Lettre ouverte à son Excellence M. Macky Sall, Président de la République du Sénégal, par Cheikh Thioro Mbacké

Monsieur le Président,

Je viens auprès de votre haute personnalité vous présenter mon cri de cœur et mon ras-le-bol concernant votre gouvernance.

Monsieur le Président,
Permettez-moi à travers ces quelques lignes vous exposer les maux de notre chère République dont vous portez le flambeau.
Vous savez Monsieur le Président, si on me demandait aujourd’hui quel était le champ lexical de votre magistère, je répondrai malgré moi et avec le cœur meurtri : souffrances, intimidations, malversations financières, deuils, sang coulé, trafics de drogue et de devises, détournements massifs des deniers et biens publics, fraudes éhontées aux concours d’entrée à la Fonction publique, népotisme au sommet de l’État, violations constitutionnelles, bref, tout ce qui est négatif, nuisible et désastreux pour le Sénégal. Cela me fait mal de devoir apporter de telles réponses mais c’est un constat objectif et la population en est témoin.

Monsieur le Président, Vous avez choisi une des pires manières d’entrer dans l’histoire du Sénégal. Laissez-moi vous dire, lorsqu’on choisit la mauvaise porte, on ne peut déboucher que sur une mauvaise. J’ai beau cogiter mais je n’arrive pas à trouver une logique à votre manière de gouverner. Non seulement vous avez cautionné une mauvaise gouvernance, mais vous l’avez encouragé et soutenu par des actes qui ne laissent aucune place à l’ambiguïté et à la tergiversation.
Durant des années, vous avez ignoré, sinon méprisé les appels de détresse de vos compatriotes. Hommes, femmes, enfants sont tous sans espoir. Lorsqu’ils pleurent et sollicitent votre intervention, vous les faites pleurer davantage. Lorsqu’ils se plaignent de conditions de vie difficiles, vous corsez l’addition en leur imposant de nouvelles mesures antisociales, sans aucun égard pour les conséquences désastreuses sur leur vie. Lorsqu’ils formulent des souhaits, vous prenez exactement le contrepied de leurs vœux, comme si vous étiez le bourreau chargé de leur rendre la vie infernale.



Pourquoi Monsieur le Président?
Monsieur le Président, le vocabulaire est négatif, nuisible et désastreux pour le Sénégal. Jeune président né après les indépendances, Dès votre arrivée au pouvoir, vous avez inspiré un nouveau départ, une nouvelle ère pour le Sénégal. vous avez aussi promis de changer le destin de 16 millions de senegalais. 8 ans après, notre pays est toujours classé parmi les pays les plus pauvres au monde, les détournements de fonds se sont multipliés, la corruption est ancrée dans notre quotidien, les politiciens s’enrichissent et les citoyens s’appauvrissent. Vous avez non seulement trahi ce serment que vous avez prêté un lundi 2 Avril 2012 mais aussi tout le peuple qui vous a porté au pouvoir une deuxieme fois un certain 24 février 2019. Vous étiez la volonté de tout un peuple de créer une rupture avec la politique politicienne mais vous n’avez été que son prolongement.

Son excellence,
Dès votre entrée en service, vous avez ressuscité la Cour de Répression et d’Enrichissement Illicite (CREI). Ce qui semblait être un moyen de rendre justice au peuple n’a pas tardé à être un instrument de politique. Vous avez usé de cette juridiction pour emprisonner vos opposants et gracier ceux qui rejoignent votre camp. Nous vous avons laissé faire.

Monsieur,
Vous avez signé les Accords de Partenariat Economique (APE) avec l’Europe tout en sachant que ceux-ci vont à l’encontre de nos intérêts. Vous avez vendu notre pays à la France. Les entreprises françaises (Orange, Eiffage, Total, SEN’EAU, Auchan, Carrefour…) s’implantent dans notre Sénégal, tuent toutes les concurrences locales et aspirent notre économie. Pour être simple, vous servez de préfet à la France.

