Urgence sanitaires à coronavirus (Par Boubacar Signate)

Le rapatriement de nos compatriotes de Wuhan, qui sont susceptibles d’être des patients hautement contagieux, nous pose un défi à la fois humain et technique, et peut être vu sous plusieurs angles, avec à chaque niveau, une problématique à résoudre.

PROBLÉMATIQUES MÉDICALES

Différentes raisons peuvent motiver un tel rapatriement : le système de soin local est-il dépassé ? Nos ressortissants peuvent-ils bénéficier d’un confinement adéquat, sans risque pour eux-mêmes, pour les équipes soignantes et au-delà pour la population générale ? Pourrons-nous gérer une aggravation des cas qui seront diagnostiqués en cours de transport ou une fois rentrés au pays ? avons-nous les capacités en termes de réanimation si cela devrait s’avérer nécessaire ?

Le transport aérien de patients hautement contagieux doit être une prescription médicale raisonnée au regard de l’ensemble des contraintes qu’il représente. L’expérience récente de l’épidémie de maladie à virus Ebola a mis en exergue la difficulté de prise de décisions pour ces patients compte tenu de la dégradation parfois rapide de leur état, pouvant contre-indiquer le transport.

Il est naturellement plus facile de transporter des patients pauci symptomatiques (qui ne présentent pas encore de symptômes) tout en gardant la possibilité de débuter une réanimation raisonnée si besoin durant le vol en cas d’aggravation.

PROBLÉMATIQUES AÉRONAUTIQUES

Le patient hautement contagieux doit être placé dans un système de confinement adapté au mode de contamination. Le confinement devra se caractériser par l’étanchéité la plus parfaite possible et disposer d’une ventilation en pression négative et filtrée. Ce dispositif de confinement doit par ailleurs permettre la réalisation de soins jusqu’à un certain niveau de réanimation, l’entrée et la sortie de matériel médical ou tout simplement de nursing et la gestion sécurisée des déchets d’activités de soins à risques infectieux.

Il ne faut pas négliger les structures aéroportuaires d’accueil au départ et surtout à l’arrivée dans leurs capacités à fournir du matériel tel un système de passerelles ou une plate-forme d’embarquement mobile (HELP) et à organiser d’une manière générale un tel accueil (zone dédiée, personnel connaissant les procédures, confidentialité et sécurité d’une manière générale…).

RÈGLEMENTS INTERNATIONAUX

Le règlement sanitaire international dont la dernière version a été adoptée le 23/5/2005 par la 58e Assemblée mondiale de la santé (AMS) est entré en vigueur le 15/6/2007. Il traite de la capacité à « prévenir la propagation internationale des maladies, à s’en protéger, à la maîtriser et à y réagir par une action de santé publique proportionnée et limitée aux risques qu’elle présente pour la santé publique, en évitant de créer des entraves inutiles au trafic et au commerce internationaux ».

Ce règlement n’empêche toutefois pas explicitement le transport de patients hautement contagieux. Donc, légalement, on peut. A cela, on peut ajouter la diplomatie liée à nos relations avec

  1. La chine : pour disposer de toutes les informations médicales sur le virus et sur l’état de santé de nos compatriotes, pour les autorisations de sortie du territoire chinois, afin de préparer et d’organiser leur leur voyage.
  2. Les autres états, pour obtenir les autorisations de survol, d’escale et d’assistance au sol, sur les lieux d’escale des équipes soignantes et de leurs patients.

PROBLÈMES ÉTHIQUES.

Les problèmes éthiques peuvent être résumés en trois volets :

  1. Que sommes-nous prêts à faire ou à ne pas faire pour ramener nos compatriotes, en détresse, dans un pays où ils craignent pour leur santé et leurs vies ?
  2. Quels risques sommes-nous prêts à prendre, en ramenant au pays, certains de nos compatriotes, potentiellement porteurs d’une pathologie hautement contagieuse, qui risque de mettre toute la population sénégalaise en danger, et qui risque de mettre en péril également notre système de santé ? Qui, quoi qu’on dise, n’est pas des meilleurs.
  3. Quels moyens, en termes de ressources financières, techniques, de volonté politique devons-nous exiger de nos autorités dans ce type de contexte ?

Voilà en résumé, à mon humble avis, les problématiques posés. Maintenant, il reste à répondre à trois questions que vous allez vous poser :

  1. Pouvons-nous ramener ces étudiants ? nous n’avons pas les moyens techniques aéronautiques à embarquer, mais nous pouvons les avoir si nous payons ceux qui en disposent. On raisonne ici en termes de coûts.
  2. Avons-nous le personnel civil et/ou militaire pour de telles missions ? oui, nous en avons, nous sommes présents dans tous les théâtres d’opération d’urgences sanitaires dans le monde.
  3. Une fois rentrés, avons-nous les moyens de les prendre en charge au pays ? si on se base sur des réponses apportées lors de la conférence de presse du ministère de la santé : OUI

A ce propos, chacun des responsables des services présents, ont tenu ce discours :

SAMU NATIONAL : « Dispose d’un centre de régulation pour les cas suspects, et du transfert dans les centres d’isolement, dispose d’une section d’urgence et de réanimation pour prendre en charge les cas graves, dispose d’une antenne permanente à l’aéroport »

COUS : (Centre d’Operations des Urgences Sanitaires): « A l’expérience de la gestion de Ebola » « nous avons entièrement les capacités de faire face, nous n’Avon pas peur d’avoir un cas, en terme de logistique, nous avons l’ensemble des équipements requis »

SERVICE DES MALADIES INFECTIEUSES : « Possède un centre spécialement dédié a la prise en charge de maladies hautement contagieuses telles que la maladie à coronavirus » « c’est un service bien équipé qui dispose des consommables nécessaires, nous avons ce qu’il faut pour prendre en charge les premiers cas »

INSTITUT PASTEUR DE DAKAR : « pour le diagnostic, l’institut dispose d’une unité de diagnostic physique et d’une unité qui peut être déployée sur l’ensemble du territoire national » « l’OMS a nommé deux laboratoires en Afrique, pour référer des échantillons, il s’agit de l’Afrique du sud et de l’institut Pasteur de Dakar »

IRESSEF du Pr. S. MBOUP : « dispose de tout ce qui est plateau technique pour pouvoir faire un diagnostic précoce » « dispose d’un laboratoire P3 amélioré, prêt à collaborer avec l’ensemble des acteurs qui seront amenés intervenir »

ENFIN

De cette boucle, il manque les maillons les plus solides d’un dispositif pareil : les médecins aéronautiques (Les éventuels transporteurs ) Le service de santé des armées, mais surtout, les médecins anesthésistes réanimateurs, qui seront amenés à gérer les SRAS, car ce qui tue ces patients, c’est le syndrome de détresse respiratoires.

Voilà  maintenant vous savez. Vous pouvez tirer vous-mêmes vos propres conclusions.

Boubacar Signaté

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