L’Hémicycle est-il l’abattoir de la démocratie sénégalaise?

 »Sont assassins de la liberté, et par conséquent coupables de crime de lèse-démocratie, ceux qui sont aptes à se servir de leur culture, de leur intelligence, de leur statut ou de leur influence pour saper la morale publique en osant invoquer l’esprit de la démocratie », s’exprimait ainsi Claude Julien, journaliste français.

Ainsi, l’hémicycle où se réunit officiellement la représentation nationale qui devait rester intact le lieu sécurisant de préservation des principes démocratiques et des valeurs républicaines, est devenu, depuis un certain temps, un haut lieu d’abattage de notre démocratie qui jadis, faisait la grandeur du Sénégal en Afrique, et la fierté de la race noire dans le monde. Et le perchoir devient par conséquent, un théâtre de coups de poignards contre le droit, la justice et la liberté.

Alors, notre place Soweto s’est transformée, avec l’arrivée des bouchers de la république, en une véritable scène de corrida où prennent place les députés de la majorité mécanique- pour ne pas dire électronique- , état-major politique de l’exécutif pour prendre part, activement, à ce macabre spectacle de tauromachie au cours duquel ce pauvre taureau noir; en l’occurrence notre Démocratie, déjà condamné à mort avant même de faire son entrée sur scène, sera achevé par la pointe d’une épée. Il disparaitra à jamais sous une forte pluie d’applaudissements et de ricanements, mais sans tambour, ni trompette.





Et les matadors, bourreaux cyniques et sanglants, faisant apostasie flagrante aux valeurs cardinales, se met ostensiblement et de façon implacable à exécuter la sentence sans appel, n’en déplaise à aucune élégance républicaine ou décence politique.

Dévêtu de sa mise de légaliste pourtant bien soignée, s’arrachant en même temps sa toge républicaine et sa couronne démocratique pour se draper ainsi dans ses haillons de bourreau de la liberté, le picador se révèle, l’artisan invétéré de toute cette farce politique aux relents on ne peut plus infects et tragiques pour l’Etat de droit.

Diantre! qui a armé la main du criminel ? Pathétique.

Sous ce rapport, De Gaulle n’avait-il pas donc raison de craindre depuis 1944, lors de la conférence de Brazzaville, que la démocratie se mouillât les pieds en traversant la méditerranée ? Ou bien, ces crimes odieux perpétrés contre notre chère démocratie sont-ils illustratifs de la pensée d’Alexandre Pope selon qui l’art politique n’a produit que des monstres? À en croire le prétexte de la deuxième vague du Coronavirus dont la danse macabre décime les populations, l’autorité exécutive renforce à la monarchie royale ses pouvoirs, en instaurant de façon chirurgicale des régimes d’exception qui sont de nature à étrangler terriblement la démocratie par des restrictives des libertés.

Pourtant, cette démocratie grâce à laquelle tous ses bourreaux d’aujourd’hui que la boulimie du pouvoir finit de transformer en de véritables bouchers de la république, était toujours magnifiée par la presse internationale pour le grand bonheur de notre peuple et au bénéfice de la postérité. A titre d’exemple, on peut citer Béchir ben yahmed, fondateur de la revue  »Jeune Afrique », dans un article au titre oxymorique  » La fleur du désert » publié en 1988 rendait ainsi hommage à la démocratie sénégalaise, gage de paix sociale et d’unité nationale faisant toujours de notre pays un îlot de stabilité dans un océan de tensions politiques, de désordre social et de marasme économique au sein du continent africain.

Toutefois, Thomas Jefferson, troisième Président des États-Unis d’Amérique, dans son discours d’investiture avait raison de déclarer, d’un ton caché de solennité qu’il vient un âge où la plus belle maîtresse que doit servir un homme est la nation.

Mansour Shamsdine Mbow, Professeur de Lettres et Chroniqueur.

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