Les funérailles musulmanes à l’épreuve du COVID-19 : le Fiqh et les défis de santé publique

Paix sur vous et tous contre le COVID-19

Comme tout le monde, des musulmans et musulmanes peuvent être déclarés décédés de COVID-19. Se posent alors nombre de questions sur la conciliation entre le rituel funéraire que les musulmans veulent respecter pour rester fidèles aux enseignements de l’islam et les risques liés à la nature du COVID-19. En effet, selon les médecins qualifiés en la matière, le corps du défunt peut contaminer quiconque entre en contact avec lui ou s’en approche sans une protection appropriée.

Il s’agit donc, de trouver dans les enseignements de l’islam, des réponses à cette problématique d’autant plus sensible qu’elle touche à la foi, au culte, à un devoir religieux de bien s’occuper de son défunt parent, et aux préconisations d’ordre médical.

Pour s’y retrouver, il est utile de faire un bref rappel des pratiques funéraires musulmanes :

1) Les proches parents qui viennent constater le rappel à Dieu d’un des leurs.
2) Les personnes musulmanes en charge du lavage rituel qui touchent le corps du défunt à cette fin.
3) Ensuite, il est question d’envelopper le défunt d’un linceul blanc.
4) Après, le groupe présent accomplit la prière mortuaire.
5) En denier lieu, le cortège funèbre se dirige vers les cimetières pour l’enterrement.
6) La présentation des condoléances.

À chacune de ces étapes, des gens sont en contact direct ou tout proches du corps du défunt. Or, si le personnel médical atteste que le décès est intervenu suite au COVID-19, les jurisconsultes musulmans considèrent que son avis doit être respecté parce que c’est lui qui est qualifié pour dire ce qu’il en est de la maladie.

Il se trouve que les médecins traitants considèrent que le corps d’un décédé du COVID-19 peut contaminer les gens qui le touchent ou s’en approchent. Partant d’une évaluation du risque de contamination, ils préconisent un certain nombre de règles aux fins de ne pas exposer les gens au COVID-19.

Dans de telles conditions, les jurisconsultes musulmans cherchent à travers l’ijtihad (effort de réflexion pour trouver la règle de la charia à appliquer à situation inédite ou en partie), à apporter des réponses aux questions que les musulmans qui veulent concilier préconisations et prescriptions islamiques en matière de funérailles se posent.

Voici des réponses que nous avons recueillies de la littérature relative à ce sujet et que nous trouvons satisfaisantes, avec quelques précisions de notre part :
Les proches du défunt devront respecter scrupuleusement les préconisations du personnel médical à toutes les étapes du rituel musulman en matière de funérailles.

Dans ce cadre, il sera toujours préférable que le plus petit nombre possible de personnes soit en contact ou proche du corps du défunt. Ces personnes doivent être équipées de façon convenable pour se protéger d’une possibilité de contamination. La règle édictée par le jurisconsulte musulman dit qu’il faut faire le nécessaire pour accomplir une obligation (ici c’est l’obligation de se protéger d’une éventuelle contamination).

Pour ce qui est du lavage, si les préconisations du personnel médical ne s’y opposent pas, il est fait comme à l’accoutumée, si oui, l’alternative consiste à verser de l’eau sur tout le corps et si pas possible aussi, on lui appliqué les ablutions sèches (Tim, au Sénégal). Sans oublier les protections nécessaires.

Si rien de tout cela n’est autorisé par qui de qualifié, Il faudra alors renoncer au lavage et aux ablutions sèches car, la règle dit que la protection de la vie des personnes présentes (hifzun nafs) prime sur le rituel à appliquer à un mort.

Pour le linceul, c’est la même règle qui s’applique, on ne fait que ce qui n’expose pas à une éventuelle contamination. S’il faut envelopper d’abord le corps dans une matière appropriée, il faut le faire et puis mettre dessus le linceul blanc. S’il faut le mettre dans un cercueil, on le fait.

Pour ce qui est de la prière mortuaire, deux personnes constituent un groupe aux yeux du Fiqh et donc peuvent accomplir celle-ci s’il faut éviter un attroupement ou bien un peu plus en respectant les mesures barrières. Certains jurisconsultes considèrent qu’il est autorisé d’accomplir la prière mortuaire après l’enterrement. si la situation est telle que l’accès aux corps est interdit, il est possible de procéder à la prière de l’absent.

Même chose pour le cortège funèbre, juste le nombre indispensable, les plus proches parents, avec les équipements de protection appropriés.

L’incinération sera la dernière option si la mise sous terre n’est pas censée suffire pour écarter les risques de contamination. Car la règle dit qu’il faut faire le nécessaire pour écarter un préjudice bien identifié. Une autre dit qu’il faut recourir au moyen le plus convenable pour atteindre un but légal du point de vue de la charia. Et une autre encore dit littéralement que les nécessités autorisent les interdits.

Les condoléances devront respecter les préconisations médicales susmentionnées, ce que les moyens de communication actuelles pourront faciliter.
wa Salam

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Un commentaire

  1. En ces moments inédits où les autorités sénégalaises ont entraîné les musulmans du Sénégal et de sa diaspora dans une totale confusion, il est important que ce genre d’article soit publié pour concilier les esprits. Car les impressions jusque là sont que les autorités prennent leurs décisions par pure peur ou pour économiser je ne sais quoi; ce qui très dommage!

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