Conférence de presse du 9 septembre 2020 : Déclaration de Ousmane Sonko

Nous avons convié la presse à cette rencontre qui été précédée par une visite sur des sites inondés, visite que nous comptons réitérer si possible. Le spectacle de ces populations obligées de vivre dans des conditions de confort et d’hygiène quasi inhumaines était triste et désolant.

Nous aimerions avant tout exprimer toute notre sympathie à chaque Sénégalais touché par les inondations qui paralysent une large part du pays.

Nous aurions souhaité pouvoir rendre visite à chacun d’eux et lui apporter notre réconfort et notre soutien.

Cependant, le temps et les moyens ne nous le permettent pas. Qu’ils sachent néanmoins que nous sommes de tout cœur avec eux et que nos prières les accompagnent, pour que cette situation soit rapidement réglée avant qu’elle n’engendre plus de dommages.

Les services météorologiques annoncent plus de pluie à venir, ce qui n’est pas une mauvaise chose en soi. La pluie comporte en effet des bienfaits innombrables, si on pense aux animaux et aux agriculteurs. Malheureusement, nos services publics ont failli à prémunir les populations contre les désagréments de la pluie.

Nous présentons nos condoléances aux familles des victimes et invitons la population à faire preuve de prudence. En effet, au-delà de l’inconfort et des dangers immédiats, les inondations et autres flaques d’eau peuvent être source de maladies hivernales très dangereuses. Nous magnifions les actes de solidarités qui sont enregistrés un peu partout et appelons ainsi chaque Sénégalais à prêter main forte aux sinistrés dans la mesure de ses moyens et capacités. C’est en ces moments que les peuples forts montrent leur solidarité et leur résilience pour en sortir grandis et encore plus forts. Nous appelons de nouveau nos militants à répondre de la même manière qu’ils ont répondu au don de sang et aux VAP, aujourd’hui le peuple a plus que jamais besoin de leur sens du don de soi pour assister les populations.

Cette situation qui a plus que duré est loin d’être une fatalité. Bien au contraire ! Plusieurs pays enregistrent bien plus de pluies que le Sénégal, sans pour autant subir des inondations qui perdurent. Ces inondations qui font subir le pire supplice aux populations ne sont pas dues à une pluviométrie extraordinaire ou au débordement de cours d’eau. En vérité la majorité des localités affectées ont été rendues vulnérables par l’inexistence de politiques publiques d’aménagement, d’assainissement, de VRD (Voirie et Réseau Divers). Des personnages véreux ont pu, avec la complicité de ceux qui nous gouvernent, procéder au morcellement sauvage du sol, sans aucun égard pour les règles d’urbanisation les plus rudimentaires.

La situation a été exacerbée par la boulimie, l’insatiabilité, mais surtout, l’implacabilité d’un gouvernement qui crée inlassablement des prétextes pour entamer des travaux infrastructurels, aussi onéreux qu’impertinents et ridicules, pour s’enrichir ainsi que ses proches et amis, faisant fi des besoins élémentaires de ses administrés. Un gouvernement insensible aux larmes et aux souffrances d’une population à laquelle tous les services sociaux de base font défaut. Un gouvernement incompétent et incapable de diagnostiquer les problèmes, d’évaluer et de catégoriser les besoins, de prioriser et coordonner l’action publique. Un gouvernement enfermé dans son univers et qui n’est là que pour lui-même.

Le Président Macky Sall déroule les priorités de ses bailleurs qui cherchent des débouchés pour leurs entreprises. L’argent qui aurait dû assainir nos villes est enseveli à Diamniadio, sous le ter, sacrifié sur l’autel de l’incompétence et de l’absence de vision du président.

Une faible vision qui se limite à des infrastructures à Dakar. Il n’a même pas mentionné les inondations dans les localités autres que Dakar.

Hier soir nous avons assisté à un show présidentiel, voulant mettre les souffrances actuelles qu’ils infligent aux populations sur le dos des changements climatiques. Cette souffrance des populations relève de la responsabilité personnelle et exclusive du président Macky Sall et son gouvernement de milliardaires. Un gouvernement qui s’est enrichi au lieu de s’occuper des populations. Un gouvernement qui affame son peuple, avant d’envoyer la 1e dame lui donner des miettes pour lui baliser le chemin pour qu’il vienne bluffer de nouveau les pauvres Sénégalais.

