Au-delà d’un faux taux de chômage, l’image d’un lourd quotidien sénégalais se décela !

Depuis quelque temps un fakenews défraie l’actualité sénégalaise. Il a fait l’objet d’intenses et brèves discussions sur la toile.

Il est partagé çà et là que le rapport de l’OIT a sorti un taux de chômage de 48% pour le Sénégal, qui est vient juste derrière le Burkina-Faso et la Syrie comme troisième pays au plus grand taux.

Ce taux vient de cette page-ci d’un organisme dénommé world population review (indépendante sans affiliation politique aucune) installé aux USA.  Dans cette page les données sont fournies avec un tableau et un graphique, et en bas la source-ci, qui est une page de la CIA.

Il s’agit en réalité d’un taux calculé à partir d’une estimation de 2007.

Dans cette riche cacophonie quelques enseignements méritent d’être tirés à savoir : La vitesse de relai des fakenews dans les médias- La question du calcul du taux de chômage- Et la réalité sociale de l’employabilité au Sénégal.

La vitesse de relai des fakenews dans les médias sénégalais

Dans les médias sociaux et traditionnels il est très souvent partagé des informations sans vérification aucune et à la hâte. Comment peut-on publier un chiffre et cité un rapport sans le vérifier ?

Cela montre à juste titre comment la manipulation par les chiffres peut être une arme de tensions, aux services de tout malintentionné.

Dans le champ politique, la manipulation par les chiffres fait foi. A chaque débat sur une affaire publique les gens sont partagés sur  les chiffres, alors que les documents administratifs existent et sont souvent consultés par les antagonistes.

Le problème est que l’on ne consulte pas assez ces documents (rapports) d’abord, ou  qu’en outre souvent ces derniers sont taillés pour un charme politique.

La question du calcul du taux de chômage

Selon l’ANSD la population au chômage est définie comme suit: « Cette population est formée d’actifs habituels qui, au cours de la période de référence, n’ont jamais occupé un emploi pour une durée d’au moins 3 mois et sont à la recherche active d’un emploi qu’ils sont disponibles à occuper. »

Dans cette population on distingue deux catégories d’individus à savoir, les personnes ayant déjà travaillé mais qui ont perdu leur emploi ; et les personnes n’ayant jamais travaillé et qui sont à la recherche d’un emploi (primo-demandeurs d’emploi).

Au Sénégal cet indicateur est calculé à partir de la déclaration des personnes répondant à une interview.

Pour le BIT, le rapport susmentionné est fait à partir des estimations des données de 2019 comme stipulé à la page 90 dudit  rapport .

La question qu’il faut se poser est comment l’OIT a pu fournir un taux de chômage de 6,7% pour le Sénégal en 2020 et 6,6% en 2019, alors l’ANSD l’a évalué à 16,9% en 2019. Toute la différence se trouve dans méthodes utilisées pour faire ce calcul. L’un estime avec des données empiriques et l’autre sort le  pourcentage à partir d’une enquête.  

Et si on allait  jusqu’à interroger la notion d’emploi en fonction de sa capacité ou non à répondre aux besoins élémentaires de l’individu.

Quoiqu’il en soit les données de l’ANSD reste la référence.

Mais au-delà des chiffres quelle est la réalité ?

La réalité sociale de l’employabilité au Sénégal.

En réalité le taux de chômage au Sénégal a connu une augmentation de 3,5 points entre le quatrième trimestre de2015(première année de l’Enquête Nationale sur l’Emploi au Sénégal) et celui de 2019.

Il est égal à 13,4% en 2015, 16,6% en 2016, 15,7% en 2017, 14,3% en 2018 et 16,9 en 2019.

Le chômage au Sénégal touche plus les femmes que les hommes.

Par ordre décroissant il est ainsi réparti géographiquement dans les régions du pays : Matam-Kolda-Sédhiou-Tambacounda-Louga-Kaolack-Fatick-Diourbel-Ziguinchor-Kédougou-Saint-Louis-Thiès-Kaffrine-Dakar.

Le chômage touche plus les jeunes au Sénégal, il diminue quand l’âge augmente.

Au-delà des chiffres, des questions d’une observation non moins subjective pourraient nous en dire plus sur l’ampleur du phénomène.

Dans un pays majoritairement jeune, avec 58,2% de population potentiellement active, le taux de pauvreté avoisine les 32,6 %.

Le problème de l’insertion professionnelle des jeunes montre à suffisance la réalité de ce phénomène. Les entreprises recrutent de moins en moins. Et les salaires ne permettent pas le plus souvent à être dans une sécurité sociale.

