SÉNÉGAL : De l’espoir à la gouvernance des nouveaux COLONS, « le dé cassé »(Par Ousmane Jean Biaye)

Après SENGHOR et Abdou DIOUF, l’espoir d’un nouveau SÉNÉGAL était né, au prix de beaucoup de sacrifices pour rompre avec le système et asseoir une véritable démocratie, la démocratie d’un peuple libre et capable de prendre son destin en mains. Malgré les multiples péripéties entre SENGHOR et Mamadou DIA, le SÉNÉGAL est resté debout, en maintenant une certaine stabilité comparativement à certains pays d’Afrique. Mais, la « Collinisation » du peuple a continué avec Jean COLLIN, un colon au cœur de la République. Pour la première fois en 2000, la liberté du peuple venait d’être rendue au peuple. Le slogan : « LE SÉNÉGAL QUI GAGNE » brilla de mille feux. La prise de conscience, la confiance et la fierté se manifestaient dans les actes de beaucoup de compatriotes et même au-delà des frontières. Et, c’était bon d’être Sénégalais !
Ce fut le début de la prise de conscience qu’un autre SÉNÉGAL était alors possible, avec l’éclosion de tous bords de talents et de potentialités longtemps interdits d’expression.





En scrutant le passé, en regardant de plus près le « SOPI », c’est-à-dire le changement manqué, on pourrait dire que dans certaines situations, WADE sait s’assumer. Car il savait défendre les intérêts du SÉNÉGAL et de L’AFRIQUE avec beaucoup de fermeté. Mais dans le temps, l’alternance s’est fourvoyée petit-à-petit jusqu’à son extinction. Les scandales à répétitions, les intérêts crypto-personnels, les calculs liés à la succession, de même que la concentration des pouvoirs entre les mains d’un fils avaient fini par avoir raison sur l’alternative. Les abus de pouvoirs ont aveuglé et assommé le régime WADE qui rata le virage de la possibilité d’une véritable alternative. Les près de 2000 morts du JOOLA en 2002, pour un bateau d’une capacité de 580 passagers, étaient déjà des signes avant-coureurs que l’alternance allait sombrer dans des calculs politiciens. Pour rappel, avec un bateau qui techniquement n’était pas dans les dispositions de naviguer, qui, jeté dans l’eau, finalement a tangué, et a sombré pour sauver la face de certains « politicars » éhontés. Mais malgré la douleur, celle des régimes qui se sont succédé avant WADE avait maintenu le peuple dans l’espoir de lendemains meilleurs.

S’il faut revoir la gestion des Wadistes, deux faits majeurs expliquent l’échec. D’une part, l’ordre des priorités du peuple n’a pas été bien compris au moment de l’alternance, avec les contrecoups de projets engagés à coups de milliards quand il faut y ajouter des marchés mal négociés, au moment où la souffrance du peuple se poursuivait. D’autre part, et surtout, du point de vu interne, les « mains qui géraient » politiquement le pouvoir avec SENGHOR, avec Abdou DIOUF, n’étaient pas dessaisies. En effet, WADE n’avait pas assaini sa gestion des hommes. Il n’a pas réussi à échapper au recyclage de « politicars » aux mentalités closes dans un système, profitant et exploitant leur propre peuple depuis les indépendances. Les ténors, « Peaux-noirs masques blancs » étaient encore-là, au cœur de la République, pour parler comme Frantz-FANON. Son péché, celui-là, qui l’a emporté, c’est de n’avoir pas pu se débarrasser de la race de « politicars » véreux, assis sur les intérêts de leur propre peuple. C’est ainsi que l’Ancien triomphe et corrompt le nouveau, par une sorte de cirrhose partant d’une « contamination-héritage ». « Comme un vers dans un fruit », les cajolassions du système, les facilités, l’avoir sans l’éthique finissent par ronger la volonté du Maître, et par trahir le citoyen. Son échec va atteindre le paroxysme dans la recherche d’une prolongation, dans un jeu de mauvais goût pour la démocratie, avec un troisième mandat dont le peuple en avait assez. La dispute de cette affaire démocratiquement répréhensible finit dans le sang.