Qu’en est-il du programme de + ou – 750 milliards qu’il prétend avoir injectés et avec lesquels il aurait réglé la question des inondations ? La vérité est qu’ils ont à peine réalisé le 10e de ce qu’ils ont annoncé. La question de l’assainissement a été abandonné depuis 2014, tandis que les moyens ont été détournés.

Leur programme décennal d’investissement prioritaire 2012-2022 pour mettre fin aux inondations sur l’ensemble du Sénégal devait s’étaler sur 3 phases :

  • un plan d’urgence 2012-2013 de 69,6 milliards
  • un programme à court terme 2014-2017 de 339,6 milliards
  • un programme à moyen long terme 2017–2019 et 2019-2022 de 336,6 milliards.

Et voilà que le président nous parle de plan d’urgence, une étape qui aurait dû être bouclée depuis 2013.Il sait bel et bien que les montants sus cités n’ont pas été investis où de droit. Il a cru tirer avantage de la faible pluviométrie des années subséquentes pour déclarer mission accomplie. L’intelligence aurait voulu qu’il profite de cette accalmie pour faire les travaux d’assainissement nécessaires. Raison pour laquelle la coalition JOTNA exige un audit des fonds prévus pour le plan décennal d’investissement prioritaire. D’aucuns pensent malheureusement à une commission parlementaire.

Malheureusement, nous n’avons pas une assemblée nationale capable de mettre sur place une commission d’enquête. Notre assemblée est juste une usine de blanchiment de détourneurs de fonds publics, quel que soit l’organe ou la personne qui les a épinglés.

L’incurie de Macky Sall et de son gouvernement est mis à nu par l’absence de proactivité à la suite de la publication, le 27 avril 2020, du communiqué final Prévisions Saisonnières des caractéristiques Agro-hydro-climatiques de la saison des pluies pour les zones Soudanienne et Sahélienne (PRSEASS – 2020)[i], par plusieurs organisations, en collaboration avec l’Organisation météorologique mondiale.

Ce document avertissait clairement sur des « quantités de pluies supérieures à équivalentes aux moyennes saisonnières 1981-2010 sont attendues sur toute la bande sahélienne. Un démarrage précoce à normal, une fin tardive à normale ».

Ces organisations ont également annoncé un risque d’incursion d’essaims de criquets pèlerins et enjoignent les gouvernements de prendre les mesures préventives. Quelles mesures le gouvernement a-t-il prises ? J’appelle le gouvernement à suivre immédiatement ces recommandations, plutôt que d’attendre le dernier moment pour dire que « le président est entré dans une colère noire » soi-disant.

Nous exigeons du Président Macky Sall qu’il nous débarrasse d’organes budgétivores et inutiles (CESE, HCCT, Haut Conseil du Dialogue social, etc.). Le Président Macky SALL doit avoir pitié de la population et fermer ses structures pour utiliser l’argent pour améliorer le bien-être des populations. Qu’il arrête de distribuer l’argent du peuple dans des postes bidons et vides et autres caisses noires.

Vu la situation actuelle du pays, il est indécent de prétendre allouer 2 milliards à un chef de l’opposition. Et il est encore plus indécent de parler de 3e mandat pour un président qui, après 9 ans à un bilan quasi nul, en plus d’être éliminé d’office sans nulle équivoque de la course par la constitution.

Nous rappelons à Macky Sall qu’au soir de l’élection présidentielle de 2024, il ne sera plus président et il devra rendre compte. D’aucuns me diront qu’il faut plutôt négocier, le rassurer. Nous leur répondons que nous ne sommes pas là pour négocier avec qui que ce soit, ni pour rassurer qui que ce soit. Nous ne négocierons rien et avec personne sur le dos du peuple.

PASTEF LES PATRIOTES réaffirme sa posture d’opposition radicale n’acceptant aucun compromis et n’ayant en vue que l’intérêt du peuple,

Nous rappelons à Macky Sall, racine de tous les maux actuels du peuple sénégalais, qu’en 2024 par tous les moyens, le peuple souverain lui fera quitter le pouvoir.

Nous en profitons enfin pour exiger le respect du calendrier républicain. Que le bilan des élus soit fait et que le peuple sanctionne positivement ou négativement par à travers les urnes. Repousser les locales, soi-disant pour rationaliser les élections, ne vise in fine que le report des présidentielles.

La rationalisation souhaitée pourra avoir lieu après le départ tant souhaité de Macky Sall au lendemain des élections présidentielles de 2024.

Ousmane SONKO
Dakar, le 09 Septembre 2020

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