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Comment faire tomber un aspirant dictateur ?

Les aspirants dictateurs, à la différence de leurs modèles non assumés (les dictateurs accomplis), ont une vocation tardive du métier. En effet, ils se rêvaient démocrates dans les premières années de leur carrière politique, avant que l’exercice du pouvoir – qu’ils ont conquis par des voies démocratiques par ailleurs – et les privilèges qui y sont associés ne leur fassent changer de cap, vers la confiscation clanique de la souveraineté populaire.

12 mois ago 1 92

Les aspirants dictateurs, à la différence de leurs modèles non assumés (les dictateurs accomplis), ont une vocation tardive du métier. En effet, ils se rêvaient démocrates dans les premières années de leur carrière politique, avant que l’exercice du pouvoir – qu’ils ont conquis par des voies démocratiques par ailleurs – et les privilèges qui y sont associés ne leur fassent changer de cap, vers la confiscation clanique de la souveraineté populaire.

Leur démarche est davantage opportuniste que basée sur des convictions dictatoriales établies. Ils profitent généralement de textes constitutionnels interprétés à leur guise, d’une opposition affaiblie, d’institutions corrompues et d’une cour de vils laudateurs bellicistes, pour se laisser gagner par l’autoritarisme. Dans leur velléité de conservation du pouvoir, ils n’ont plus désormais que défiance vis-à-vis des voies démocratiques qui les y avaient portés.

Quant à leurs méthodes, elles sont quasi invariables et sont concoctées à partir des mêmes ingrédients : corruption massive, népotisme, instrumentalisation de la justice et des forces de l’ordre, intimidation d’opposants, de journalistes et autres intellectuels libres penseurs, répression brutale, emprisonnement, voire exil. Les aspirants dictateurs sont toujours partagés entre violence et peur.

A la lumière de tout ce qui précède, il ne fait guère de doute que Macky Sall est en bonne place dans la catégorie des aspirants dictateurs, à côté des Ben Ali et Alpha Condé dont la résistance populaire guinéenne a eu raison de ses néfastes ambitions.

Pour autant, l’espoir reste permis pour tout peuple qui désire résister aux desseins funestes de ces tristes personnages.

Les expériences du passé nous ont assez instruits sur des ingrédients indispensables à la conception de stratégies victorieuses de résistance face aux oppresseurs de tout poil. Ci-dessous une liste non exhaustive :

1. Neutraliser les points forts de l’aspirant dictateur par ses points faibles.

Ghandi avait compris que la puissance militaire était le point fort de l’empire britannique. Les soldats britanniques équipés des armes les plus modernes au monde (à l’époque), ne pouvaient pas être vaincus dans un conflit armé avec les indiens. Bien que ne disposant que de cent mille soldats pour faire face à plus de trois cent cinquante millions d’habitants, ils avaient largement les moyens militaires de tous les écraser si d’aventure les indiens organisaient une campagne militaire contre eux. (cf. Popovic, 2017.)
Ghandi, avec intelligence et perspicacité, opta pour une stratégie de lutte non violente en mobilisant l’ensemble des indiens contre l’oppression, avec, au bout, le résultat victorieux que l’on connait.
La leçon à tirer de cet exemple est que : lorsqu’une masse critique de personnes sont prêtes à s’impliquer dans la résistance, alors le changement est imminent.

2. Mettre de la cohérence dans les actions de résistance

Il est essentiel d’éviter de se lancer dans une lutte de résistance, de manière dispersée. Il faut un mouvement d’ensemble, cohérent et coordonné, pour remporter de petites victoires nécessaires au maintien et à l’amplification de la dynamique, ainsi qu’au renforcement du moral des résistants.
Le contre-exemple à ne pas suivre est celui des syriens qui se battaient contre le régime de Bachar Al Assad. Ces derniers se sont lancés dans la révolution en défilant dans les rues de manière très désorganisée, pensant que par le seul fait de l’effet de masse, ils seraient capables de renverser leur président, comme les égyptiens avaient fait avec Moubarak, et les tunisiens avec Ben Ali.
En Egypte et en Tunisie, la révolution était certes silencieuse, mais elle avait réussi à remporter une série de petites victoires (comme cela se dessine au Sénégal) quelques mois avant la chute des dictateurs ; ce n’a pas été le cas pour la Syrie, qui a fini par s’embourber dans une guerre civile dévastatrice.
Les victoires dont il est question ici tiennent beaucoup aux symboles. Ces derniers sont d’une importance capitale pour fédérer les forces de résistance et leur donner une certaine cohésion. Au Sénégal, les désormais célèbres événements de Mars 2021, tout comme ceux du 23 Juin 2011, ont très clairement marqué des victoires symboliques du peuple en résistance contre la tyrannie rampante des régimes en place. En 2011, ils marquaient le début de la chute de Wade ; en 2021, ils consacraient Ousmane Sonko comme le leader incontestable et incontesté de l’opposition au Président Sall, et offraient à l’actuel maire de Ziguinchor le poids politique qui lui était nécessaire pour se dresser, avec force, dans un face à face équilibré avec le chef de l’APR. Cette victoire symbolique a annoncé les victoires électorales de l’opposition aux locales et aux législatives de 2022. Rien ne peut résister à un mouvement fort et coordonné.