L’effectif pléthorique de candidats qui s’accroit chaque année, au concours de l’enseignement, montre également que la donne à changer dans  la recherche d’emploi. L’on dit que les étudiants étaient sollicités il y’a quelques années pour faire ce concours à cause du faible nombre de participants. Même ceux qui seront formés n’auront aucune garantie d’emploi, d’où les nombreux collectifs qui s’organisent pour se plaindre de cette forfaiture.

Le même constat du grand nombre de participants, peut être fait dans les concours d’entrée de l’administration.

La fonction publique ne recrute pas assez, par rapport à la population active. D’ailleurs elle compte 130 000 agents ;

L’on dira que l’Etat ne peut pas employer tout le monde.

Oui, mais il est de son devoir de garantir un environnement de travail sein pour permettre au secteur de privé de vouloir plus de main-d’œuvre, et à la population  de se tourner vers la création d’emplois ou l’entreprenariat.

Pour ce qui est de l’emploi entre 2014 et 2018, l’Etat du Sénégal a investi 235 millions d’euros dans les secteurs prioritaires, ce qui a favorisé 186 932 emplois directs et indirects/induits. Ces emplois sont beaucoup plus importants dans le secteur tertiaire, avec une faible rémunération et de productivité.  

73% de ces employés sont non instruits, 14% ont le cfee ou le cepe, 7% ont le Bepc_cap_bep, 3% ont le bac, 2% ont  le Deug_ Licence-BtsDtsDut et 1% ont le Maîtrise_Master_ingénieur_Doctorat.

Cela veut juste dire que l’Etat du Sénégal ne recrute pas assez les jeunes sortis des formations professionnelles. Le diplôme n’a aucune incidence dans l’employabilité. Plus le diplôme est important moins sont les chances d’être employé par l’Etat dans les secteurs prioritaires.

Il est aussi à noter que l’élasticité Investissement/emploi est assez faible. Estimé à environ 0,017, ce qui veut que ni la croissance économique connexe, ni l’investissement public ne suffisent pour avoir un nombre satisfaisant d’emplois créés.  Il faut selon la Banque Africaine de Développement 200 000 emplois créés chaque année pour rehausser ce gap.

Hors vu la manière dont les choses marchent depuis 2012, sur le choix des investissements publics de développement (Les gros investissements en bâtis à Diamniadio en disent long, ainsi que le TER), il sera difficile pour ne pas dire impossible au gouvernement qui s’étrangle lui-même dans ces choix de partenariats économiques, de résoudre ce problème de l’emploi des jeunes.

Il lui faut investir durablement dans l’entreprenariat en tenant des compte des secteurs primaire et secondaire ainsi que la fortification du secteur privé national.

Pour ce qui est de l’entreprenariat il est important de jeter un perçant regard sur les institutions étatiques chargées du financement entrepreneurial.

D’ailleurs selon le RGE de 2017, 81,8% des entreprises sénégalaises sont des Entreprenants (autoentreprises) et 16,4%de très petites entreprises, et 1% de petites entreprises. Tandis que les moyennes entreprises représentent 0,4% et  grandes entreprises 0,2%.

Les politiques d’emplois des jeunes s’exécutent à travers plusieurs structures (ANPEJ, ADPME, DER, ANIDA, PRODAC, 3FPT….etc.) souvent aux mêmes prérogatives. D’où l’interrogation pertinente de leur efficacité globalement.

Il serait plus intéressant que les résultats des  autres structures soient plus accessibles au grand public. Pour avoir une vue nette sur le gap entre leurs objectifs annoncés, les emplois créés ainsi que l’impact de ces emplois dans le niveau de vie des bénéficiaires.

Ces  objectifs de création d’emplois, devraient être non harmonisés pour avoir connu un tel échec autant dans la vision que dans les résultats.

Au même moment, l’émigration clandestine qui convoyait plus de 5981 Sénégalais en 2015, 10327 Sénégalais en 2016 ; 6000 Sénégalais en 2017 sans compter ceux dont l’OIM a organisé le retour qui étaient 3023 migrants sénégalais en provenance de la Libye en 2017 (avec 6533 sénégalais vivant en Lybie en Août 2018) reprend de l’ampleur.

Elle n’est rien d’autre que le fruit d’une pauvreté et d’un manque de travail décent qui pourrait permettre à ces candidats du « Barça wala Barzakh », d’être dans une certaine sécurité sociale. L’émigration clandestine n’illustre qu’un profond sentiment de désespoir vécu au jour le jour par les jeunes sénégalais à la recherche d’emploi introuvable.

Quelle est la source du mal, sur laquelle il faut intervenir. Elle n’est pas unique mais sont nombreuses !

Il faudra revoir la vision politique du Sénégal de demain que l’on veut construire. Un Sénégal pour les sénégalais d’abord.

Papa FALL

Statisticien (Consultant d’Etudes/ Data Analyst)

Coordonnateur Technique National/Secrétariat aux Opérations Electorales/PASTEF

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