Que cache cette volonté de régulation des médias sociaux ?

《Cancer des sociétés modernes 》, avait-il qualifié les médias sociaux. Jadis et encore plus récemment admirateur des médias sociaux, Macky est devenu allergique à ces plateformes malgré ses récentes déclarations élogieuses sur l’utilité de ces nouvelles technologies.

Dire qu’il est temps de reguler les réseaux sociaux, c’est formidable mais pour quelle motivation profonde ? Quel est le But recherché, l’ambition poursuivie ?

Si l’on doit restreindre l’accessibilité des médias sociaux dans le but de se sortir d’une équation politique ou de se soustraire des critiques sur la gestion du pays, c’est donc une entreprise de démolition de la démocratie, d’écrasement de la liberté d’expression.

Si c’est dans le but de préserver certaines choses qui nous sommes précieuses et communes comme la civilisation, les valeurs Culturelles et la Cohésion, c’est donc une opération de salubrité publique.

Or, la déclaration de Macky Sall indique clairement la motivation profonde de cette opération si l’on se base sur le constat qu’il a laissé entendre. Dire qu’en tant que dirigeants, ils sont critiqués, et atteints dans leur dignité par des allégations et propos, et brandir comme solution, la restriction, c’est donc admettre la volonté de se soustraire à la critique, à la vigie citoyenne et la contradiction fussent-elles fondées ou légitimes.

Dans cet esprit, toute réglementation adoptée à propos des médias sociaux aura comme soubassement la haine des internautes, l’envie de museler une partie majoritaire du peuple qui en a marre d’être dans un enclos médiatique restrictif où l’on opère plus un battage propagandiste qu’on informe.

S’il est vrai que le rôle de la presse c’est d’informer, il est donc anormal de déformer, retoucher ou adoucir les informations aussi dramatiques soient-elles.
Le droit de Savoir et l’obligation de rendre compte sont non négociables en démocratie.
Ce qui rend illégitime ce projet de régulation, c’est son porteur (Macky) et le parcours de ce dernier.
D’abord Macky est le principal promoteur et soutien des insulteurs publics. À titre d’exemples rappelons le vulgaire Souleymane Jules Diop, Coura Macky, Cissé Lo, Bougazelli, le sulfureux Birima Ndiaye, Yaham Mbaye et d’autres, tous casés chez lui dans une opulence et une surprotection que rien ne justifie. Certains d’entre eux sont dans son Cabinet tandis que d’autres dirigent la presse publique et en décident de la ligne éditoriale.

Ensuite, Macky lui-même à travers sa page Facebook en 2012 avait appelé à la révolte contre le régime de maître Wade. Dans une déclaration qui est encore fraîche dans nos mémoires, il louait et saluait l’existence des médias sociaux et leur apport inestimable dans la lutte citoyenne, la lutte pour la démocratie et contre la répression policière, la dictature et l’argent.

Rappelons que les plus grandes insultes proférées à des personnes, à des Communautés ethniques ou religieuses ont été faites dans des médias télévisuels et radios.
À travers ces médias, Moustapha Diakhaté avait profané le prophète et heurté tous les musulmans sunnites du monde ;
À travers ces médias classiques, Cissé Lo avait traité de rebelles les casamancais presents au meeting de Sonko ;

À travers rfm, walf, sen TV etc, Maitre El Hadji Diouf a plusieurs fois traité Sonko et tous les casamancais de rebelles et terroristes ;

À travers les mêmes médias, Capitaine Dieye, madiambal Diagne ont traité le nouveau maire de Ziguinchor de membre du MFDC ;

À travers ces mêmes médias, Diouf Sarr, Ablayae Mactar Diop puis Gaston Mbengue ont tenu des propos haineux racistes ethnicistes, xénophobes envers le candidat Barthelemy DIAS ;

À travers ces mêmes médias, des débatteurs du parti de Macky ont prononcé des mots impudiques sur Sonko dans l’affaire Adji Sarr et son viol imaginaire..

Les médias sociaux n’ont pour la plupart fait que signaler, condamner des propos inacceptables, des images et des déclarations.