3. Retourner l’oppression contre elle-même

Une justice de classe, appliquée uniquement pour servir l’intérêt d’une classe, devient un mécanisme de domination du pouvoir en place. En effet, lorsque la justice échoue à appliquer des principes de justice, elle se retrouve disqualifiée et produit par conséquent de la frustration, de l’agressivité et de la violence.
Lorsque les décisions judiciaires sont à replacer dans une stratégie globale de l’illégalisme, elles produisent de la violence. Cette judiciarisation de la violence provoque une pulsion agressive, une pulsion de destruction féroce, voire même une pulsion de mort. Il faut alors prévoir une liste de tous ceux qui créent cette pulsion de mort, de les traduire en justice, de faire un travail d’anticipation pour sensibiliser les juridictions nationales et internationales ainsi que la cour pénale internationale. Nous avions évoqués dans un précédent article que les États périssent naturellement par impuissance ou par tyrannie. Dans le premier cas le discrédit et le manque de légitimité conduisent à la perte du pouvoir ; dans le second cas le pouvoir est balayé par la vindicte populaire.

4. Stratégie de boycott

Commencer par boycotter les entreprises familiales et amicales, souteneuses du régime de l’aspirant dictateur en place, tout en dénonçant ses acolytes et leurs sources de financement douteuses. Le président Macky Sall a une volonté inouïe de confisquer le pouvoir par tous les moyens possibles, sans foi ni loi. Gare à ceux qui nient cette volonté, en parlant de justice et de règles démocratiques que cet aspirant dictateur foule aux pieds. « Nier la volonté de l’ennemi, c’est violer l’axiome fondamental de la stratégie » (Coutau-Bégarie, 1999)

5. Grève générale

Déclencher une grève dans tous les secteurs pour paralyser le système : enseignants, magistrats, acteurs judicaires et travailleurs de tous les secteurs, bref ; une grève générale. On se rappelle de la grève générale en Tunisie contre les dérives du président Kaïs Saïed en juin 2022. Ce mouvement social avait paralysé tout le pays en contraignant le gouvernement à revoir sa politique.

6. Exiger un mode de scrutin transparent pour l’élection présidentielle.

A quelques mois de l’élection présidentielle, c’est aujourd’hui et maintenant ou jamais que tous les citoyens doivent exiger l’obtention de leurs cartes d’électeurs, sans exception. Certains analystes, nostalgiques d’un certain passé, refusent de croire qu’au Sénégal, les élections ne se gagnent plus démocratiquement. Il n’y a qu’au Sénégal qu’une élection se gagne par un système de transfert d’électeurs, de trafic de l’électorat et d’élimination de candidatures à la course présidentielle. La stratégie opérée par le régime de l’aspirant dictateur, Macky Sall, consiste à trafiquer le vote selon un processus bien connu : rétention de cartes d’électeurs, particulièrement pour les primo votants, sélection de candidatures, transfert d’électeurs, révision tardive du fichier électoral avec l’inclusion d’une catégorie d’électeurs dans les zones où il est favoris. Avec ce système de fraude, l’élection présidentielle ne se gagne pas le jour des votes mais bien avant. Si rien n’est fait, les fameuses stratégies comme le « weur nombo » ne seront qu’un coup d’épée dans l’eau.

Dr. El Hadji Séga GUEYE,
Sociologue et enseignant universitaire.

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Mame
Mame
11 mois il y a

Article très intéressant.. Juste une question à propos du point 6. » Exiger un mode de scrutin transparent pour l’élection présidentielle. »
Comment exiger ce mode de scrutin ?

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