L’émigration clandestine dans les officines de l’échec des politiques de jeunesse.

Quand le miracle politique ne fait plus rêver…Dans  »La lettre anonyme  » (2006) de Guérsande, ultime message d’une adolescente de 16 ans, avant de se donner au sacrifice suprême en désespoir de cause, l’auteur déclare :  » dans un monde collectivement menacé de tous les périls, où l’individu est réduit à une matière première, la vie à une exploitation industrielle de masse, la parole publique -politique, médiatique, religieuse- à un bavardage inutile et continuel ». Plus loin elle semble s’interroger ainsi d’un ton alliant le lyrique au pathétique :  » que reste-il à un homme, à une femme, lorsque dans leur existence quotidienne ils sont contraints à l’impasse ».

L’attitude peu orthodoxe et la manière pas du tout catholique de la classe politique à gérer les affaires de la république, n’en déplaise à la prégnance de la demande sociale, en sont parfaitement illustratives.

Alors, avec l’effondrement de la parole publique, le discours politique n’est plus rassurant; et à cause de l’ascension fulgurante des hommes politiques au détriment du courage et de l’effort, le travail ne garantit plus le succès social ni la réussite matérielle. Conséquence. Une main d’œuvre désœuvrée, des diplômés chômeurs, des intellectuels corrompus, des étudiants déboussolés, une gent féminine torpillée, des droits humains bafoués, une liberté syndicale reniée, une presse muselée ou soudoyée donnant ainsi naissance à un peuple victime du manque de patriotisme de ses dirigeants.





Ces derniers, dépourvus de volonté de bien faire, n’ayant aucun sens de la chose publique et atteints de l’effet Caligula, de la boulimie du pouvoir et des privilèges, souffrent d’un déficit de génie politique et d’ingénierie managériale. Cherchant ainsi à dissimuler leurs insuffisances notoires les rendant incapables de résoudre les questions très cruciales de la société, ils choisissent la méthode jacobine de la gestion de l’État plutôt que la concertation démocratique, en faisant recours aux menaces et à l’intimidation.

Or, l’échec d’un système de gouvernance politique se manifeste toujours par la répression qui ne fait qu’exacerber la radicalisation et généraliser la révolte. Ainsi, le front social se réchauffe de jour en jour, avec l’insatisfaction des travailleurs des politiques publiques du gouvernement, pendant qu’une bonne partie de la jeunesse brave les océans aux vagues rébarbatives et dangereuses dans le seul espoir de scruter d’autres cieux insoupçonnés; sinon fuir la réalité d’un rêve brisé, la certitude d’un espoir perdu, ou la vérité d’un avenir hypothéqué pour les desiderata et propensions égoïstes d’une caste politicienne. Ainsi, sans rêve, ni espoir, beaucoup de ces jeunes se tiennent prêts à affronter la faim, la soif, le froid, les mystères de l’eau et même la mort. Alors, Fatou Diome, l’auteur de « Le ventre de l’atlantique »(2003) avait raison de soutenir en substance que celui qui part avec l’espoir que la vie qu’il pourrait avoir ailleurs est meilleure que celle qu’il laisse derrière lui, pour celui-là le péril est absurde. Et le silence de nos autorités devant ce destin macabre que leur incompétence à résoudre les problèmes les plus cruciaux des populations, encourage, outre mesure, le phénomène de l’émigration clandestine qui se révèle plus une aventure mortelle qu’une opportunité de réussite sociale.

Pourtant, cette classe dirigeante n’est composée qu’une minorité politique qui se réserve l’exclusivité d’une incommensurable prérogative politicienne cynique et machiavélique à la fois , exhalant les parfums exotiques du césarisme politique et les senteurs infectes du bonapartisme étatique au dépens de la majorité sociale.

Mansour Shamsdine Mbow, Professeur de Lettres et chroniqueur

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