Aujourd’hui, ce qui se passe dans les médias sociaux est tout simplement extraordinaire et si l’on est bon observateur on doit savoir que : quelque chose est entrain de se produire dans ce pays. il s’agit d’une révolution numérique qui est entrain de réussir là où l’école, la presse, la République ont échoué : Agir positivement sur les consciences.

Les richissimes échanges et partages, l’élan de solidarité, le flux d’information que nous constatons dans les médias sociaux comme Facebook et YouTube tranchent lourdement en faveur d’une haute utilité de ces outils de la technologie nouvelle.
Des personnes en détresse (malades, démunis, sinistrés) bénéficient de soutiens financiers, matériels et moraux qui seraient impossibles sans les médias sociaux. Des internautes à travers des #challenges et #hastag , mobilisent des milliers de bénévoles pour donner du sang, lever des fonds pour des nécessiteux.

L’instantanéité et la forte audience dans un monde profondément « digitalisé » ont permis de prévenir, de stopper, d’anéantir des cruautés énormes que les médias classiques ne pouvaient pas arrêter. Ce grâce à la cassure de la verticalité de l’information.
En effet, la circulation verticale, contrôlée de l’information a laissé place à une circulation horizontale à cause des médias sociaux. Ces derniers n’ont pas pour vocation de remplacer la presse dont le rôle (informer) n’a jamais changé. Mais, cette presse est devenue une caisse de résonance de groupes religieux, ethniques, de lobbies politiques ou économiques…les dernières décennies.
C’est ce vide que les médias sociaux ont comblé en allant au-delà de leur rôle de partage et d’échanges. Ils assurent la production et la diffusion de l’information et en donnent les analyses dans une logique de sensibilisation.

L’époque où l’opinion était fabriquée dans les médias classiques jadis accessibles uniquement à une frange de la société, est révolue. Aujourd’hui, nous sommes à l’ère des médias sociaux d’où partent parfois les sujets de l’heure qui alimentent le débat public, d’où est fabriquée l’opinion avant d’être reversée dans les ménages, les grand’places, les jotaay, la rue et même dans les lieux de travail.

Cette inversion des sens de circulation de l’infformation dans le débat public est la principale cause de l’ire de certains oligarques Sénégalais dont Macky Sall.
Prendre pour prétexte les FAKE NEWS pour légitimer une restriction de l’usage des médias sociaux est très réducteur et malhonnête. Sinon que dire des chaînes publiques et privées pro pouvoir qui désinforment, mentent au peuple et altèrent la réalité ?
que dire des médias classiques qui annoncent prématurément des résultats tendancieux d’élections à minuit ?
Des média comme tfm ont couvert à 2 heures du matin des conférences de Benno bokk yakaar s’octroyant frauduleusement la victoire aux législatives de 2017. ils ont récidivé en 2019 avec la même coalition à la présidentielle.

N’est-ce pas Macky Sall qui avait envoyé ses militants et cadres le défendre dans les réseaux sociaux ?
N’est-ce pas Macky qui avait recruté des « influenceurs » et « célébrités » des médias sociaux pour assurer sa propagande ?
C’est Macky lui-même qui amène avec lui un influenceurs de tic-toc et Instagram partout, s’affichant avec lui dans plusieurs vidéos et selfies.
Tel un bon narcissique, les médias ne sont bons et utiles que lorsqu’on y fait son éloge et véhicule ses réalisations, mais mauvais parcequ’on y dénonce sa gouvernance tortueuse vicieuse et opaque.
Ils sont mauvais lorsqu’on y appelle à voter contre lui et sa coalition.
Ils sont mauvais et cancérigènes lorsqu’on y démonte sa propagande mensongère et sa stratégie politique populiste.

Cette supposée régulation des médias sociaux est une entreprise d’anéantissement de tous les foyers de contradiction et de contestation de la gouvernance de Macky Sall et son projet de troisième candidature.

Les principaux murs des lamentations d’un peuple trahi, abusé sont les médias sociaux qui rassemblent plus que la presse et le président.

Ansou Sambou, écrivain, auteur de l’ouvrage : 《L’alternance politique au Sénégal, récit d’une rupture 》

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