Vivement un Plan pour le Sénégal « immergeant » (Par Mangue Sène )

Les images surréalistes de populations pataugeant dans des eaux insalubres ou se déplaçant avec des embarcations de fortune pour regagner leurs maisons inondées sont bouleversantes. Ce spectacle aurait prêté à sourire si ces populations, livrées à elles-mêmes, ne vivaient pas un véritable cauchemar. Cette tragédie démontre, s’il en est, toute l’incurie des dirigeants qui se sont succédés à la tête de notre pays.
Chaque année, régulièrement, le même spectacle déplorable se présente sous nos yeux. Les inondations sont récurrentes et impactent beaucoup de zones du territoire national, mais nos pouvoirs publics sont incapables d’anticiper le phénomène en prenant les dispositions préventives nécessaires. Du nord au sud du pays, de Dakar et sa banlieue, en passant par Kaolack, Thiès, Saint Louis, Kaffrine et la région du Fleuve, peu de localités échappent aux inondations. Les explications servies par les autorités sont toujours les mêmes : changements climatiques, zones inondables habitées par les populations, chantiers en cours qui favorisent le drainage des eaux de pluie…Une personnalité allant même jusqu’à suggérer de faire moins d’enfants comme antidote aux inondations. Des explications destinées plus à se dédouaner qu’à affronter et régler ce lancinant problème.
En septembre 2012 les autorités lancent le Plan décennal de lutte contre les inondations (PDLI). Ce Plan qui s’étale sur dix ans (2012/2022), doté d’un budget prévisionnel de 766 milliards, était articulé en trois phases. Une première phase d’urgence d’un budget de 66,375 milliards, une deuxième phase à court terme de 250 milliards et une troisième à moyen et long terme de 450 milliards. Les deux premiers volets du programme, nous dit-on, ont été exécutés ; le troisième et dernier volet est en exécution, toujours selon les autorités.
Ce Plan décennal, bien conçu sur le papier, est cependant loin de faire l’unanimité quant à son exécution en faveur des populations auxquelles il était destiné. Les citoyens sénégalais se demandent comment cet argent, qui est aussi le leur, a été dépensé. Une question légitime quand on voit que l’État et les collectivités locales font bien peu pour venir à bout des inondations. Comme presque toujours, les populations sont abandonnées à elles-mêmes devant l’ampleur des inondations qui devaient pourtant constituer une priorité dans ce contexte inquiétant de pandémie de covid-19.
Il y’a un manque de volonté politique manifeste des autorités pour prendre à bras-le-corps ce problème. Car notre pays ne manque pas d’expertise dans le domaine. Nous avons suffisamment d’urbanistes, de paysagistes et d’architectes bien formés et capables d’apporter une réponse structurelle au phénomène afin d’abréger la souffrance des populations. Malheureusement, comme dans quasiment tous les secteurs d’activité, on assiste à un véritable gâchis. C’est toujours la même gabegie et la même gestion laxiste d’une question qui, pourtant, chaque année, est au centre des préoccupations des braves populations.
Le chef de l’État a annoncé le déblocage de 10 milliards destinés à l’appui aux sinistrés et à l’évacuation des eaux. Les 3 milliards, dit-il, seront distribués aux populations impactées, les 7 milliards restants aux Sapeurs-pompiers et à l’Office national de l’assainissement (ONAS).
Ce pactole, nous l’espérons, ira aux impactés et aux services techniques compétents pour faire face à l’urgence. Car les inondations, comme d’autres situations de difficultés et d’inquiétude des populations, sont souvent source d’enrichissement pour beaucoup de politiciens véreux. De 2012, date de la mise en place du Plan décennal à aujourd’hui, les inondations ont englouti beaucoup de milliards. Nous sommes à moins de deux ans de l’échéance du PDLI et aucun bilan sérieux et crédible n’a encore été établi.
Le président de la république, dit-on, a demandé un bilan détaillé de la gestion des inondations. Mais dans un pays normal tous les ministres et chefs de services compétents impliqués dans ce dossier des inondations devraient faire l’objet d’un audit et être entendus par nos honorables députés.
L’Assemblée nationale vient de mettre en place une mission d’inspection pour « entendre tous les acteurs qui sont impliqués dans la gestion du Plan décennal de lutte contre les inondations depuis 2012».
Espérons que ce ne sera pas, comme d’habitude, de la poudre aux yeux.

Mangue SENE Pastef Rome

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