L’erreur de WADE était, donc, d’avoir mis côte-à-côte les nouveaux combattants mal préparés, qui n’avaient pas fini de comprendre les véritables enjeux de notre propre développement, avec les Anciens. Des Anciens qui ne croient que par convenance et par complaisance et dont le parti et leur part étaient plus importants que la patrie et l’intérêt général. Ainsi dans le temps, le système s’est refermé sur LE SOPI, en l’infectant et en le « CO-VIDANT » de l’intérieur. C’est qu’au contact d’une réalité quelle qu’elle soit, un système cherche à la phagocyter et à la dévoyer, en la rongeant de l’intérieur. Le régime WADE avait fini par s’affoler, par se dérégler, cherchant même un troisième mandat dans les anciennes pratiques d’avant le référendum de 2001, qui a bloqué le mandat à deux.

Le peuple se tourne, alors, vers la recherche d’une alternative et finalement choisit Macky SALL, devant tous les autres et devant Idrissa SECK qui porte le fardeau d’une histoire qui n’a jamais était lavée proprement dans l’esprit des Sénégalais. On note, dans le champ politique, que le SÉNÉGAL est bourré de véritables acteurs du « théâtre-politique ». Car quand le peuple souffre comme maintenant, ils sont sourds et indifférents à tous les combats. Mais quand le moment de l’élection arrive, ils apparaissent comme des fantômes égarés, guéris de leur carence avec des discours sophistiques. Sur le moment, le combat, c’est contre les nouveaux colons, symboles du colonialisme de notre époque. Mais, malheureusement, beaucoup parmi ceux qui demandent le pouvoir sont perdus de vue. Qu’à cela ne tienne, le combat continue, avec les vrais patriotes.

On remarque dès le départ en 2012 que le peuple s’était résolu à accorder un moratoire à Macky SALL faisant de lui le PRÉSIDENT qui a le plus profité de la patience des Sénégalais. On se rappelle que tous les syndicats ou presque avaient suspendu leur mot d’ordre de grève, pour permettre au pays de se remettre. Hélas aujourd’hui, le peuple est déçu ! Quand on se trompe en ne semant pas la bonne graine, il ne faut pas s’attendre à une bonne récolte. L’histoire de MACKY avec le peuple commença avec de beaux slogans fabriqués de toutes pièces, mais jamais suivis. Des slogans qui font miroiter l’esprit comme « la gestion sobre et vertueuse », le Sénégal émergent avec le PSE. Mais que du vent dans l’acte et dans l’exécution ! La gestion a fini par devenir, s’il faut reprendre Ousmane SONKO, « sombre et vicieuse » et le Sénégal a immergé au lieu d’émerger. Sans compter les milliards promis au peuple avec des plans régionaux de développement et des zones économiques spécialisées, les cents mille emplois par an pour les jeunes. Tous ces vœux pieux ont immergé sous de mauvaises habitudes de politiciens qui ne croient qu’à leurs intérêts. Et maintenant des plans d’urgence et un FAST TRACK de scandales, comme coup d’au revoir. Une vraie plaisanterie qui n’enchante pas les Sénégalais.




D’un autre côté, face aux scandales à répétitions, la question légitime qu’on pourrait se poser est la suivante : le SÉNÉGAL serait-il en phase d’être le pays des passepasses et du recyclage de tous les interdits ? L’État serait-il le peuple ? Ce qui est remarquable, c’est qu’aucune semaine ne se passe sans un nouveau scandale, autant dire que c’est le temps des scandales en mode FAST TRACK. Les tous nouveaux, comme la poursuite du pillage du littoral, l’affaire de la famille « Farez », ces véritables imbroglios qui restent à être élucidés, viennent trouver les faux billets.
À côte, DINGLER manque de « TOUT », ignoré par le gouvernement et convoité pour ses terres, par des affairistes bénis par le système en place. Ainsi « LE TOUT FAUX ! » est libéré dans une société qui cherche ses repères. Les affaires Pétro-TIM, celle du COUD, du PRODAC, du Zircon, du fer, du Gaz, le pillage des ressources halieutiques, la « familliarisation et la Fayellisation » du pouvoir entre autres, ont sapé l’éthique. Le SÉNÉGAL pays où on gagne gracieusement CINQ CENTS mille-balles sous l’ombre parce qu’on est la douce moitié d’un ambassadeur. Au même moment, des diplômés de l’Enseignement, de la santé, de l’agriculture, de tous les secteurs attendent d’être intégrés comme fonctionnaires. Hélas ! Nous sommes dans un pays où la justice crie contre l’injustice des gouvernants et pour le respect des accords dûment signés. Et où, au-delà des insultes et des insanités de toutes sortes, c’est le choc des intérêts personnels qui se querellent au sommet de l’État, dans « un flou versatile ». Une querelle digne d’un Far West avec des intérêts qui se braquent contre le peuple.

