L’héritage de Cheikh Anta Diop et les partis politiques sénégalais: un culte sans passion

Cheikh Anta Diop, le Pharaon noir du panafricanisme ne fait plus recette au Sénégal depuis sa mort. Ses théories sur l’économie, le social, le culturel et l’unité africaine sont pour la plupart des leaders politiques, un héritage qui mérite stèles et panégyriques, une sorte de veau d’or qu’on vénère mais dont on n’entend jamais se servir.

Hier 7 février, anniversaire de sa mort, a montré tout le mépris de Macky Sall et de l’Apr pour cet événement célébré à Dakar et à l’étranger. Il reste évident que pour Macky Sall, les théories de Cheikh Anta Diop sont une recette du passé qui ne saurait guider sa politique. Il ne s’en est jamais réclamé et a enterré le projet d’introduction de ses enseignements dans le système éducatif sénégalais.

Mais quid des partis d’opposition ?

En parcourant les programmes de beaucoup de leaders politiques de la dernière élection présidentielle, on se rend compte de l’abîme qui sépare les enseignements de CAD de leurs propositions politiques, économiques et sociales.
La meilleure illustration de ce fossé idéologique, c’est que la lutte contre l’impérialisme, l’ossature de la pensée de CAD, n’est absolument pas prise en compte dans les programmes. Beaucoup d’opposants réfléchissent comme si l’impérialisme est un sujet caduc qui ne peut avoir de déclinaisons opératoires actuelles sur le plan économique, culturel et social.
A titre d’exemples, très peu d’opposants avaient parié sur la possibilité même d’une réforme du FCFA considérée comme populiste et illusoire, très peu ont mis en avant la question des bases militaires françaises et américaines sur notre territoire, très peu ont promis l’instauration d’un patriotisme économique qui donne la priorité aux entreprises sénégalaises et africaines.
Si les gens avaient lu réellement les programmes de certains partis d’opposition, ils seraient ébahis par leurs propositions ultralibérales et libre-échangistes.

Célébrer Cheikh Anta Diop, c’est plus que jamais s’approprier ses enseignements pour créer une alternative programmatique contre l’ultramondialisme capitaliste, repenser notre souveraineté à l’aune de l’intégration politique et économique africaine, au lieu d’en faire une vache sacrée qu’on célèbre comme une relique du passé.

Le renouvellement de la classe politique ne passera pas seulement par le rajeunissement des élites, mais le renouvellement idéologique de leur programme.

Amadou BA

Partager

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *