Que retenir du procès du 27 juin 2022 ? par Ansou Sambou

Depuis les arrestations jusqu’au placement sous mandat de dépôt, en passant par l’équerre préliminaire, toutes les lois ont été violées de même que les droits des prévenus.

Ce qui fait mal c’est la violation des droits fondamentaux, des droits universels. Des traitements dégradants pour certains lors de leur arrestation. Ce qui est régulièrement apparu des témoignages, est que la plupart des détenus ont été arrêtés alors qu’ils vaquaient à leurs occupations. Les seuls manifestants arrêtés n’étaient pas sur les lieux encore moins en flagrant délit de commission d’infractions.

Toutes les couches de la société y étaient représentées si l’on s’intéresse aux prévenus : des couturiers, des marchands ambulants, des étudiants, des maçons, des coiffeurs, des livreurs, des menuisiers, des plafonniers, des enseignants, des agents de sécurité, des vigiles d’école, des députés, des réparateurs de portables, des maires, un directeur de Cabinet municipal, un conseiller juridique, des cadres de parti… La seule composante qui a manqué c’est la junte féminine et selon les témoignages d’un prévenu, une femme arrêtée alors qu’elle revenait d’un entretien d’embauche, avait été libérée parce qu’elle avait pleuré à chaudes larmes en clamant son innocence.

Mais, côté député, il y’avait l’honorable Mame Diarra Fam, parlementaire et voix audible de l’hémicycle. Finalement quelle couche de la société y manquait ? Condamner ces innocents aurait été une offense au peuple, aurait signifié une opération d’étouffement et de musellement du peuple Sénégalais.

À supposer que tous ces gens étaient des manifestants, elles auraient largement et légitimement représenté le peuple Sénégalais.

Dans une démocratie, il y a un pouvoir qui gouverne et une opposition qui s’oppose. Même si en Afrique, les régimes essaient de phagocyter une partie.

Cette phagocytose n’est rendue possible que si la Justice coopère pour fomenter des dossiers judiciaires contre l’opposition ;
Cette phagocytose n’est possible que lorsque le régime utilise l’économie (l’argent et les biens matériels) pour corrompre ;
Cette phagocytose n’est possible que si les décrets de nominations sont ténus en bandoulière comme armes politiques qui sabrent le sort des uns et taille un destin heureux pour les autres.

Le cas du Sénégal aujourd’hui rejoint la longue liste des régimes africains comme le Togo, le Tchad, le Congo Brazza, le Cameroun, la Côte d’Ivoire, le Gabon, l’Ouganda, la Guinée équatoriale etc. où l’on écrase toutes les velléités de résistance et les voix contradictoires.

C’est dommage de le dire, mais un procureur qui dans un langage creux, ambiguë fait de gesticulations, donne un réquisitoire que je n’ai jamais entendu depuis des années.
Le tout dans une expression française pas digne d’un cadre de la fonction publique à fortiori d’un magistrat de son rang.

Honteux et déshonorant, a été le réquisitoire du procureur qui méconnaissait même le nombre de détenus que lui-même avait placés sous mandat de dépôt. Sur un ton haineux mais pas convainquant parce que léger, le procureur a ignoré le Code pénal et la Constitution quand il faisait son réquisitoire. Aucune référence à la Constitution ou aux dispositions du Code pénal !

Dans sa qualification des faits et les chefs d’accusation, aucune matérialité en rapport aux preuves de la Culpabilité des prévenus.

Heureusement que l’audience n’avait pas souffert de connaisseurs de la loi et du Code pénal. Toutes les accusations ont été démontés en pièces par les brillants avocats (es) qui ont convaincu par leur maîtrise des sujets débattus et leur éloquence.

Dans le silence cathédral de la salle d’audience, les voix de Me Bamba Cissé, Me Famara Faty , Me Soumaré, Maskhna Kane, Me Adama Fall, Me Tall, Me Ndiaye…, d’une vingtaine d’avocats (22 au total) ont résonné d’un ton véridique qui suscitait la fierté des spectateurs que nous étions.

Hier, au-delà de la confirmation que nous avons une tentative politicienne de liquidation judiciaire d’adversaires devenus plus que menaçants, nous avons découvert qu’il y a un vent de révolution dans le milieu Judiciaire et menée par les jeunes magistrats et les avocats.

Ansou SAMBOU, membre de PASTEF

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.