur authenticité dans nos cœurs, dans nos croyances et nos mémoires collectives, mais peuvent ils figurer dans un livre scientifique qui reprend les codes de la raison occidentale?

Pendant longtemps, l’école nous a enseigné que Omar Foutiyou Tall n’était pas mort mais disparu dans les Falaises de Bandiagara, suggérant une certaine immortalité du Saint homme. C’est cela l’accommodement raisonnable entre vérité scientifique et croyance populaire.

Un autre danger qui guette la cohésion de notre nation dans notre Grand Livre d’histoire, c’est la place que doit occuper les Héros de chaque communauté, et l’exhumation brutale des crimes perpétrés lors des conquêtes et batailles inter-ethniques. Raconter la violence de confrontations entre pulards et sérères dans le Sine Saloum, pourrait donner lieu à des joutes tout aussi violentes telles qu’elles émergent ça et là sur les Réseaux sociaux, sur la barbarie des uns et des autres.

Tout comme certains compromis de leaders religieux avec l’administration coloniale pour préserver une diffusion softe de l’islam, pourraient apparaître aujourd’hui comme de véritables compromissions et du collaborationisme. Même circonstanciés, l’appréciation de faits historiques par la plèbe s’arrête souvent à la surface.

En définitive, et telle que la virulence des polémiques actuelles et futures nous le démontrera, Iba Der devra prévoir autant d’erratum que de pages de son Histoire générale pour apaiser les revendications et préserver la cohésion nationale.

A mon humble avis de profane, il eut mieux valu ne pas sortir tous les tomes de notre histoire officielle en même temps. Un pragmatisme idéologique aurait été une réécriture de l’histoire coloniale pour montrer le caractère inique du système d’exploitation, du prix de nos divisions dans la facilitation de notre servitude, afin d’armer la jeune génération dans la préservation de nos ressources naturelles et l’urgence de l’unité africaine.

Une fois cette nouvelle histoire assimilée, préparer les esprits au pardon et à la réconciliation avant d’asséner les vérités historiques de nos relations inter communautaires, leur violence, leur contexte et leur nécessaire dépassement pour construire une NATION.

Avec ces tensions qui se font jour et qui réveillent de vieilles blessure tues, il y a lieu d’expliquer encore et encore, avant de diffuser à grande échelle, des ouvrages qui pourraient être détournés par les entrepreneurs identitaires et régionalistes notamment lors des élections municipales.

Le seul bienfait de cette polémique, c’est qu’il nous commande la plus grande prudence avant d’imposer l’enseignement des langues nationales. Une véritable bombe à retardement.

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