Coronavirus et géopolitique

Chaque crise mondiale vient avec son lot de conséquences sur le fonctionnement des affaires du monde. La pandémie de la covid-19, comme toutes les précédentes crises mondiales, a fait bouger les lignes de la géopolitique mondiale en changeant tant soit peu quelques rapports de force. Des mythes sont tombés, des faiblesses apparaissent, des «petits» ont grandi et des mensonges demeurent.

Chine et Cuba tirent leur épingle du jeu

Le virus y a vu le jour et quelques mois, après y avoir fait un ravage, c’est la Chine à son tour qui vient en aide aux pays qui subissent en ce moment les foudres du coronavirus. Il faut être relatif par rapport aux impacts de la pandémie sur l’économie de la Chine car le virus s’y est propagé à la période annuelle où la machine de production est pratiquement à l’arrêt. Si la Chine est parvenue à maîtriser la situation au mois de mars, elle n’aura pas de difficultés pour mettre en marche la production nationale au mois d’avril , comme il est de coutume après les vacances du Nouvel An observées par l’essentiel des industries chinoises. Et produire dans ce contexte où la demande est forte, sachant qu’elle est la première usine du monde, ne fera que du bien à l’économie chinoise.

Cuba également trouve son compte dans cette situation de pandémie. Il subit certes le poids de l’embargo de son voisin américain dont les séquelles restent encore perceptibles mais il s’est affirmé devant les « grands » en démontrant qu’il a l’un des systèmes sanitaires les plus viables au monde. L’accueil triomphal réservé à ses médecins déployés sur le sol italien en est une preuve.

La France amputée, s’appuie sur son bras africain.

Quand on transfère ses malades chez le voisin Allemand et qu’on chope du matériel destiné à un pays membre de l’Union européenne, cela veut simplement dire qu’en interne on ne dispose pas des ressources nécessaires pour une riposte appropriée. Après avoir abandonné ses partenaires européens appelant au secours, la France, qui se targue souvent d’un leadership naturel dans l’Union, tente de sauver sa face en appelant à la solidarité aux pays de l’UE. L’invite de Bruno Le Maire ne peut cacher la vétusté d’un appareil de production française qui n’est pas prêt pour répondre aux besoins exceptionnels en temps de crise. La France veut avoir la main, mais comme toujours en s’appuyant sur l’Afrique. Comment une France incapable de maîtriser la situation chez elle peut-elle penser à un quelconque appui aux pays africains ? Pourquoi vouloir appeler à un soutien aux pays africains pendant que l’UE a plus de cas que les pays africains réunis ? Le leadership de la France est celui qu’il exerce sur ses pays satellites africains.

L’Amérique tremble face à «son» virus

Il faudrait rappeler à Trump le virus est devenu américain. La fierté américaine perceptible dans les premiers discours de Trump au début de cette épidémie en Chine ne peut être suffisante pour protéger les américains. Cette pandémie ne sera pas un rappel de trop à l’égard de «Executive One» qui a fondé toute sa politique sur l’économie. N’est-ce pas Trump qui a supprimé l’Obama Care ? La précipitation dans le choix de mobiliser 2.000 milliards de dollars pour perfuser l’économie américaine prolonge la concurrence rude entre Yankees et Chinese. Les USA peuvent être puissants aux yeux des uns et des autres mais devant les réalités et exigences du 21ème siècle, ils ne demeurent pas moins qu’un Etat comme les autres qui souffre des problèmes sociaux à un point où la Russie le nargue en lui faisant parvenir une aide de consommables médicaux. Ironique, en retour les Américains annoncent une aide pour l’Italie. Le jeu d’influence, en temps de paix comme en temps de crise, est le fort des grands de ce monde.

L’Afrique, terre d’essais politique et clinique

Dans ce lot d’incertitudes, on demande à l’Afrique d’offrir sa population pour tester un éventuel vaccin. Pour une fois, la crise sanitaire nous donne une bonne opportunité de repenser notre modèle de développement, de concevoir à nouveau nos politiques sociales, sanitaires et sécuritaires. Les récentes sorties de Macron et de Guterres sont on ne peut plus claires : l’Afrique est le prétexte pour les organisations mondiales tutélaires de mobiliser énormément de ressources. Autrement dit, il faut une Afrique en mal pour que les autres se sentent bien. Les états africains souverains n’auront pas du mal à gérer leurs cas de coronavirus et redémarrer leur machine économique. Par contre, ceux qui ont vu 60 années s’écouler sans avoir un système sanitaire viable ni une souveraineté monétaire et économique, ce sont ceux là qui aujourd’hui se ruent vers l’aide et l’annulation et la suspension de dette.

La Russie et l’Arabie Saoudite sur le front du Brunt

Toutes les grandes puissances ruent vers les mesures sanitaires d’urgence pendant que la Russie et l’Arabie Saoudite orientent leur jeu d’influences sur le marché de l’or noir. La Russie refuse de suivre l’OPEP pour une baisse référencée des prix du pétrole, l’Arabie Saoudite se braque en appliquant une baisse sur les prix de sa production et les USA s’invitent aux discussions entre les deux pays. Si cette nouvelle orientation du marché des hydrocarbures venait à se maintenir, ce sera une bonne chose pour les consommateurs mais un danger énorme pour le secteur pétrolier américain. Washington n’a pas pu peser de son poids sur ce dossier et réussir à dicter le rythme du marché des hydrocarbures. En plus de la crise économique provoquée par la pandémie, la chute des prix du baril est lourde de conséquences pour les pays dont les revenus dépendent énormément du secteur énergétique.

Beaucoup de choses changeront dans ce monde après coronavirus, il faudra juste faire une bonne lecture de cette situation et savoir que s’il y’a une chose qui n’a jamais été une préoccupation majeure dans la conception des politiques publiques actuelles, c’est la dimension humaine. Il nous faut une forte dose d’humanisme dans tout ce que nous faisons car l’humain est au centre de tout

Ousseynou LY
Secrétariat National à la Communication de PASTEF

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