Déclenchement de la campagne de récupération des zones perdues par le pouvoir

« Dans les meetings, jadis, j’expliquais que 2×2 égale parfois 5. Quelquefois, lorsqu’on se trompe, ça peut faire 3 » ;

« Dans la vie politique, on ne se fait pas, on ne se crée pas de véritables amitiés. On a quelques bons compagnons ».

Ces deux citations de François Mitterrand trouvent dans le landerneau politique sénégalais un terreau fertile d’expérimentation.

La principale raison avancée pour justifier le changement du mode de suffrage des élections des maires et des présidents de conseils départementaux est de pallier le détournement des voix des électeurs qui, désormais, votent directement pour la tête de liste de leur commune, ville ou département.

En conséquence, ils sont supposés élire leur maire et président de conseil départemental, et, par ricochet, l’ensemble de leurs principaux dirigeants au niveau local.

Au-delà d’autres limites objectives de ce procédé, qui méritent une analyse approfondie, nous nous appesantirons sur les tentatives de détournement du suffrage des électeurs par la corruption et par d’autres voix sournoises qui échappent à tout regard non initié.

Cette pratique très fréquente, qui a été jadis appliquée, avec un succès relativement important, à travers le débauchage de bon nombre de maires et de conseillers de l’opposition -notamment certains khalifistes, karimistes et idystes-, semble se déclencher de manière spectaculaire par la défection prématurée d’un maire et une dizaine de conseillers de l’opposition dans une mairie stratégique de la banlieue dakaroise.

Bamba Fall n’a pas attendu très longtemps pour se jeter dans le maquis, celui de Sall, pour être précis.
A Pikine, dix conseillers de l’alliance Gueum Sa Bopp rejoignent Benno Bokk Yaakaar, le camp du pouvoir, pour soutenir, dit-on, l’oncle de Macky Sall, Abdoulaye Timbo.

Il est toujours facile de déclarer a posteriori que telle ou telle situation était attendue, de dire avec une malignité ridicule que : « khamona ko !» (Je le savais !). En réalité, toutes les situations sont, dans une certaine mesure, attendues, prévisibles, lorsque l’on fait remonter la machine du temps qui réserve certainement des éléments relativement probants de justification.

En revanche, au-delà des justifications souvent alambiquées, passionnées et subjectives des faits, il importe d’en tirer les véritables enseignements afin d’éviter d’être emporté par la continuité de la spirale des défections de certains dépositaires du suffrage du peuple qui, loin d’être dupe, a fait un choix tranché entre le vrai changement et la continuité.

La ligne de démarcation est donc très nette et ne laisse la place à aucune ambiguïté et à un quelconque « layam-layamisme ».

Le pouvoir usera de tous les moyens légaux et illégaux à sa disposition pour, à défaut de chiper la majorité à l’opposition dans les grandes villes qu’il a perdues, grignoter sur ses représentants afin de réduire la marge.
La politique n’est pas une affaire de chérubin ou d’enfants de chœur. Elle n’est pas non plus une jungle où tous les coups sont permis.

C’est un jeu, un art parfois insaisissable, qui échappe aux certitudes et aux règles préétablies.
Telle est la lecture que nous avons faite des réflexions de François Mitterrand que nous avons cité en épigraphe.
Le rôle de l’histoire, c’est aussi d’ouvrir les yeux sur le présent et d’anticiper sur l’avenir.

Amadou Sow
MONCAP /PASTEF

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