LES LOCALES : FUTUR PUTSCH INSTITUTIONNEL EN GESTATION (par Maïmouna Mint Saïdou Dia)

Le spectre du troisième mandat plane au dessus de nos têtes et tous les leviers sont actionnés, pour que la machine politique soit bien huilée afin que leur vil projet soit couronné de succès.

Dans un pays comme le Sénégal où le fichier électoral est contesté, le code électoral tripatouillé à l’image des lois et réglementations qui régissent nos institutions, peut on entamer sereinement des locales?

Des législateurs complices d’une oligarchie au pouvoir dénuée de transparence et de principes moraux, ne facilitent aucun consensus entre l’opposition et le pouvoir en vue de l’organisation de ce scrutin.

Aucune consultation des différents acteurs, le calendrier et les modalités d’inscriptions ont été sabotés et imposés, afin de garantir une victoire éclatante à la mouvance présidentielle qui compte bien étendre ses tentacules.

L’inflation des candidatures avait été fustigée lors des législatives de 2017, elle a facilité la fusion d’une task force du « Benno Tass Yakar », pour rafler les sièges à l’assemblée Nationale. Ce fameux référendum de 2016 qui a permis l’ouverture des listes aux indépendants, n’était qu’un leurre pour disloquer l’opposition.

Nous sortons d’une campagne d’inscriptions sur les listes et avons été témoins des blocages orchestrés par les complices de la mafia dirigeante, à l’endroit des citoyens de ce pays, qui essayaient d’obtenir leur sésame sans passe droit. Une frange du peuple sénégalais est frustrée, car elle a été victime d’une confiscation de son droit de vote, par l’octroi de carte avec la mention non inscrit. Tandis que des militants alimentaires se font livrer des cartes d’électeurs à domicile ou bénéficient d’un convoi exceptionnel, pour aller s’inscrire sur les listes électorales.

Par ailleurs cette inégalité de traitement se matérialise par une panoplie d’armes de dissuasion brandies pour servir d’entonnoir aux formations politiques perçues comme illégitimes. Ceux qui sont favorables à la caution et au parrainage, le présentent comme un moyen d’organisation optimale de la campagne et d’éviter aux candidats aux bourses modestes des gaspillages inutiles.

Le leader du Pastef estime que ces manœuvres de limitations des candidatures imposées par les textes, risquent de « fragiliser le pluralisme politique sénégalais », car poursuit-il « tout le monde sait que la coalition au pouvoir a immensément plus de moyens que toute l’opposition réunie. »

Dans ces conditions, comment un futur candidat issu de « l’opposition insoumise » peut se mesurer à un maire sortant? Ces manœuvres ne présagent rien de bon et nous voilà confrontés à des putschistes institutionnels, qui vont user de tous les stratagèmes possibles, pour se maintenir à la tête des communes.

Une élection se planifie, tant financièrement que stratégiquement, la multiplication des candidatures, le morcellement de l’opposition demeure notre talon d’Achille dans cette conquête du pouvoir. N’importe quel citoyen peut nourrir des ambitions pour sa commune, mais la réalité du terrain fera déchanter les moins aguerris et les moins outillés.

Si par extraordinaire l’opposition remportait ces élections, sera- t-elle libre dans la gestion des communes qu’elle aura sous sa responsabilité? Au moment de la passation de service, le prédécesseur pourra t-il défendre son bilan ou justifier de la bonne gestion financière auprès du nouveau maire? Si duperie et délit sont constatés, la Justice inféodée à la cause du Palais de la République devra être intransigeante et non clémente envers les malfrats aux cols blanc. C’est ce qui constitue la norme au sein d’une démocratie qui se respecte.
Les élus locaux traditionnels ont toujours porté leur statut en bandoulière, pour s’octroyer les avantages et ont délaissé leurs responsabilités, gage de bonne gouvernance, pour s’assurer une retraite dorée.

Nous avons le devoir de réhabiliter nos institutions, d’exiger des comptes et faire en sorte que la citoyenneté prime sur le militantisme politique. S’engager pour diriger une commune ou un département est louable et très courageux, cependant il faut en mesurer les enjeux, avant de se lancer dans une course à fonds perdus.
Quand les gros donateurs et les lobbies puissants sont du côté du pouvoir, c’est parce que ce système qu’on fustige tant, n’est pas du tout enclin à abolir ses privilèges pour l’intérêt supérieur de la Nation.

Maimouna Dia
Pastef Bordeaux

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