Monsieur le Président,
Votre régime a bradé nos ressources en un temps record. Permettez-moi de vous rappeler tous ces scandales dont vous et votre gouvernement ont été cité : le scandale du Fer de Falémé, le scandale petrotim impliquant votre frère Aliou Sall, les 32 milliards de l’arène nationale, l’affaire Prodac de Mame Mbaye Niang, le rapport de l’OFNAC concernant Cheikh Oumar Anne, l’affaire Mamour Diallo, le détournement de Cheikh Kanté, le rapport de l’OFNAC publié par Nafi Ngom Keita, le scandale Senelec et Akilée impliquant Mouhamadou Makhtar Cissé… La liste est longue. Tellement de milliards ont été détourné et continue d’être détourné sous votre règne. On en croirait que le Sénégal n’est pas un pays pauvre. Le pire dans ça, c’est que les affaires sont toujours classées sans suites.

Monsieur le Président,
A la première année de votre second et dernier mandat, le Sénégal, votre propre pays, auquel vous avez promis un meilleur avenir, se trouve dans l’impasse à tous points de vue. Vos compatriotes n’ont jamais perdu autant confiance en une gouvernance qu’en la vôtre.

Son excellence,
Le constat de la mauvaise gouvernance, dès les premiers actes posés par le pouvoir sous le régime de la loi d’habilitation, remet au goût du jour la nécessité du contrôle parlementaire sur les activités de l’Exécutif. Se pose alors la question de la pertinence du contrôle des députés en aval, notamment après l’exécution des faits supposés de mauvaise gouvernance, surtout quand on sait que cette treizième législature est fortement contrôlée par une majorité présidentielle mécanique. La majorité des députés ont trahi le peuple qu’ils sont censés représenter.
Notre pays est loin d’être une dynastie et il est du devoir des citoyens sénégalais de constater que ce gouvernement est le plus médiocre que notre histoire ait connu jusque-là. Il est du devoir du peuple de le dénoncer. Et c’est ce que je suis en train de faire en tant que citoyen.

Monsieur le Président,
De Dakar à Touba, de Tamba a Saint Louis, l’inégalité sociale persiste et personne ne pipe mot. Pendant ce temps, vous créez vos propres milliardaires au prix de l’argent du contribuable et délaissez dans la famine ce peuple qui, sans lui, vous n’êtes rien.

Monsieur le Président,
La gestion de la crise sanitaire par votre gouvernement est-elle à la hauteur ? Vos dispositions prises arrivent toujours un peu trop tard. La triste réalité est que nous ne contrôlons pas cette crise sanitaire, mais c’est elle qui nous contrôle parce que votre incompétence nous a berné. A vos erreurs lourdes de conséquences, s’ajoutent une inquiétante désinvolture face aux scandales des aides alimentaires et une communication incohérente.
À court d’arguments, vos partisans ( Mansour FAYE et autres) martèlent leurs éléments de langage, moulinent dans le vide des mots creux, appellent à l’union sacrée, fustigent les polémiques, tentent vainement de justifier l’injustifiable. Pourquoi voulez-vous politiser ces aides alimentaires tout en sachant que ces vivres ont été achetés par l’argent du contribuable ? M. le Président, l’heure est grave, le constat amer. Alors, ressaisissez-vous je vous prie avant qu’il ne soit trop tard.

Monsieur le Président,
Je ne saurai terminer sans attirer votre attention sur le budget qui a été alloué à la construction de l’hôpital de Touba. Cet argent qui a été détourné ensuite par des personnes qui jusque-là ne sont point inquiétées. Nous condamnons ces détournements et nous exigeons que la lumière soit faite.

Monsieur le Président, N’oubliez jamais que c’est nous qui vous avons mis au pouvoir, mais c’est aussi nous qui allons vous faire sortir de notre palais. Ce n’est pas votre maison, vous n’y êtes que locataire.

Veuillez recevoir Monsieur le Président, mes salutations les plus patriotiques.
À bon entendeur salut !

Cheikh Thioro Mbacké, Coordinateur PASTEF Touba


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