D’ailleurs, dans la nouvelle affaire des « FAREZ », dans l’affaire BATIPLUS persiste encore quelque chose d’étonnant, l’histoire des « évasions fiscales », selon Cheikh Yérim SECK, ainsi que la thésaurisation qui sont le socle de notre pauvreté. En tout cas, la « sombrité » demeure au cœur de la République. Dans cette affaire, l’équation est à plusieurs inconnues et pour cette occasion, nous laissons la charge à ceux qui l’on posée de la résoudre. Ce qui est sûr, hommage doit être rendu aux hommes de tenues qui font correctement leur travail, malgré les effractions et les fracas politiques. En fait, on veut nous habituer à ne plus croire à notre destin. À renoncer et à nous laisser aller, en intégrant et en prenant l’anormal pour le normal. Peine perdue, le Sénégal est notre pays et nous n’en avions pas d’autre ! Sinon, comment comprendre dans un contexte de redressement éthique, la libération de personnes qui ont porté des coups fatals à la République. Casser les bonnes habitudes pour les mauvaises, nous restons sereins pour être un peuple qui se bat, pour des dirigeants honnêtes et patriotes. Notre voie est tracée et nous n’y renoncerons pas.

Le combat des colonisés pour la liberté continue contre les scandales, contre l’injustice à NDINGLER et contre ceux qui veulent que « NGOU GADAYE » ! Partir où, en abandonnant quoi ? Encore, le FAST TRACK à terres, des hectares de terres découvertes à NDINGLER par un milliardaire, avec de fausses histoires à terres, en présence des populations. La force prendra-t-elle le dessus sur la dignité et le droit ? Sans nos avoirs, sans nos terres, le peuple finira-t-il par perdre et par « NGADAYE », en d’autres termes, par partir, par se jeter ! Mais où, et, dans quoi ?
Nous prions que l’océan, face à nous, rejette sur le quai nos fils et nos filles qui fuient la misère semée par les nouveaux colons. Ainsi, cerné de toutes parts par le malheur : où pourrions-nous aller, ailleurs, qui soit « notre » ? Où irons-nous, puisque nous n’avions pas d’autre « chez-nous » ? Convenons avec ROUSSEAU que « la force [qui règne parmi nous] ne fait pas le droit ». Accordons-nous finalement que face au mal, la passivité nous fait complice du mal par omission. C’est pourquoi notre combat est celui de la défense des intérêts du peuple parce qu’après nous avoir exploité et vidé, beaucoup parmi eux, leurs enfants d’abord iront étudier dans les universités occidentales. Puis toute la famille ensuite va s’expatrier parce que ne pouvant plus vivre, ici, entourée de pauvres citoyens qu’ils ont eux-mêmes fabriqués. Certains resteront par boulimie du pouvoir dans l’espoir toujours de continuer à sucer le peuple. Une vraie mentalité de colon en vogue au SÉNÉGAL. Si le peuple ne réussit pas à imposer aux politiciens une ligne de conduite, le pays ne se fera jamais. Chaque responsable politique doit déclarer ses avoirs, maintenant, se soigner tant que c’est possible dans les hôpitaux qu’ils ont eux-mêmes construits. Car la charité mal ordonnée doit commencer par soi-même, tout comme celle bien ordonnée. Et pour l’éducation, leurs fils feront leurs études au SÉNÉGAL en côtoyant et en se frottant à la misère de nos universités et en confrontant leur savoir à celui des enfants de nos paysans. Comme au BOTSWANA et au RWANDA, les bourses ne seront accordées que lorsque la filière souhaitée n’existe pas au pays. Tant que cela n’est pas fait, ils partiront !

Pour le moment, chacun lutte avec ses propres armes pour parler comme Amarta DIÉMÉ. Certains se battent avec les armes de l’évitement et de l’irresponsabilité, par « le parler sans foi », avec de l’égoïsme et beaucoup d’hypocrisie dans l’action. D’autres comme Ousmane SONKO et ceux qui l’accompagnent avec les armes de la vérité, du parcours et du discours. Sur le moment, fait remarquer S.O.S : « les sénégalais vont souffrir » parce que les nouveaux colons sont incompétents. Les Sénégalais doivent refuser d’être les pions en cassant le dé du jeu. Car nous ne pouvions pas continuer à être la proie et des faire-valoirs. Comprenez, bien par-là, que nous ne sommes pas couchés !

Ousmane Jean BIAYE, Professeur de Philosophie au Lycée de CABROUSSE




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