Twitter et Facebook ont banni Donald Trump, et après? (Par Oumar Watt)

« Quand tout le monde vous ment en permanence, le résultat n’est pas que vous croyez ces mensonges, mais que plus personne ne croit plus rien. Un peuple qui ne peut plus rien croire ne peut se faire une opinion. Il est privé non seulement de sa capacité d’agir, mais aussi de sa capacité de penser et de juger. Et avec un tel peuple, vous pouvez faire ce que vous voulez. »  Hannah Arendt.

Twitter et Facebook ont décidé de bannir Donald Trump – définitivement pour Twitter et indéfiniment pour Facebook- suite à la prise du Capitole et des malheureux événements qui en ont découlé. Le président sortant des États-Unis ne pourra plus donc s’adresser aux 88 millions d’utilisateurs Twitter ainsi qu’aux 35 millions d’utilisateurs qui le suivaient sur Facebook.

Au-delà du cas de Donald Trump, ces décisions soulèvent des questions voire des inquiétudes concernant les libertés publiques et notamment celle d’expression.  

Considéré dans un passé récent comme un outil de libération et d’émancipation des peuples opprimés notamment lors du printemps arabe, Internet est devenu dans certains pays comme la Chine un puissant outil de contrôle et de manipulation des masses à travers la surveillance des réseaux sociaux, la censure, etc.

Cependant, dans les pays dits démocratiques, ce sont les plateformes numériques pour la plupart américaines et notamment les réseaux sociaux qui sont devenus au fil des années de plus en plus puissants. Facebook compte plus de 2,7 milliards d’utilisateurs actifs à travers le monde et sa plateforme Instagram plus d’un milliard d’utilisateurs actifs. YouTube diffuse des vidéos à plus de 2 milliards de personnes par mois. Et Twitter comptait 336 millions d’utilisateurs par mois en 2018 pour ne citer que ceux-là. Boostés par la pandémie de la COVID-19, les GAFAM (Google, Apple, Facebook, Amazon, Microsoft) pèsent aujourd’hui près de 8000 milliards de dollars en bourse et dépassent le PIB de pays comme le Japon, l’Allemagne, le Royaume-Uni et la France.

De plus, depuis ces dernières années et l’apparition de scandales tels que l’affaire Cambridge Analytica et l’ingérence de la Russie dans les élections américaines de 2016 il est de notoriété publique que ces plateformes numériques ont le pouvoir de faire ou défaire des élections.

Créé en mars 2020 le groupe Facebook pro-Raoult « Didier Raoult vs Coronavirus » a très vite vu son audience monter en flèche en un temps record au point d’atteindre près de 500 000 membres seulement un mois après sa création. Cependant, le groupe au demi-million de membres avait été désactivé du jour au lendemain avant d’être réactivé 48h plus tard. Facebook avait évoqué une erreur là où les membres du groupe criaient à la censure.

Il est sidérant de constater qu’une seule plateforme (Facebook) pour ne pas dire un seul homme (Mark Zuckerberg) puisse réduire au silence l’équivalent de la population d’une région comme Sédhiou en un simple clic et sans aucune forme d’explication et encore moins de décision judiciaire. Mais, cela démontre à l’évidence l’arbitraire des règles privées incluses dans les conditions générales d’utilisation que nous acceptons tous en tant qu’utilisateur sans même prendre le soin de les lire.

Eh oui! Facebook est une compagnie privée qui s’adresse à des utilisateurs et non à des citoyens et la nuance est de taille. Même si Mark Zuckerberg nous prépare une monnaie, nous parle « d’infrastructure sociale » et revendique une communauté de plus de 2,7 milliards de personnes, notre statut d’utilisateur dans cette plateforme ne doit en aucun cas surpasser notre condition de citoyen.

L’idée de la création d’une organisation indépendante pour gérer ces questions semble être la plus viable. D’autant plus que le modèle d’affaires de la plupart de ces plateformes numériques est principalement basé sur la publicité et l’attention des utilisateurs et par conséquent sur la mise en avant de contenus à fort potentiel d’interaction et de viralité au détriment de contenus peut-être moins percutants, provocants et clivants, mais tout aussi pertinents.

Mark himself le reconnaissait en 2017 en affirmant que : « Les médias sociaux sont de courte durée où les messages forts sont souvent amplifiés. Cela récompense la simplicité et décourage la nuance. Dans le meilleur des cas, cela permet de rendre plus visibles certains messages et d’exposer les gens à des idées différentes. Dans le pire des cas, cela simplifie à l’excès des sujets importants et nous pousse vers les extrêmes. » Depuiscette déclaration, pas grand-chose n’a changé.

Aujourd’hui, il est plus que temps de combler ce vide juridique autour de l’utilisation de ces plateformes, de reprendre le pouvoir en tant qu’États/citoyens et de ramener ces géants du numérique à servir l’humanité et non le contraire.

Oumar Watt

 

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