République orpheline, Nation éplorée

La disparition des grands hommes dont l’action sacerdotale et le combat sacrificiel s’inscrivent constamment dans le marbre de la conscience du peuple, est comparable au  »Pélican », texte poétique de l’écrivain français du XIXe siècle, Alfred de Musset. Inspiré d’une légende selon laquelle l’Oiseau blanc s’est offert en pâture à ses petits en guise de festin de mort, ce texte dont l’extrait ci-joint allie le symbolique au lyrique comme le chant du cygne:  » Pour toute nourriture il apporte son cœur, sombre et silencieux, étendu sur la pierre, partageant à ses fils ses entrailles de père, dans son amour sublime il berce sa douleur, et regardant couler sa sanglante mamelle, sur son festin de mort il s’affaisse et chancelle, ivre de volupté, de tendresse et d’honneur… »

Dans une perspective analogique, la mort à la fois tragique, triste et sacrificielle du pélican laissant ses petits orphelins n’est-elle pas toutefois, dans notre histoire contemporaine, évocatrice de la regrettable disparition d’un illustre combattant pour la liberté et la foi, au nom de la dignité humaine ? L’homme qui se bat pour son peuple. La voix des sans voix. Le porte-étendard de la révolte des laissés pour compte du système. Forgé dans les fabriques métallurgiques de la révolte et de l’indignation contre l’injustice et le mensonge ainsi que toutes formes de prévarication dont souffrent les démunis, cet homme, parti à jamais, ne nous a pourtant jamais abandonnés, tant la sommes de ses actes l’immortalisent en le rendant toujours vivant dans nos coeurs; et témoignent, à titre posthume, de la ferveur de son engagement pour le triomphe de la vérité et la justice. La nation a perdu un de ses plus valeureux fils.





Alors, se demande le peuple – qui va désormais s’occuper de nos problèmes ? La Démocratie endeuillée, pleure de chaudes larmes qui creusent en nous le peuple, des sillons de silence et d’inquiétude. La république en deuil et du coup, la nation devient veuve.

Car lorsque les politiques ne se souciaient sans scrupules que de postes, de positions et d’élections; les religieux se préoccupant d’une infinie litanie de cérémonies et de célébrations religieuses; et certains chefs d’entreprise, ou intellectuels négatifs enclins à la recherche effrénée du profit ou de la notoriété au détriment de leurs employés ou de la vérité, il y avait un homme qui s’occupait de façon sacerdotale à la démocratie fébrile et mourante. Celui qui considérait la marche revendicative comme  »le coeur battant de la démocratie » pour reprendre Calvès; celui selon qui le constitutionalisme populaire conçoit dans l’imaginaire collectif d’un peuple mâture, le droit de manifester comme inhérent à la qualité de la démocratie.

Celui là, pièce maîtresse des rassemblements populaires pour la vérité et la démocratie, est parti à jamais laissant derrière lui une élite politique à la solde de l’Occident, un cercle religieux à la merci des politiques, un système inique et inéquitable au vernis démocratique, une justice souffrante et maladive, une presse corrompue et pestiférée; drapés tous, du voile symbolique de promesses d’égalité et d’avenir devant un peuple meurtri et abasourdi. Il est parti laissant une nation en chantier, un peuple attristée, une démocratie éplorée, bref, une République sous son linceul blanc pleurant de longs sanglots de deuil et de remords…

Mansour Sh. Mbow, professeur de Lettres et chroniqueur.

Partager
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Un commentaire

  1. Merci le grand et très inspiré mbow. L’hommage que vous avez rendu à ce grand sieur qu’il fût,nous va droit au coeur. C’est empreint de vérité mais de sagesse pour la jeune génération, politique ou pas. Puisse Allah dans sa miséricorde infinie lui pardonne et lui permette d’accéder à jannatoul firdawsi.amen

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *