Négrophobie ou racisme : la couleur de la peau est-elle une prison pour l’homme noir ?

Richard Wright, écrivain américain en exil, se demandait « si dans toute l’histoire de l’humanité il n’avait jamais existé une attaque plus corrosive et plus dévastatrice contre la personnalité des hommes que l’idée de discrimination raciale ».

Nous n’avons pas à pleurnicher pour que le monde s’apitoie sur notre sort, il faut nous battre jusqu’à notre dernière énergie pour arracher notre dignité et imposer le respect à l’humanité toute entière.

Comment voulez-vous que l’humanité nous respecte alors que les noirs eux-mêmes ne se respectent même pas ?  Rappelons que l’un des meilleurs boxeurs au monde, Jack Johnson, inspirateur de Mohamed Ali, avait été condamné en 1913 pour s’être marié à une femme blanche. Il a été gracié à titre posthume en 2018 par Donald Trump. Et pourtant il y avait bien une demande de réhabilitation de la famille du boxeur sous Obama. Elle est restée lettre morte. Il a fallu attendre le 45 ème président des Etats Unis (Donald Trump) pour le réhabiliter. Et c’est ce même Obama qui, aujourd’hui, crie au scandale sur la démarche adoptée par Donald Trump dans la manière d’administrer l’Amérique. Il faut en finir avec le politiquement correcte !



L’existence de la nation américaine est, elle-même, construire sur la violence. Après l’extermination des populations autochtones, les Blancs vont utiliser les Noirs qu’ils considèrent comme des animaux pour assurer leur exploitation agricole. Pour comprendre comment ce système les a rabaissés aux conditions de sous-homme, il suffit de lire le best-seller intitulé « No Home » écrit par le ghanaéen Yaa Gyasi qui vit actuellement aux États-Unis.

En réalité, il n’existe pas de condition noire en ce 21 ème siècle ! Ce qui caractérise le noir c’est ce qu’il fait de ce qu’on a fait de sa condition politique, économique et sociale. Le racisme est d’abord un système organisé de manière politique et idéologique avant d’être un fait banal. Le racisme inconscient qui se manifeste souvent par inadvertance, par la normalisation de la déviance, la banalisation de certains faits jugés discriminatoires prend souvent ses racines dans la domination politique et économique, dans l’exploitation et le larbinisme savamment entretenus par des puissances extérieures de l’Afrique noire.

Les autres peuples ayant subi la colonisation ont compris que le temps de la victimisation est révolu. Il n’y a que le Nègre qui continue à jouer une fonction témoin assimilée au kolossos, pour reprendre les termes d’Achille Mbembe dans Critique de la raison nègre. Le kolossos est, selon lui, une effigie que l’on enterre dans une tombe vide, il figure comme substitut du cadavre absent. Nous sommes en droit de nous demander si les peuples noirs qui hésitent encore à briser le carcan de la dépendance, de la peur, jouent ce rôle de témoin dans ce monde à l’image du Kolossos. Êtes-vous réellement surpris de voir qu’à part quelques rares autorités comme le président du Ghana, vous n’avez à aucun moment vu d’autres présidents noirs africains s’indigner sur la mort de Georges Floyd qui a secoué l’Amérique ? Et pourtant il a été asphyxié sous le genou d’un policier blanc, en appelant désespéramment sa maman avant de s’abandonner à la mort. Imaginez-vous quelle serait la réaction de l’occident si le même scénario se produisait en Afrique et que les rôles seraient inversés ?

Le racisme systémique et idéologique envers les Noirs cessera le jour où les présidents africains arrêteront d’être les pantins de l’occident, les jouets et les dindons de la farce de l’histoire de l’humanité.

Le racisme systémique et idéologique cessera le jour où certains représentants occidentaux seront trainés dans la boue à cause de leur mépris envers l’Afrique qu’ils manifestent à travers leur arrogance et les actes qu’ils posent.

 Déjà le président Sarkozy nous faisait comprendre avec un mépris total de l’histoire des peuples africains et de leurs réalisations que « l’homme africain n’est pas assez entré dans l’histoire ». « Le colonisateur est venu, il a pris, il s’est servi, il a exploité mais je veux dire avec respect qu’il a aussi donné. Il a construit des ponts, des routes, des hôpitaux, des dispensaires, des écoles » (Cf. l’Afrique réponds à Sarkozy contre le discours de Dakar, 2008). C’est comme si on cherchait à démontrer l’aspect positif de l’extermination de certains peuples durant la seconde guerre mondiale en considérant sa part contributive au progrès de l’humanité. En effet « les scientifiques nazis ont fait des expérimentations sur des victimes sans défense, dans les camps de concentration, qui ont fait avancer la connaissance scientifique. Mais leur science était, malgré les résultats techniques positifs qu’elle produisait parfois, une activité purement criminelle qui ne méritait que châtiment et mépris » (Jean Ziegler, 1981).

L’absence d’aperception transcendantale (une conscience pure) selon l’expression de Kant dans Critique de la raison pure, conduit à justifier des « aspects positifs de la colonisation » ou à légitimer le rabaissement d’un peuple, à le réduire à l’esclavage. Dans son fameux Discours sur le colonialisme, Aimé Césaire affirme : « on me lance à la tête des faits, des statistiques, des kilométrages de routes, de canaux, de chemins de fer. Moi je parle de milliers d’hommes sacrifiés au Congo-Océan. Je parle de ceux qui, à l’heure où j’écris sont en train de creuser à la main le port d’Abidjan. Je parle de millions d’hommes arrachés à leurs dieux, à leur terre, à leurs habitudes, à leur survie, à la danse, à la sagesse. Je parle de millions d’hommes à qui on a inculqué savamment la peur, le complexe d’infériorité, le tremblement, l’agenouillement, le désespoir, le larbinisme ». Le racisme n’est donc possible que lorsqu’il y a le mépris, le complexe de supériorité, la négation de l’être en tant qu’être humain. Cheikh Anta Diop renforce cette idée lorsqu’il affirme que « la négation de l’histoire et des réalisations intellectuelles des peuples africains noirs est le meurtre culturel mental qui a déjà précédé et préparé le génocide ». Pour conforter cette thèse de Cheikh Anta Diop, il suffit de lire l’ouvrage de Lucien Lévy-Bruhl publié en 1922 intitulé « La mentalité primitive » dans lequel la plupart des sociétés africaines sont classées parmi les « peuples inférieurs » ayant une mentalité primitive. Face à ces inepties, Romuald Fonkoua s’indigne fermement en ces termes : « Depuis la plus haute Antiquité, le regard du Blanc sur le Noir a toujours oscillé entre sentiment de supériorité, fascination et mépris ».

Nous n’avons pas à nous lamenter sur notre sort, il faut juste que les peuples africains se révoltent contre les dirigeants qui agissent sous la couleuvrine de leurs complices, cherchant à perpétuer ce système. La négrophobie cessera le jour où l’africain noir comprendra que la couleur de sa peau a été ternie, chosifiée par ses propres dirigeants qui ont fait d’elle une prison pour l’homme noir par l’asservissement de leur peuple sans chercher à briser les chaînes de l’aliénation culturelle, sociale, politique et économique. Tant que ces chaînes ne sont pas démolies, l’homme noir aura beau faire de s’aventurer partout à travers le monde, il restera toujours enfermé dans cette prison à travers la perception et le regard des autres. Le combat contre la négrophobie doit être politique avant d’être idéologique. La meilleure manière de combattre le racisme d’aujourd’hui envers les noirs, c’est de combattre leurs dirigeants qui les ont faits prisonniers de leur peau avec la complicité de puissances étrangères.

Dr. El hadji Séga GUEYE – Sociologue
Sgueye9@gmail.com

 



 

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Un commentaire

  1. Pertinent article à mon humble avis la race blanche ne considère pas les noirs comme partie intégrante de l’humanité il suffit d’interroger l’histoire pour s’en apercevoir l’Afrique a connu entre autres maux l’ere des denegations une étape de l’histoire où l’occident refusait de reconnaître à l’homme noir sa capacité à être un humain capable de réfléchir et de rivaliser à tout point de vue avec le reste de l’humanité tout compte fait personne ne viendra changer la condition des noirs dans le monde si ce n’est eux mêmes le moment est venu de changer la donne.

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